{"id":140,"date":"2017-06-02T14:03:50","date_gmt":"2017-06-02T18:03:50","guid":{"rendered":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?page_id=140"},"modified":"2017-10-17T10:31:35","modified_gmt":"2017-10-17T14:31:35","slug":"chapitre-1-la-petite-histoire-des-francais-dicitte","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-1-la-petite-histoire-des-francais-dicitte\/","title":{"rendered":"Chapitre 1: La petite histoire des Fran\u00e7ais d&#8217;icitte"},"content":{"rendered":"<p><strong>Fran\u00e7ais d&#8217;Icitte. Une grammaire basilectale<\/strong><\/p>\n<p>\u00a9 Robert Fournier 2001-2002<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chapitre 1: La petite histoire des Fran\u00e7ais d&#8217;icitte<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>CARTIER<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cartier, Cartier, \u00f4 Jacques Cartier,<\/p>\n<p>Si t&#8217;avais navigu\u00e9 \u00e0 l&#8217;envers de l&#8217;hiver,<\/p>\n<p>Cartier, Cartier, si t&#8217;avais navigu\u00e9<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e9t\u00e9, aujourd&#8217;hui on aurait<\/p>\n<p>Toute la rue Sherbrooke bord\u00e9e de cocotiers<\/p>\n<p>Avec, perch\u00e9s dessus, des tas de perroquets<\/p>\n<p>Et tout le Mont-Royal couvert de bananiers<\/p>\n<p>Avec des petits singes qui se balanceraient.<\/p>\n<p>Au bord du St-Laurent, on pourrait se baigner<\/p>\n<p>Tout nus en plein hiver et puis se faire bronzer.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cartier, Cartier, \u00f4 Jacques Cartier,<\/p>\n<p>Si t&#8217;avais navigu\u00e9 \u00e0 l&#8217;envers de l&#8217;hiver,<\/p>\n<p>Cartier, Cartier, si t&#8217;avais navigu\u00e9<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e9t\u00e9, aujourd&#8217;hui on aurait<\/p>\n<p>Le pont Victoria tout de lianes tress\u00e9.<\/p>\n<p>On le traverserait en portant des paquets<\/p>\n<p>Sur la t\u00eate, en riant, et sans chaussures aux pieds.<\/p>\n<p>On jouerait du tam-tam et du ukulele<\/p>\n<p>Et toute la rue Peel sentirait l&#8217;oranger,<\/p>\n<p>L&#8217;amande, le jasmin, le lotus, l&#8217;orchid\u00e9e.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cartier, Cartier, \u00f4 Jacques Cartier,<\/p>\n<p>Si t&#8217;avais navigu\u00e9 \u00e0 l&#8217;envers de l&#8217;hiver,<\/p>\n<p>Cartier, Cartier, si t&#8217;avais navigu\u00e9<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e9t\u00e9, aujourd&#8217;hui on aurait<\/p>\n<p>Sur l&#8217;avenue des Pins des girafes \u00e9tonn\u00e9es<\/p>\n<p>De voir des \u00e9cureuils leur passer sous le nez,<\/p>\n<p>De gros \u00e9l\u00e9phants blancs dans la rue Delorimier<\/p>\n<p>Et la Place Ville-Marie en forme de minaret,<\/p>\n<p>Des temp\u00eates de sable tout chaud et tout dor\u00e9<\/p>\n<p>Sur lequel en janvier il ferait bon r\u00eaver.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cartier, Cartier, \u00f4 Jacques Cartier,<\/p>\n<p>Si t&#8217;avais navigu\u00e9 \u00e0 l&#8217;envers de l&#8217;hiver,<\/p>\n<p>Cartier, Cartier, si t&#8217;avais navigu\u00e9<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;\u00e9t\u00e9, aujourd&#8217;hui on aurait<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Dakar, Conakry ou Tanger,<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Tokyo, Kyoto ou Kob\u00e9,<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Aden, Fremantle ou Bombay,<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Java, Born\u00e9o, Papeete,<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Phnom Penh, \u00e0 Bangkok, \u00e0 Hu\u00e9,<\/p>\n<p>Montr\u00e9al \u00e0 Hong-Kong, Canberra ou Sydney&#8230;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Cartier, Chanson de Robert Charlebois, Compilation, 1979, Prom-Tel 6508 )<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait en 1534. 2500 ans apr\u00e8s que des premiers visiteurs ph\u00e9niciens auraient navigu\u00e9 sur le Fleuve Saint-Laurent; 500 ans apr\u00e8s que des moines irlandais se seraient \u00e9tablis au Cap-Breton. Cartier, aurait souhait\u00e9 le chanteur et ma\u00eetre-brasseur de l&#8217;unibroue<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> qu\u00e9b\u00e9coise Charlebois, s&#8217;il avait navigu\u00e9 \u00e0 l&#8217;envers, aurait pris possession du territoire au nom du Roi de France plus au Sud. Qu&#8217;\u00e0 cela ne tienne, cette prise de possession allait s&#8217;\u00e9tendre sur une large portion de l&#8217;Am\u00e9rique du Nord pour devenir le plus vaste territoire de l&#8217;Empire colonial fran\u00e7ais outre-mer: la Nouvelle-France. Mais pour cela il faudra attendre encore un peu.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Au Xe si\u00e8cle, les Vikings, ces hommes du Nord, sur leurs drakkars un peu \u00e9tranges avec le gouvernail sur l&#8217;\u00e9trave tribord arri\u00e8re, partis \u00e0 la recherche du Groenland, d\u00e9couvrent un Vinland, sorte d&#8217;\u00eele fantastique sur la c\u00f4te Est am\u00e9ricaine, qui pourrait bien \u00eatre les Iles-de-la-Madeleine, Martha&#8217;s Vineyard, l&#8217;Anse-aux-Meadows \u00e0 Terre-Neuve, ou un lieu quelconque quelque part dans la baie de l&#8217;Ungava, les arch\u00e9ologues n&#8217;en sont pas certains. C&#8217;est la saga d&#8217;Erik Thorvaldsson, dit le Rouge, qui nous l&#8217;a racont\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;est souvent <em>par erreur<\/em> pouss\u00e9s par des conditions atmosph\u00e9riques et de mer favorables que tous ces voyageurs d\u00e9couvraient tour \u00e0 tour l&#8217;Am\u00e9rique. L&#8217;erreur s&#8217;est sans doute r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 de nombreuses occasions. Mais avec le temps et une meilleure ma\u00eetrise et connaissance de la navigation maritime Est-Ouest, l&#8217;erreur se pr\u00e9cise. Au XVe si\u00e8cle, la Conqu\u00eate de l&#8217;Espace, c&#8217;est la qu\u00eate due au manque d&#8217;espace. L&#8217;Europe d\u00e9borde, est malade, les Empires s&#8217;y entrechoquent, on manque de tout, y compris la canelle et le gingembre pour la pr\u00e9paration de boissons douces. Les \u00e9pices, c&#8217;est le p\u00e9trole du temps! Une denr\u00e9e aux multiples facettes d&#8217;une valeur inestimable pour la pr\u00e9paration et la conservation de la nourriture, mais aussi en m\u00e9decine et en pharmacop\u00e9e. Et il y a l&#8217;or aussi comme toujours, ce pr\u00e9cieux m\u00e9tal qui sert d&#8217;\u00e9talon, que la mythologie enseigne qu&#8217;il doit bien exister quelque part en quantit\u00e9 \u00e0 assurer la totale supr\u00e9matie.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce contexte que vint le t\u00e9m\u00e9raire vice-amiral Christophe, qui avait finalement pu, \u00e0 force de s\u00e9duction, se faire sponsoriser par Isabelle, m\u00eame si Ferdinand<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> \u00e9tait pas trop chaud pour le projet, sous pr\u00e9texte que, la Terre \u00e9tant ronde, on pouvait trouver une route plus directe pour les <em>East<\/em> Indies. Apr\u00e8s quelques allers-retours sur une route maritime somme toute assez peu compliqu\u00e9e, que n&#8217;importe quel badaud-navigateur, GPS ou pas, peut faire aujourd&#8217;hui sur un seul tack, tribord-amures, grand-largue, allures portantes, la nouvelle ne fut pas longue \u00e0 se r\u00e9pandre qu&#8217;il y avait du monde l\u00e0-bas, et qu&#8217;on pourrait bien un jour exploiter des Club Meds en <em>West<\/em> Indies. Graine-temps apr\u00e8s, dans le nouveau si\u00e8cle qui fit jour et le suivant, les euro-bateaux ont commenc\u00e9 \u00e0 mouiller, toutes origines, tout c\u00f4t\u00e9, toute bagaille, pesle-m\u00e9li-mesl\u00e9es, pavillon bleu-blanc-rouge, <em>on\u00e8-frat\u00e8nit\u00e9-r\u00e8sp\u00e8<\/em>, pavillon jaune-rouge <em>como ehta uhted?<\/em>, pavillon vert-rouge <em>obregado!<\/em>, pavillon croix-dessus croix-dessous <em>Gi me fif cents<\/em>, un vrai golden-rush, avec \u00e0-bord toutes qualit\u00e9s ti-blancs, zorteilles, zoreilles, malfras, zinglindos, futurs ti-b\u00e9k\u00e9s-gros-devant, accompagn\u00e9s bien entendu par la cr\u00e8me j\u00e9suite des formateurs du-temps. Mission: exploiter et sortir de l&#8217;obscurantisme ces \u00e9nergum\u00e8nes! Les Cara\u00efbes, oh! ils avaient aussi bien d&#8217;autres noms: arawack, ta\u00efnos, caciques, galibis, &#8230;, qui n&#8217;\u00e9taient pas des sauvages, ont commenc\u00e9 \u00e0 comprendre puis \u00e0 parler le baragouin des Blancs.<\/p>\n<p>Les choses n&#8217;ont pas tard\u00e9 \u00e0 se g\u00e2ter. Mis au travail forc\u00e9, sans compter qu&#8217;ils \u00e9taient mal nourris, qu&#8217;on ne se g\u00eanait pas avec leurs blondes, et qu&#8217;ils \u00e9taient plut\u00f4t sensibles aux streptocoques des Blancs, ces fain\u00e9ants d&#8217;Am\u00e9ricains se sont r\u00e9volt\u00e9s, on les a massacr\u00e9s.<\/p>\n<p>Il a bien fallu les remplacer, les Africains \u00e9taient \u00e0 c\u00f4t\u00e9; la main d&#8217;oeuvre de masse, c&#8217;\u00e9tait la technologie de l&#8217;\u00e9poque. C&#8217;est alors que quelqu&#8217;un eut l&#8217;id\u00e9e pas-si mauvaise de charteriser de la main d&#8217;oeuvre outre-mer qu&#8217;Henri I, II, III ou IV avait rep\u00e9r\u00e9 si\u00e8cles-temps-plus-t\u00f4t sur la C\u00f4te Ouest en descendant. Petit hic, il fallait les transporter sans leur gr\u00e9 et avec force.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Et pis, ces gars-l\u00e0, il y avait des filles aussi et des enfants, \u00e7a parlait toutes sortes d&#8217;idiomes dans toutes sortes de langues.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ex diversis Africae Nationibus, Angola, Guinea, Senegal, Promontorio Viridi, maritimisque regionibus, in Insulis Nigri transferantur. 13 numerantur in Insulis horum populi et diversae totidem linguae. Exceptis tamen Barbaris servis quorum etiam variae sunt nationes. Longum esset genuina cos lingua instrueri solusque posset foeliciter qui omnium imbutus esset facultare linguarum; quare non eos ante ediscimus quam Gallice loque adductos, quam citissime autem ediscunt ut cogitata mentis enunciare facile possint et dominis explicare, a quibus omnino pendent&#8230;<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;on s&#8217;est retrouv\u00e9 avec une partie du continent africain multilingue sur les bras en pleine Am\u00e9rique sauvage encore \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ainsi donc, Colomb, cherchant sa route vers les Indes pour y ramasser or et \u00e9pices, tr\u00e9buche sur l&#8217;Am\u00e9rique. Pardon! red\u00e9couvre par erreur ce continent, un 12 octobre, celui de 1492. Il y reviendra encore 3 fois. Port\u00e9 par des vents d&#8217;aliz\u00e9s favorables, c&#8217;est aux Cara\u00efbes qu&#8217;il d\u00e9barque, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 Charlebois aurait souhait\u00e9 voir arriver Cartier, moins de 50 ans plus tard. Se croyant aux Indes, il s&#8217;empresse d&#8217;y d\u00e9velopper un chantier terminologique: les habitants sont des <em>Indiens<\/em>, le ma\u00efs du <em>bl\u00e9 d&#8217;Inde<\/em>, le cobaye un <em>cochon d&#8217;Inde<\/em>, il y identifie un <em>coq d&#8217;Inde<\/em> et du <em>bois d&#8217;Inde<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 strictement parler, Colomb n&#8217;a <em>d\u00e9couvert<\/em> que les Cara\u00efbes (San Salvador, la Guadeloupe, Cuba, Ha\u00efti, etc.), alors que Cartier a (d\u00e9c)ouvert la connaissance de l&#8217;Am\u00e9rique du Nord. <em>Amerigo<\/em> Vespucci, un navigateur italien y serait d\u00e9j\u00e0 aussi pass\u00e9, d&#8217;o\u00f9 l&#8217;<em>Am\u00e9rique<\/em>. Cartier a voyag\u00e9 par la route de l&#8217;Atlantique Nord, trajet beaucoup plus p\u00e9rilleux que la route des aliz\u00e9s qui longe la c\u00f4te d&#8217;Afrique pour d\u00e9river ensuite vers les Antilles, celle qu&#8217;a suivie Colomb, la route de la <em>Course du Rhum<\/em>, quoi! Facile facile!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Suffisamment de voyageurs donc avaient \u00e0 tour de r\u00f4le d\u00e9couvert l&#8217;Am\u00e9rique jusqu&#8217;au XVe si\u00e8cle pour qu&#8217;en Europe ce <em>Nouveau Monde<\/em> attise les int\u00e9r\u00eats des grands Empires et conqu\u00e9rants, l&#8217;Angleterre et la France, d\u00e9sormais nos deux protagonistes, ne faisant pas exception. Pour les anglophones du Canada, le nom important c&#8217;est John Cabot, un navigateur d&#8217;origine italienne (Giovanni Caboto) qu&#8217;Henri VII avait embauch\u00e9 en mars 1497. Apparemment, Cabot fit un tr\u00e8s beau voyage vers le Canada, aurait peut-\u00eatre mis pied \u00e0 terre \u00e0 Terre-Neuve, au Cap Breton, \u00e0 l&#8217;\u00cele-du-Prince-\u00c9douard, au Labrador, ou sur la c\u00f4te nord du Qu\u00e9bec, ou peut-\u00eatre \u00e0 aucun de ces endroits, n&#8217;aurait rencontr\u00e9 personne o\u00f9 il serait d\u00e9barqu\u00e9, et n&#8217;aurait rapport\u00e9 de son voyage de trois mois que quelques bricoles, qui sans doute tra\u00eenaient d\u00e9j\u00e0 dans le fonds de la cale de son petit navire: un Bristol?<\/p>\n<p>Alors que Jacques Cartier!!!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Terre-Neuve, la derni\u00e8re province \u00e0 entrer dans la Conf\u00e9d\u00e9ration du Canada, m\u00e9rite par sa situation g\u00e9ographique d&#8217;\u00eatre la premi\u00e8re terre canadienne \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte, et ce depuis bien longtemps d\u00e9j\u00e0. C&#8217;est que sur ses bancs, et \u00e7a on le savait depuis le d\u00e9but du 15e si\u00e8cle chez les Europ\u00e9ens de l&#8217;Ouest, et bien avant chez les Hommes du Nord, il s&#8217;y trouvait des quantit\u00e9s quasi-in\u00e9puisables de poissons, de la morue en particulier. Aujourd&#8217;hui, on sait qu&#8217;ils ne le sont pas, in\u00e9puisables, ces bancs et ces morues!<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Ier, roi de France, finit donc par se d\u00e9cider en 1534 \u00e0 financer des exp\u00e9ditions de d\u00e9couverte vers l&#8217;Am\u00e9rique du Nord: c&#8217;est l&#8217;or et autres richesses semblables qui le motivent; le poisson, c&#8217;est bon pour les commer\u00e7ants, les marchands et les armateurs. C&#8217;est \u00e0 Jacques Cartier qu&#8217;il confit ce premier mandat. En vingt jours, ce qui pour l&#8217;\u00e9poque est une performance remarquable, Cartier traverse l&#8217;Atlantique d&#8217;Est en Ouest, par le Nord, de Saint-Malo (France) au Cap Bonavista (Terre-Neuve). Du 10 mai, date de son arriv\u00e9e, jusqu&#8217;au 15 ao\u00fbt 1534, date de son d\u00e9part pour Saint-Malo, il se d\u00e9place de ce premier pied-\u00e0-terre (Cap Bonavista) pour arriver \u00e0 l&#8217;\u00cele-des-Oiseaux (Funk Island), puis \u00e0 la Baie des Ch\u00e2teaux (D\u00e9troit de Belle-Isle), puis \u00e0 Blanc-Sablon, sur la c\u00f4te Nord du Golfe Saint-Laurent, puis \u00e0 Saint-Servan (Baie-des-Homards): une premi\u00e8re croix! Ensuite, l&#8217;\u00eele Brion dans l&#8217;archipel des Iles-de-la-Madeleine (aujourd&#8217;hui sous l&#8217;administration politique de la province (nation?) du Qu\u00e9bec), \u00e0 l&#8217;\u00cele-du-Prince-\u00c9douard, \u00e0 la pointe Escuminiac au Nouveau-Brunswick. Tout naturellement, remonte la c\u00f4te et arrive en Gasp\u00e9sie, \u00e0 Port-Daniel.<\/p>\n<p>&#8220;Napou tou daman asurtat&#8221; (Ami, ton semblable t&#8217;aimera!), lui crient les premiers Am\u00e9rindiens rencontr\u00e9s, \u00e0 la fois r\u00e9jouis, \u00e9tonn\u00e9s et craintifs, devant ces envahisseurs Blancs-France. C&#8217;\u00e9tait le 7 juillet 1534, premier troc commercial document\u00e9 entre Fran\u00e7ais et Habitants de ce continent, des Micmacs.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9t\u00e9 1534 devait \u00eatre magnifique! Sans rel\u00e2che, \u00e0 la recherhce d&#8217;un passage vers la Chine (sic!), Cartier explore la Baie-des-Chaleurs, et met pied \u00e0 terre \u00e0 la Pointe-de-Penouille, o\u00f9 il sent le besoin de prendre possession du pays, sans la permission des natifs-natals: une nouvelle croix! La Nouvelle-France vient de na\u00eetre. Vive le Roi! Avant de repartir pour Saint-Malo, Cartier se fait copain avec Donnacona, le chef des Micmacs, et le convainc de lui laisser deux de ses fils, qu&#8217;il promet de ramener \u00e0 son prochain voyage: enl\u00e8vement? On les francisera. Nos premiers interpr\u00e8tes! En sortant de Gasp\u00e9, il contourne l&#8217;\u00eele d&#8217;Anticosti, puis Blanc-Sablon encore une fois, sans se douter qu&#8217;il est \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;un long fleuve, ce qu&#8217;il apprendra plus tard de la bouche de Domagaya et Taignoagny, les deux fils de Donnacona. L&#8217;existence d&#8217;un pays myst\u00e9rieux aussi, le Royaume du Saguenay, r\u00e9put\u00e9 d&#8217;une grande richesse.<\/p>\n<p>Une seconde exp\u00e9dition &#8211; mieux pr\u00e9par\u00e9e celle-l\u00e0, un meilleur financement de Fran\u00e7ois Ier, encourag\u00e9 par les r\u00e9cits sans doute exag\u00e9r\u00e9s des Micmacs, trois caravelles: la <em>Grande Hermine<\/em>, la <em>Petite Hermine<\/em>, l&#8217;<em>\u00c9m\u00e9rillon<\/em>, plus d&#8217;une centaine d&#8217;hommes &#8211; ram\u00e8nera Cartier en Canada, vers le 7 juillet 1535, o\u00f9 il mettra encore une fois pied \u00e0 terre \u00e0 l&#8221;\u00eele des Oiseaux (Terre-Neuve). Cette fois, la travers\u00e9e fut beaucoup plus mouvement\u00e9e, plus de 50 jours, vents et temp\u00eates, dispersion des navires, des icebergs aussi pr\u00e8s des bancs de Terre-Neuve, le Titanic y coulera le 15 avril 1912! On se retrouve tous finalement le 26 \u00e0 Blanc-Sablon, pour entreprendre la remont\u00e9e du fleuve, suivant les indications des Micmacs. On oublie trop souvent que c&#8217;est beaucoup gr\u00e2ce \u00e0 eux qu&#8217;aujourd&#8217;hui on peut naviguer le Fleuve Saint-Laurent jusqu&#8217;aux Grands Lacs, sans sombrer! Hmm! c&#8217;\u00e9tait il y a 375 ans, sans cartes, ni tables des mar\u00e9es, ni profondim\u00e8tre! Vents contraires, temp\u00eates, fortes mar\u00e9es, halte au Havre Saint-Nicolas, trente kilom\u00e8tres \u00e0 l&#8217;ouest de Natashquan: encore une grande croix de bois! Dieu ou amer? On en plantera des milliers de ces croix, dans les trois si\u00e8cles qui suivront, \u00e0 d&#8217;innombrables carrefours de routes rurales; mani\u00e8re de marquer un lieu et de glorifier le Cr\u00e9ateur, de prendre possession aussi!<\/p>\n<p>Le Canada, c&#8217;est vers Hochelaga!<\/p>\n<p>Suivant donc les conseils de Domagaya et Taignoagny, devenus guides et interpr\u00e8tes, Cartier entreprend, \u00e0 bord de l&#8217;\u00c9m\u00e9rillon et de deux petites barques, la remont\u00e9e du grand Fleuve (Saint-Laurent) qui m\u00e8ne \u00e0 Hochelaga (Montr\u00e9al). Ce qui lui donnera l&#8217;occasion d&#8217;apercevoir l&#8217;entr\u00e9e du Saguenay, de visiter l&#8217;\u00cele-aux-Coudres, l&#8217;\u00cele-de-Bacchus (\u00cele d&#8217;Orl\u00e9ans), et Stadacon\u00e9, futur site de la ville de Qu\u00e9bec, pour le moment encore la bourgade de Donnacona et de son peuple. Forc\u00e9 d&#8217;abandonner temporairement l&#8217;\u00c9m\u00e9rillon, \u00e0 la t\u00eate du Lac Saint-Pierre, le lac qui ressemble \u00e0 une mer est pourtant peu profond et le chenail navigable difficile \u00e0 trouver, c&#8217;est sur deux barques que Cartier et ses hommes atteignent Hochelaga, le 2 octobre 1535. Ce ne sont pas les c\u00e9l\u00e8bres tam-tams du Mont-Royal qui les acceuillent ce jour-l\u00e0, ce rituel ethno-urbain dominical ne prendra place qu&#8217;environ 450 ans plus tard, mais ceux d&#8217;un groupe d&#8217;un millier de personnes fort enthousiastes qui r\u00e9servent aux Fran\u00e7ais une r\u00e9ception grandiose, digne de chefs d&#8217;\u00c9tats: musique, clameurs, trompettes, \u00e9changes de cadeaux, nourritures et boissons. Au retour, laissant \u00e0 regret la recherche de ce mythique Eldorado du Saguenay, c&#8217;est vers l&#8217;Ouest, lui rappellent les guides, o\u00f9 se trouvent quantit\u00e9s de sites de m\u00e9taux pr\u00e9cieux, Cartier note l&#8217;embouchure de la rivi\u00e8re de Fouez (Rivi\u00e8re Saint-Maurice). Encore une croix! Voil\u00e0 c&#8217;est fait: l&#8217;axe Qu\u00e9bec &#8211; Trois-Rivi\u00e8res &#8211; Montr\u00e9al de la vall\u00e9e laurentienne est maintenant connu, et balis\u00e9. Un jour, on y pavera deux autoroutes. Mais entre temps, le Canada, ce sera cela, pour un bon moment encore!<\/p>\n<p>L&#8217;hiver 1535-1536 est terrible pour ces d\u00e9couvreurs fran\u00e7ais, le froid cinglant de Qu\u00e9bec du bord du Fleuve, et cette mortelle maladie, le scorbut: 25 des 110 hommes d&#8217;\u00e9quipage en meurent; ils seront ensevelis sous la neige. Par chance, la pharmacop\u00e9e am\u00e9rindienne permettra aux autres de survivre et de rentrer en France t\u00e9moigner de toutes ces d\u00e9couvertes et de ce nouveau pays en devenir; l&#8217;annedda: une infusion compos\u00e9e de feuilles et d&#8217;\u00e9corce d&#8217;\u00e9pinette blanche. Le docteur Jacques Masquelier, un scientifique fran\u00e7ais, en d\u00e9couvrira la synth\u00e8se, lors d&#8217;un s\u00e9jour au Canada, dans les ann\u00e9es 1940, le pycnogenol.<\/p>\n<p>D\u00e9but mai 1536, au moment du d\u00e9part, Cartier ne peut r\u00e9sister \u00e0 la tentation de planter une ultime croix \u00e0 Stadacon\u00e9; on pouvait y lire, m\u00eame si c&#8217;\u00e9tait en latin: &#8220;Sous le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Premier, par la gr\u00e2ce de Dieu, roi des Fran\u00e7ais&#8221;. Peut-on imaginer plus facile fa\u00e7on de prendre possession d&#8217;un territoire! Pas un seul tir de mousquet! Les Am\u00e9rindiens venaient d&#8217;\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, faute de comprendre la langue de Cic\u00e9ron! Cartier coupera par le D\u00e9troit de Cabot, maintenant c&#8217;est bien connu, c&#8217;est la route la plus diercte pour passer du Golfe \u00e0 l&#8217;Oc\u00e9an. Oui, c&#8217;est le m\u00eame Cabot, on le pr\u00e9nomme aussi Jean.<\/p>\n<p>Ce territoire nouvellement <em>conquis<\/em>, il faudra bien l&#8217;occuper. \u00c0 d\u00e9faut de donner la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise aux Indig\u00e8nes, on immigrera des Fran\u00e7ais. Des sp\u00e9cimens Iroquois sont embarqu\u00e9s pour la France, dix en tout, qu&#8217;on promet de ramener dans douze lunes, le chef Donnacona fait partie des s\u00e9questr\u00e9s. Il en passera soixante, de lunes, avant que Cartier ne remette les pieds en Canada, sans les Am\u00e9rindiens!<\/p>\n<p>\u00c0 son retour \u00e0 Saint-Malo, en 1536, Cartier re\u00e7oit en cadeau la <em>Grande Hermine<\/em> de Fran\u00e7ois Ier, qui \u00e0 ce moment se livre \u00e0 la guerre des empires contre le tr\u00e8s puissant Charles Quint, tout en signant des trait\u00e9s d&#8217;alliance avec le Portugal, dont l&#8217;un limite s\u00e9v\u00e8rement tout projet d&#8217;exploration outre-mer. La tr\u00eave de Nice de juin 1538 ram\u00e8ne la paix en France et la possibilit\u00e9 de reprendre des voyages vers de nouvelles terres. Cartier est d\u00e9sign\u00e9 capitaine g\u00e9n\u00e9ral et ma\u00eetre pilote de tous les navires et vaisseaux de mer qui doivent se rendre dans ces r\u00e9gions \u00e0 d\u00e9couvrir dans les Am\u00e9riques. Les missions d&#8217;exploration s&#8217;accompagnent aussi de l&#8217;objectif de christianiser ces peuples sauvages qui vivent sans la connaissance de Dieu. Mission double qui, pour des raisons de strat\u00e9gie politico-religieuse, et de magouillages de Cour, m\u00e8nera Fran\u00e7ois Ier \u00e0 nommer un sieur de Roberval, Jean-Fran\u00e7ois de la Rocque, protestant, avec tous les pouvoirs sur les hommes et les navires, y compris Cartier. L&#8217;objectif est de s&#8217;\u00e9tablir dans ces r\u00e9gions, de gr\u00e9 ou de force, d&#8217;y imposer une pr\u00e9sence humaine, civile, militaire, religieuse, et politique. Le temps presse, les autres empires d&#8217;Europe, l\u2019Angleterre, la Hollande, l&#8217;Espagne et le Portugal, lorgnent de ce c\u00f4t\u00e9 \u00e9galement. Les plans sont d&#8217;y construire forts, \u00e9glises, et villes. Pour peupler ce pays d\u2019une pr\u00e9sence civile, on visite les prisons de France: la lib\u00e9ration contre l\u2019exil. Mais attention, aucun prisonnier qui se serait rendu coupable de crime d\u2019h\u00e9r\u00e9sie, de l\u00e8se-majest\u00e9 divine ou humaine, ni faux-monnayeurs. Il faudra toutefois vendre ses biens pour payer les frais de la travers\u00e9e et la nourriture pour les deux prochaines ann\u00e9es. La bonne affaire! Les prisonniers, devenus colons, sont conduits au port, encha\u00een\u00e9s! Parmi les civils se trouvent \u00e9galement des gentilshomme, soldats et matelots.<\/p>\n<p>Le 23 mai 1541, Cartier entreprend son troisi\u00e8me et dernier voyage en Am\u00e9rique; le voyage sera p\u00e9nible, trois mois en mer. Cinq navires sont de l\u2019exp\u00e9dition, dont la <em>Grande Hermine<\/em>, l\u2019<em>\u00c9m\u00e9rillon<\/em>, le <em>Saint-Brieux<\/em>. Dispersion des navires, temp\u00eates, manque d\u2019eau douce pour abreuver les animaux: des tas de ch\u00e8vres, porcs, chevaux, vaches, moutons. Une vraie Arche de No\u00e9! C\u2019est qu\u2019il fallait aussi songer \u00e0 peupler le pays en b\u00eates, pour assurer la survie. Le 23 ao\u00fbt, tous les navires sont au mouillage dans le Havre de Sainte-Croix. Pendant ce temps, Roberval, que Cartier n\u2019a pas attendu, est toujours \u00e0 Saint-Malo \u00e0 chercher du financement. Il trouvera: la piraterie. C\u2019est avec trois navires, accompagn\u00e9 de 200 personnes, qui\u2019il arrivera enfin \u00e0 Saint-Jean (Terre-Neuve), en juin 1542. Cartier avait eu le temps de fonder un \u00e9tablissement \u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re du Cap-Rouge quelques lieues en amont de Stadacon\u00e9: Charlesbourg-Royal, qui deviendra France-Roy sous Roberval. On y avait construit deux forts, craignant les attaques des Iroquois; labour\u00e9 la terre: chou, navet, et la trill\u00e9e; fait pa\u00eetre et profiter le b\u00e9tail; fouill\u00e9 le sol aussi \u00e0 la recherche de ses tr\u00e9sors: fer, ardoise, diamants, or. Quelle richesse! Pourquoi chercher au Sud comme font Espagnols et Portugais? Le Roi sera ravi! \u201cFaux comme diamants de Canada\u201d! dira le proverbe en France. Du quartz et de la pyritte de fer! expertiseront les m\u00e9tallurgistes de Sa Majest\u00e9. L\u2019\u00e9chec est dur \u00e0 avaler. En Nouvelle-France, les Iroquois font la vie dure aux Blancs-France, qui ont oubli\u00e9 le rem\u00e8de appris plus t\u00f4t pour stopper les ravages du scorbut; les m\u00e9taux pr\u00e9cieux: du toc; les armateurs et financiers perdent confiance: l\u2019investissement ne donne pas les profits et richesses escompt\u00e9s; Cartier s\u2019est enfui de la colonie, laissant Roberval, inexp\u00e9riment\u00e9, cafouiller. Au mois de septembre de 1543, tous les survivants ont regagn\u00e9 la m\u00e8re-patrie. Les Am\u00e9rindiens pourront dormir tranquilles, mais d\u2019un seul oeil, pour plusieurs lunes: les envahisseurs ont \u00e9chou\u00e9 dans leur tentative de colonisation. Mais ils reviendront, ces Blancs-Europ\u00e9ens, et peut-\u00eatre en plus grand nombre, et moins gentils!<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>CHAMPLAIN<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le XVIe si\u00e8cle ne verra pas d&#8217;autres tentatives de colonisation par la France, c&#8217;est partout la guerre en Europe de l&#8217;Ouest; la religion: catholiques contre protestants. Il y a toujours cette obsession de trouver une route pour la Chine, vers l&#8217;ouest, par le nord. C&#8217;est ainsi que, chemin faisant, l&#8217;Angleterre prend possession de Terre-Neuve; Martin Frobisher laisse son nom \u00e0 une profonde baie dans la partie Est du Labrador, il en retira des tonnes de caillou, pas un miligramme d&#8217;or; John Davis explore le d\u00e9troit (de Davis!) entre le Groenland et la Terre de Baffin. L&#8217;octant, l&#8217;anc\u00eatre du sextant, c&#8217;est lui!<\/p>\n<p>La p\u00eache sur les bancs de Terre-Neuve est toujours aussi populaire, et miraculeuse! S&#8217;y retrouvent des marins fran\u00e7ais, espagnols, basques, portugais, anglais, des Micmacs aussi. Un Banc de Babel, tout ce qu&#8217;il faut pour une nouvelle <em>lingua franca<\/em>!<\/p>\n<p>Tout ce qu&#8217;il faut aussi pour mettre le feu aux poudres, une guerre mondiale sur les bancs; l&#8217;enjeu \u00e9conomique du temps: la morue, le morse aussi, son cuir, sa graisse, l&#8217;ivoire de ses d\u00e9fenses.<\/p>\n<p>En France, les rois se succ\u00e8dent; le dernier en lice, Henri IV, protestant et catholique (!), le premier de la branche des Bourbons, distribue des monopoles pour la traite des fourrures en Nouvelle-France \u00e0 des copains, ce qui bien entendu ne fait pas plaisir \u00e0 tous. Aymar de Chaste est l&#8217;un de ces b\u00e9n\u00e9ficiaires. Il demande \u00e0 Samuel de Champlain, jeune et brillant g\u00e9ographe, de se joindre \u00e0 une nouvelle exp\u00e9dition en Nouvelle-France. Fran\u00e7ois Grav\u00e9 du Pont, qui a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 le Fleuve Saint-Laurent jusqu&#8217;aux Trois-Rivi\u00e8res, fera aussi partie du groupe. Le 24 mai 1603, pr\u00e8s de Tadoussac, \u00e0 la Pointe-de-Saint-Mathieu, les nouveaux ma\u00eetres du territoire de la vall\u00e9e du Saint-Laurent, des Montagnais, leur r\u00e9servent un grand festin; les Iroquois en avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s, des guerres l\u00e0 aussi! Les Montagnais pointent du doigt en direction du nord: en remontant cette rivi\u00e8re (Saguenay), un lac; plus au nord encore, une mer sal\u00e9e! L&#8217;ancre est lev\u00e9e, direction &#8220;o\u00f9 l&#8217;eau se r\u00e9tr\u00e9cit&#8221;, changement de ma\u00eetres, nouveau toponyme, de l&#8217;algonquien &#8220;gepeg&#8221;, c&#8217;est celui qu&#8217;on retiendra, Champlain y fondera une ville \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;un futur voyage dans cinq ans. Remont\u00e9e du Fleuve jusqu&#8217;\u00e0 la rivi\u00e8re des Iroquois (aujourd&#8217;hui Richelieu; idem pour la toponymie). Les Am\u00e9rindiens, qu&#8217;on ne manque pas de questionner syst\u00e9matiquement &#8211; en quelle langue? &#8211; parlent d&#8217;un grand lac au bout de cette rivi\u00e8re, puis une autre rivi\u00e8re, qui m\u00e8ne en Floride: ce sera la route suivie par de nombreux plaisantiers au 20e si\u00e8cle! Champlain y repassera plus tard.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pierre du Gua de Monts, \u00e0 la t\u00eate d&#8217;une compagnie de marchands, re\u00e7oit de Henri IV, pour une dur\u00e9e de 10 ans, le monopole de commerce sur tout le territoire compris entre le 40e et le 46e degr\u00e9 de latitude nord, la longitude n&#8217;est pas pr\u00e9cis\u00e9e. Un coup d&#8217;oeil sur la carte, on comprend la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9! De Monts n&#8217;en visitera pas le dix milli\u00e8me! En \u00e9change: fonder un \u00e9tablissement en Acadie, avec de bons citoyens, et des vagabonds si n\u00e9cessaire! L&#8217;affaire est bonne pour les deux parties: le Roi octroie un territoire qu&#8217;il ne poss\u00e8de pas m\u00eame de droit, les commer\u00e7ants doivent y \u00e9tablir les sujets du Roi, et peut-\u00eatre vont-ils s&#8217;y enrichir! En mars 1604, 120 personnes \u00e9migrent en Acadie, de tous m\u00e9tiers, Champlain, le g\u00e9ographe-cartographe, est du voyage. Il visite la Baie de Fundy (anc. Baie fran\u00e7aise), la Baie Sainte-Marie, et un havre si beau, si vaste et agr\u00e9able pour les activit\u00e9s portuaires, qu&#8217;il baptisera Port-Royal, sur l&#8217;une des rives du Fleuve Annapolis; Port-Royal changera de rive et de nom en 1632 . De Monts lui pr\u00e9f\u00e8re la Rivi\u00e8re Saint-Jean, celle qui m\u00e8ne \u00e0 Fredericton, pour ses qualit\u00e9s de d\u00e9fense et d&#8217;\u00e9tablissement, mais se ravisera en ao\u00fbt 1605: tout le monde d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 Port-Royal. L&#8217;Acadie a un nouveau chef: Jean de Biencourt de Poutrincourt, un ami de de Monts, se fait conc\u00e9der Port-Royal par une commission royale. Et pourtant! L&#8217;Acadie, une histoire qu&#8217;il faudra reprendre \u00e0 partir de z\u00e9ro, puisqu&#8217;en octobre 1607, tous les habitants de Port-Royal ont regagn\u00e9 la Nouvelle-France. Nouvel \u00e9chec!<\/p>\n<p>Au cours de l&#8217;hiver de 1605-1606, Champlain visite la c\u00f4te de la Floride; des dizaines de milliers de &#8220;snow birds&#8221; qu\u00e9b\u00e9cois le feront aussi au cours du 20e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ce qui int\u00e9resse le g\u00e9ographe, c&#8217;est la colonie laurentienne, o\u00f9 il devra trouver l&#8217;endroit id\u00e9al, pour l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;une habitation<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, la traite des fourrures, et aussi la d\u00e9fense. De plus, le Fleuve Saint-Laurent, c&#8217;est peut-\u00eatre la route de l&#8217;Asie? On mettra beaucoup de temps \u00e0 se d\u00e9faire de cette obsession. Accompagn\u00e9 de vingt-huit hommes, tous des &#8220;gars de la construction&#8221;, menuisiers, charpentiers, scieurs de planche, Champlain d\u00e9-barque<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> au pied d&#8217;une falaise, ce sera Qu\u00e9bec, le 3 juillet 1608, une date que tous les \u00e9coliers francophones du Canada finiront peut-\u00eatre par retenir. Le premier hiver est terrible &#8211; ils le sont toujours \u00e0 Qu\u00e9bec! &#8211; , 20 morts, scorbut et dysenterie. Avant de retourner en France, d\u00e9part command\u00e9 par De Monts, le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral de la Nouvelle-France, Champlain obtient l&#8217;autorisation d&#8217;explorer. Il baptise des rivi\u00e8res: Sainte-Anne-de-la P\u00e9rade, Batiscan, Sainte-Suzanne (rivi\u00e8re du Loup, Louiseville), rivi\u00e8re du Pont (Nicolet), rivi\u00e8re de Gennes (Yamaska), remonte \u00e0 canot la rivi\u00e8re des Iroquois (Richelieu), dont il avait visit\u00e9 l&#8217;embouchure quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, d\u00e9couvre un immense lac, qui prendra son nom, on entre chez l&#8217;ennemi, plus tard, on dira nos voisins du Sud. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on y laisse aujourd&#8217;hui les voiliers, pavillon canadien, achet\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger; ni taxes ni douanes \u00e0 payer! Au bout du lac, une autre rivi\u00e8re, un autre d\u00e9couvreur, anglais celui-l\u00e0, y donnera aussi son nom, la Hudson. \u00c0 l&#8217;autre bout, la Nouvelle-Hollande. Le but de cette exploration n&#8217;est pas que touristique, militaire aussi: la chasse aux Iroquois. Premi\u00e8res victimes d&#8217;une arquebuse, les Iroquois, d\u00e9sormais ennemis mortels, ne seront pas pr\u00eats d&#8217;oublier cette alliance des Algonquins, Hurons et Fran\u00e7ais. De nombreuses autres exp\u00e9ditions guerri\u00e8res et meurtri\u00e8res surviendront de part et d&#8217;autre. Champlain y participera.<\/p>\n<p>Quelques allers-retours Tadoussac-Honfleur, un mariage, H\u00e9l\u00e8ne Boull\u00e9, 12 ans (!), Champlain poursuit ses exp\u00e9ditions vers l&#8217;\u00eele de Montr\u00e9al, nomme la Place Royale, et l&#8217;\u00eele Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, organise la traite des fourrures, d\u00e9monopolis\u00e9e, et conclut d&#8217;autres ententes de coop\u00e9ration guerri\u00e8re avec les Hurons, il visite l&#8217;Outaouais, pays des Algonquins, s&#8217;arr\u00eate devant les chutes de la rivi\u00e8re Rideau, sans se douter qu&#8217;en face de lui un jour s&#8217;y trouvera sur la rive droite, l&#8217;ambassade de la Grande-Bretagne, sur la gauche, celle de la France, les deux ennemis s\u00e9culaires, voisine de la r\u00e9sidence du Premier Ministre du Canada, rue Sussex, Boulevard de la Conf\u00e9d\u00e9ration, pas tr\u00e8s loin derri\u00e8re, Rideau Hall, r\u00e9sidence du (de la) Gouverneur(e) G\u00e9n\u00e9ral(e) du Canada, et la n\u00f4tre, le 25 rue Mackay! Il remontera l&#8217;Outaouais jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00cele-des-Allumettes, &#8211; objets de la future fortune de Eddy Match Co. Ltd -, en face, de nos jours, la base militaire de Petawawa, un peu plus au nord, Deep River, Mike et AlexBF y reboiseront le sud de l&#8217;erreur bor\u00e9ale. \u00c9tienne Br\u00fbl\u00e9, un coureur des bois, y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9, connaissait bien la Huronnie, leur langue aussi, avait atteint la Baie Georgienne, les Grands Lacs. Jean Nicollet, le polyglotte, il conna\u00eet les langues iroquoise, huronne et algonquine, s&#8217;y est arr\u00eat\u00e9, lui aussi, sur l&#8217;\u00cele, en route pour le pays des Hurons, \u00e0 la recherche du passage pour la Chine (sic again!), lui aussi, 1634.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>La traite des fourrures, c&#8217;est payant! pour les Europ\u00e9ens, bien s\u00fbr! Pour les Am\u00e9rindiens, des bricoles, plus tard, des fusils, de l&#8217;eau-de-vie. Les guerres, meurtri\u00e8res. Faut penser \u00e0 peupler aussi, construire un pays, l&#8217;habiter. Quelques-uns y viendront. Parfois, en famille, Louis H\u00e9bert, un grand laboureur, quel labeur! D&#8217;autres, en solitaire, des aventuriers, pour y courir les bois, par oisivet\u00e9 et gains faciles. Dans les octrois d&#8217;exclusivit\u00e9 aux compagnies de traite, le contrat stipule d&#8217;y encourager la venue et l&#8217;\u00e9tablissement de colons. Des religieux aussi, tous ces sauvages \u00e0 christianiser! Mais le pays est dangereux, ces sauvages justement! Les hivers y sont terribles, et longs, voyez \u00e0 Qu\u00e9bec, et les maladies, et les moustiques, intenses, \u00e7a c&#8217;est l&#8217;\u00e9t\u00e9 seulement, mais si bref! Le recrutement est difficile. Avant 1650, peu de succ\u00e8s! Les compagnies de traite de fourrure se succ\u00e8dent. Les monopoles changent de main et d&#8217;agents. Qu\u00e9bec se d\u00e9veloppe trop lentement.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>L&#8217;Empire britannique s&#8217;int\u00e9resse aussi \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique, y fondera une Nouvelle-Angleterre, des colonies, des \u00e9tats, 13, qu&#8217;on a disput\u00e9 aux Hollandais. Les conflits europ\u00e9ens se transportent en Am\u00e9rique. France versus Angleterre. Champlain contre les fr\u00e8res Kirke, David, Lewis, Thomas. Qu\u00e9bec est au centre des conflits. La France ravitaille peu ou mal, difficilement et pauvrement, sa colonie; d&#8217;autres chats \u00e0 fouetter l\u00e0-bas! Les Anglais en prennent avantage. Qu\u00e9bec, 1628, la famine; les Anglais menacent, pillent, ravagent. Le 24 avril, la m\u00eame ann\u00e9e, le trait\u00e9 de Suse, la paix entre l&#8217;Angleterre et la France est sign\u00e9e, en Nouvelle-France, on n&#8217;en sait rien, Internet, c&#8217;est au 20e si\u00e8cle, les nouvelles voyagent lentement, les bateaux aussi, les Kirke s&#8217;emparent de Qu\u00e9bec. 22 juillet 1629, Qu\u00e9bec: colonie anglaise. God save the King! Les Anglais, magnanimes? cl\u00e9ments? tol\u00e9rants? autorisent les Fran\u00e7ais, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, \u00e0 demeurer. Plusieurs partiront. Charles Ier, roi d&#8217;Angleterre comprend l&#8217;erreur, restitue la colonie, l&#8217;habitation de Qu\u00e9bec revient \u00e0 qui de droit, enti\u00e8rement br\u00fbl\u00e9e. Les Anglais repasseront, plus tard, d&#8217;autres conflits attendent.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Armand-Jean Du Plessis, personne ne conna\u00eet ce nom, c&#8217;est lui le Cardinal de Richelieu, le grand argentier des affaires de la France, sous Louis XIII, premi\u00e8re moiti\u00e9 du 17e si\u00e8cle, il fonda la c\u00e9l\u00e8bre Compagnie de Morbihan, celle des &#8220;cent associ\u00e9s&#8221;, un autre monopole en attendant que le Roi prenne personnellement les affaires de la Nouvelle-France en main, permit \u00e0 Champlain, confirm\u00e9 lieutenant-gouverneur, d&#8217;y faire un dernier s\u00e9jour, avant sa mort, octobre1636, qui eut le temps de fonder un nouveau poste de traite aux Trois-Rivi\u00e8res en 1633, les magouas, c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 tout a commenc\u00e9, des blancs qui marient des am\u00e9rindiennes, des m\u00e9tis, d&#8217;habiles constructeurs de canots et de fameux coureurs des bois, il en partira des centaines de Trois-Rivi\u00e8res \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, ces mercenaires de la fourrure, il n&#8217;en reste presque plus aujourd&#8217;hui, des traces dans le fran\u00e7ais local, dit-on! Le Z\u00e9nob, 171 rue Bonaventure, G9A 2A9, en face de la statut de Maurice Duplessis, Henri s&#8217;y rend tous les vendredis 17h, depuis des ann\u00e9es, boire du vin blanc, fumer des Pall Mall. Pierre-Esprit Radisson et M\u00e9dart Des Groseillers, c\u00e9l\u00e8bres coureurs des bois, ils seront les h\u00e9ros populaires d&#8217;une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e diffus\u00e9e par Radio-Canada dans les ann\u00e9es 1960, \u00e9taient partis des Trois-Rivi\u00e8res pour atteindre les Grands Lacs, les premiers Fran\u00e7ais \u00e0 prendre contact avec les Sioux au Lac Sup\u00e9rieur, mais aussi \u00e0 passer du c\u00f4t\u00e9 des Anglais, 1669. F\u00e9lonie!<\/p>\n<p>Au total, en 1633, la Nouvelle-France, c&#8217;est trois habitations: une \u00e0 Qu\u00e9bec; une autre quinze lieues en amont, 60 kilom\u00e8tres, sur l&#8217;\u00eele de Sainte-Croix, le fort de Richelieu, en face de Deschambault, les rapides de Richelieu aussi, passage p\u00e9rilleux, fort courant; et une autre encore 60 kilom\u00e8tres, 15 lieues, toujours en amont, les Trois-Rivi\u00e8res, \u00e0 l&#8217;embouchure de la rivi\u00e8re Saint-Maurice, Laviolette, un jour un pont, y avait conduit l&#8217;exp\u00e9dition, Jean de Br\u00e9beuf et Antoine Daniel, des j\u00e9suites en faisaient aussi partie, plus tard seront tortur\u00e9s et mis \u00e0 mort par des Iroquois combattant les Hurons, des martyrs! D&#8217;autres subiront un sort semblable: Lalemant, Jogues, Chabanel, Garnier, qui finiront par devenir des noms de rues au 20e si\u00e8cle.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1642: Fondation de Montr\u00e9al par Maisonneuve, alors Ville-Marie. L\u00e0 aussi la colonie se peuple au compte-goutte, et souvent se meurt! Les Compagnies se d\u00e9sint\u00e9ressent: pourtant les castors, il n&#8217;en reste aujourd&#8217;hui que quelques uns sur la Mont\u00e9e du Gore \u00e0 Lochaber derri\u00e8re chez Charles et sur les pi\u00e8ces de 5 cents, on en a exp\u00e9di\u00e9 les peaux de plusieurs millions en France, 1660-1670, sans compter autres animaux \u00e0 pelage: loutres, martres, renards, visons, carcajous, loups, ours, cerfs, caribous. Qualit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la Russie! Les Europ\u00e9ens, la t\u00eate foide, adorent les chapeaux! Quel carnage! Mais le coin est dangereux, derri\u00e8re chaque arbre un iroquois, des bandes rivales s&#8217;y retrouvent fr\u00e9quemment, l&#8217;endroit est propice, une \u00eele, un cours d&#8217;eau, pour traiter avec les Fran\u00e7ais, ne sont pas toujours satisfaits, font des histoires, tuent, massacrent, br\u00fblent, pillent. Montr\u00e9al survivra: une m\u00e9tropole, plusieurs ponts tout autour de l&#8217;\u00eele, des fleuves d&#8217;autoroutes aussi, embouteillages matins et soirs, conflits linguistiques, une pollution terrible, surtout dans l&#8217;Est; une majorit\u00e9 francophone, puis anglophone, Mordecai Richler, puis multi-ethnique, italiens, grecs, ha\u00eftiens, jamaicains, l&#8217;expo 67, le stade olympique, Jean Drapeau, cher cher!<\/p>\n<p>Champlain, le p\u00e8re de la Nouvelle-France n&#8217;est plus, mais que de lieux portent son nom: village, lac, mer, ponts, parcs.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>De1640 \u00e0 1665, 25 ans de conflits, guerres, suite ininterrompue d&#8217;attaques, mesquineries, tra\u00eetrises, alliances, d\u00e9salliances entre nations am\u00e9rindiennes, puis am\u00e9rindiennes et europ\u00e9ennes, puis europ\u00e9ennes. La Nouvelle-France, p\u00e9ril en la demeure! 300 habitants tout au plus. La Nouvelle-Angleterre, 30 000 \u00e9migrants. Facile de pr\u00e9voir l&#8217;issue. Des Hollandais aussi, que les Anglais vaincront, 1664, New Amsterdam devient New York. Le tour des Fran\u00e7ais viendra, \u00e0 Qu\u00e9bec encore! Les empires europ\u00e9ens se disputent, in\u00e9galement, le contr\u00f4le \u00e9conomique du territoire. Le contr\u00f4le politique suivra. Les Am\u00e9rindiens, nations et sous-nations, Hurons, Iroquois, Agniers, Algonquins, voudraient bien conserver leurs droits. Aujourd&#8217;hui encore d&#8217;ailleurs!<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>TALON<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Louis XIV, le Roi-Soleil, qui recherche la pr\u00e9dominance fran\u00e7aise dans le monde, assist\u00e9 de son grand administrateur et contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances, Jean-Baptiste Colbert, imaginent pour la Nouvelle-France une nouvelle strat\u00e9gie de peuplement et de colonisation. Il faut d&#8217;abord exterminer les Iroquois, menace quotidienne aux habitants de la colonie, dont il est n\u00e9cessaire de grandir le nombre; il faut aussi sortir les Hollandais des Antilles. Sans rapport? Oui et non. Des troupes, d\u00e9p\u00each\u00e9es aux Antilles, se rassemblent avec d&#8217;autres, parties de La Rochelle, tout un r\u00e9giment, celui de Carignan-Sali\u00e8res, totalisent 1200 soldats, arm\u00e9s de fusils \u00e0 platine, la technologie de la guerre \u00e9voluant. Les Iroquois, rus\u00e9s, s&#8217;inqui\u00e8tent, veulent n\u00e9gocier la paix. Un nouvel intendant, Jean Talon, propose plut\u00f4t la guerre. Ce qu&#8217;on fera. Des officieux valeureux, plus tard des villes, Tracy, Chambly, Saurel, se font remarquer. Partout, des fortifications, sur le Richelieu, aux point strat\u00e9giques. Le r\u00e9giment passsera \u00e0 1000, les Iroquois et le froid tuent. 400 seulement se transformeront en colons, une fois la paix fum\u00e9e avec les ennemis, juillet 1667. Talon leur conc\u00e9dera des terres. Ils sont la partie m\u00e2le de 90% de l&#8217;arbre g\u00e9n\u00e9alogique du Canada fran\u00e7ais. De 1608 \u00e0 1660, une vingtaine d&#8217;immigrants par ann\u00e9e seulement, des gens de m\u00e9tier, engag\u00e9s pour 3 ans, des trente-six mois. Encore quelques centaines entre1663-1665. Beaucoup de gars, en majorit\u00e9 c\u00e9libataires, peu de filles. Il faut contrer l&#8217;attrait pour les Am\u00e9rindiennes: on enverra 200 filles \u00e0 marier, patronn\u00e9es par des communaut\u00e9s religieuses, les bonnes soeurs ne choisissant pas n&#8217;importe laquelle, que des immigrantes sans reproche. Si t\u00f4t arriv\u00e9es, si t\u00f4t fait, le mariage! C&#8217;est trop peu! de 1663 \u00e0 1673, le Roi en commanditera 800, les <em>filles du Roy<\/em>, des indigentes, orphelines, recrut\u00e9es \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re de Paris, \u00e9duqu\u00e9es, savent lire, elles transmettront cette connaissance, \u00e9crire aussi sans doute, tricoter, broder, pratiquantes. Si t\u00f4t arriv\u00e9es, si t\u00f4t fait! Soldats et habitants sont ravis. Les c\u00e9libataires endurcis paieront une amende, \u00e9dit du Roi. Neuf mois plus tard: un colon de plus, des petits cr\u00e9oles pure-laine! Voil\u00e0 nos premiers, lointains, et seuls anc\u00eatres en Canada. De 1666 \u00e0 1672, la population double: de 3200 \u00e0 6700. La strat\u00e9gie du berceau, l&#8217;intendant jubile. Le Roi avait \u00e9tabli un syst\u00e8me incitatif d&#8217;allocations familiales pour encourager la natalit\u00e9, 10 enfants: 300 livres, 12: 400. De quoi rester pauvre! Bien plus tard, ces quelques centaines de Fran\u00e7aises et de Fran\u00e7ais deviendront 6 millions de Canadiens fran\u00e7ais, par la seule magie du berceau, et des allocations familiales, l&#8217;adjectif marquera la langue, bien plus que l&#8217;origine. L&#8217;effort de colonisation de la Nouvelle-France par l&#8217;immigration fran\u00e7aise est termin\u00e9e. Multipliez-vous!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le Roi avait finalement d\u00e9cid\u00e9 de prendre la gestion de la colonie en main, les compagnies davantage pr\u00e9occup\u00e9es d&#8217;affaires commerciales n&#8217;ayant pas rempli la partie de leur contrat stipulant de peupler la colonie. Ou si peu! Mars 1663, la Nouvelle-France devient donc colonie royale. Un Conseil sup\u00e9rieur, royal, de Qu\u00e9bec, est institu\u00e9. Gestion, justice, commerce, d\u00e9fense, tout devient royal. Les commissions d&#8217;enqu\u00eate en Nouvelle-France sont elles aussi, royales. Colbert n&#8217;est pas d&#8217;accord, insiste, convainc le Roi: une nouvelle Compagnie, celle des Indes Occidentales, la <em>West Indies<\/em>, h\u00e9ritera de la Nouvelle-France pour les affaires commerciales, &#8211; territoire conc\u00e9d\u00e9: du Cap-Vert au Cap-de-Bonne-Esp\u00e9rance, beaucoup de mal \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00e0 concevoir les dimensions des continents &#8211; le Roi gardera le contr\u00f4le de l&#8217;administration. Jean Talon, un bon copain de Colbert, devient le grand intendant: justice, police, finances. Il s&#8217;oppose \u00e0 l&#8217;existence de la <em>West Indies<\/em>: Elle perdra ses privil\u00e8ges en Nouvelle-France, 30 ans avant la fin pr\u00e9vue de l&#8217;accord. La colonie au service de la m\u00e9tropole, non l&#8217;inverse. C&#8217;est encore comme \u00e7a aujourd&#8217;hui dans les DOM-TOM de Guadeloupe-Guyane-Martinique. Il ne saurait \u00eatre question de d\u00e9peupler le Royaume pour en peupler un autre, le Canada, incertain. Dommage! Un autre royaume y verra. 1673, les colonies anglaises de l&#8217;Am\u00e9rique comptent d\u00e9j\u00e0 plus de 120 000 habitants, des \u00e2mes. Talon, en d\u00e9fricheur, d\u00e9veloppeur, organisateur, planificateur, est le premier, le grand architecte du Canada, qu&#8217;il quittera en novembre 1672, toujours c\u00e9libataire!<\/p>\n<p>Qui s&#8217;en souvient?<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>FRONTENAC<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Au cours du 17e si\u00e8cle, les Fran\u00e7ais marchent l&#8217;Am\u00e9rique, entrevoient et r\u00eavent virtuellement ses dimensions, l&#8217;arpentent, nomment dix milles lieues, courent ses bois, naviguent ses eaux, gravissent ses collines, fraternisent avec ses indig\u00e8nes, les affrontent aussi, la disputent \u00e0 d&#8217;autres empires &#8230; et la\u00a0 perdent lamentablement! Tr\u00e8s peu de Fran\u00e7ais sont devenus Canadiens. Et ceux-l\u00e0 ont vite cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre Fran\u00e7ais. Seul l&#8217;idiome a surv\u00e9cu.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les prises de possession au nom du Roi de France, loufoques: je plante une croix, chante un <em>Vexilla Regis<\/em>, un <em>Te Deum<\/em> , sculte ses armoiries, inscris son nom, en latin toujours, c&#8217;est la langue universelle, les Am\u00e9rindiens n&#8217;ont qu&#8217;\u00e0 fr\u00e9quenter l&#8217;\u00e9cole des j\u00e9suites ou autres eudistes, trois d\u00e9charges de fusils, vive le Roi! le territoire revendiqu\u00e9 est beaucoup trop vaste, trop peu d&#8217;habitants, des \u00e2mes, pour l&#8217;habiter, n&#8217;ont jamais emp\u00each\u00e9 les Anglais de remplir les espaces vides, et m\u00eame de prendre possession, au nom d&#8217;un autre Monarque, outre Manche celui-l\u00e0, de territoires usurp\u00e9s par les Fran\u00e7ais aux natifs-natals Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c0 force de vouloir chercher la route de la Chine par le Nord et vers l&#8217;Ouest, Anglais et Fran\u00e7ais ont fini par parcourir tout le Canada, <em>ad mare<\/em>! Vivent les Rois!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Louis Jolliet, un sieur, et Jacques Marquette, un j\u00e9suite, affrontent tous les dangers, glissent sur le Mississipi jusqu&#8217;en Arkansas; Cavalier de La Salle, lui, jusqu&#8217;\u00e0 son embouchure, prend possession de l&#8217;endroit au nom de Louis XIV, 1682, <em>Vexilla Regis<\/em> et tout le bazard, le nomme Louisiane en son honneur, d\u00e9couverte que Sa Majest\u00e9 jugera bien inutile(!). Pour les Fran\u00e7ais, La Louisiane, une mythologie. Le French Quarter de la Nouvelle-Orl\u00e9ans, plus espagnol que fran\u00e7ais; Bourbon Street, plus am\u00e9ricain que fran\u00e7ais. La Salle tente d&#8217;y revenir, par mer, deux ans plus tard, se fait assassiner. Toute fin 19e si\u00e8cle, Pierre Le Moyne d&#8217;Iberville fonde un \u00e9tablissement, rive Est du Mississipi, Biloxi. L&#8217;\u00e9poque encore de la traite des esclaves: des n\u00e9griers y marchandent des Africains, sans gr\u00e9 et avec force. Des colons fran\u00e7ais? Tr\u00e8s peu! Des \u00e9migr\u00e9s de Saint-Domingue fuyant la R\u00e9volution ha\u00eftienne, 1793-1804, ou fran\u00e7aise, 1789-1794, c&#8217;est la m\u00eame. Des milliers d&#8217;\u00e2mes, blanches mais noires surtout. Biloxi Blues, Louis Armstrong. La Louisiane, fran\u00e7aise, espagnole, c&#8217;est selon Bonaparte, puis encore fran\u00e7aise, enfin \u00e9tatsunienne, 80 millions de francs,\u00a0 m\u00eame en U$, si peu! Un si vaste territoire! Des Cajuns aussi, des milliers, d\u00e9port\u00e9s, par l&#8217;autre histoire, l&#8217;acadienne, \u00c9vang\u00e9line, Zachary Richard. Qui fait qu&#8217;on parle un fran\u00e7ais aujourd&#8217;hui l\u00e0-bas. Le CODOFIL, un noble effort, une goutte d&#8217;eau dans le Golfe du Mexique!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;est que, tout est fonction ici en Am\u00e9rique de ce qui se passe, ou ne se passe pas, en Europe.<\/p>\n<p>Janvier 1667, la France et L&#8217;Angleterre de nouveau en guerre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Frontenac, un noble, de l&#8217;\u00e9p\u00e9e! un militaire de carri\u00e8re, succ\u00e8de \u00e0 Talon. Est en faillite financi\u00e8re; la belle affaire: Gouverneur! De quoi se refaire! S&#8217;\u00e9choue \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e du Fleuve, \u00e0 sa premi\u00e8re travers\u00e9e de l&#8217;Atlantique, 71 jours. Pourtant, Cartier &#8230;<\/p>\n<p>Est ravi par Qu\u00e9bec, mais la trouve d\u00e9sordonn\u00e9e, la future capitale d&#8217;un futur grand Empire, r\u00eave-t-il! 2001: Bernard Landry y r\u00eave aussi! \u00c0 des Canadiens, des Fran\u00e7ais, fait pr\u00eater serment de fid\u00e9lit\u00e9 au Roi, encore Louis XIV, toujours Colbert. Ob\u00e9issance absolue aussi \u00e0 son repr\u00e9sentant, Lui, Frontenac. Des Hurons et des Ab\u00e9naquis, enchant\u00e9s par la c\u00e9r\u00e9monie du serment, veulent en faire autant. Pourquoi ne pas franciser les autochtones puisqu&#8217;on les \u00e9vang\u00e9lise? Colbert gronde Frontenac. Et si ces Canadiens finissaient par revendiquer leur ind\u00e9pendance du Royaume?<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de l&#8217;heure: la vente de l&#8217;alcool aux Am\u00e9rindiens et les coureurs des bois, qui font du d\u00e9sordre, banditisme, hors-la-loi, sont insolents, trop ind\u00e9pendants, c&#8217;est que l&#8217;aventure est payante, tr\u00e8s. De nombreux petits postes de traite ill\u00e9gaux, \u00e0 l&#8217;insu de l&#8217;administration coloniale, donc royale. Le Roi ordonne leur surveillance \u00e9troite: d\u00e9fense aux habitants de la colonie de quitter leurs maisons, sous peine de vie, de mort? De gal\u00e8re \u00e0 perp\u00e8te! Ils cesseront de courir, t\u00f4t ou tard. L&#8217;alcool aux Indiens est rest\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce jour un probl\u00e8me de l&#8217;heure!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1672: La France et la Hollande sont en guerre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c0 la hauteur du Roi-Soleil, Frontenac a des ambitions de grandeur, veut \u00e9tablir un avant-poste de traite fortifi\u00e9, bien en amont sur le Saint-Laurent, \u00e0 bonne distance de Qu\u00e9bec et Montr\u00e9al, vers les Grands Lacs. Le Roi, par la voix de Colbert, lui rappelle que son mandat est de consolider les habitations d\u00e9j\u00e0 en place, sur la trajectoire Qu\u00e9bec &#8211; Trois-Rivi\u00e8res &#8211; Montr\u00e9al, de fonder entre celles-ci villes et villages pour rassembler et resserrer les habitants, et non d&#8217;explorer et de fonder si loin de nouveaux \u00e9tablissements que les Fran\u00e7ais n&#8217;arriveront jamais de toute fa\u00e7on \u00e0 poss\u00e9der ou \u00e0 habiter. Juste clairvoyance de Sa Majest\u00e9! Frontenac persiste tout de m\u00eame, est t\u00eatu, avec l&#8217;aide de Cavalier de La Salle, construit un fort \u00e0 Cataracoui, l\u00e0 o\u00f9 cette rivi\u00e8re de l&#8217;Ontario se jette dans le Lac du m\u00eame nom \u00e0 son point de d\u00e9charge dans le Fleuve Saint-Laurent. Plus tard, Kingston. En attendant, Fort Frontenac. Sans s&#8217;en douter, le gouverneur commence \u00e0 tracer la deuxi\u00e8me pointe du futur triangle Montr\u00e9al-Kingston-Ottawa, 401-416-417, entre les deux premi\u00e8res, le Fleuve, les deux derni\u00e8res, le Canal Rideau, les autoroutes du temps, que deux si\u00e8cles plus tard le militaire Colonel By se cassera la t\u00eate, et beaucoup de cailloux, \u00e0 construire, les Am\u00e9ricains, ceux des \u00c9tats-Unis, devenant mena\u00e7ants. Clairvoyance de Frontenac? Folie des grandeurs! Entre les deux autres pointes, la rivi\u00e8re des Outaouais, on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0. Nous y serons bient\u00f4t en Haut-Canada.<\/p>\n<p>Rappel de Frontenac en France, pour causes d&#8217;inconduite suspecte dans les affaires de la colonie. D\u00e9savou\u00e9 par Colbert et le Roi.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1685: les colonies anglaises, 160 000; le Canada, 10 725.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>On commence \u00e0 noter le caract\u00e8re particulier des Canadiens, qui s&#8217;accorde mal avec la subordination. La fr\u00e9quentation des Indig\u00e8nes et les vastes espaces, sans doute!<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais veulent d\u00e9loger les Anglais install\u00e9s \u00e0 la Baie d&#8217;Hudson, le contr\u00f4le de la traite des fourures, toujours. Ils y parviennent: la Hudson&#8217;s Bay Co. est temporairement d\u00e9mantel\u00e9e. Fran\u00e7ais et Anglais s&#8217;y affronteront encore \u00e0 quelques reprises. Autre souhait du Roi: exterminer les Iroquois, alli\u00e9s des Anglais et ennemis des Hurons et des Outaouais, ces derniers, alli\u00e9s des Fran\u00e7ais; la petite v\u00e9role y parviendra en partie, guerre bact\u00e9riologique? Les prisonniers iront ramer sur ses gal\u00e8res, avec les S\u00e9n\u00e9galais. Son dilemne: rester en paix avec la Nouvelle-Angleterre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1689: La guerre reprend entre la France et l&#8217;Angleterre, Louis XIV combat aussi l&#8217;Espagne, la Bavi\u00e8re, les Pays-Bas, beaucoup de pain sur la planche!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les Anglais d&#8217;Albany poussent les Iroquois \u00e0 attaquer la colonie fran\u00e7aise. Lachine: 1500 Iroquois, mousquets, poudre, plombs, hachettes, couteaux, tout est <em>made in British<\/em>; 120 enl\u00e8vements, 200 assassinats, une vraie boucherie! G\u00e9nocide? \u00c9puration ethnique? On retiendra massacre. Oeil pour oeil, les Fran\u00e7ais appuy\u00e9s de leurs alli\u00e9s, riposte sur la Nouvelle-Angleterre: Corlaer (Schenectady) plut\u00f4t qu&#8217;Albany; Salmon Falls, pr\u00e8s de Portsmouth; Casco (Falmouth, Portland, Maine). Les Anglais crient: \u00ab Canada must be reduced \u00bb. D&#8217;abord, prendre Port-Royal, ce sera facile, l&#8217;autre histoire; puis assi\u00e8ger Qu\u00e9bec, la n\u00f4tre. Une premi\u00e8re tentative d&#8217;invasion, William Phips en t\u00eate, 34 vaisseaux de guerre, \u00e9choue: l&#8217;hiver pr\u00e9coce de Qu\u00e9bec, il l&#8217;est toujours, a raison de la flotte de Phips, qui retourne \u00e0 Boston, penaud! \u00c0 cette occasion aussi, la r\u00e9ponse c\u00e9l\u00e8bre de Frontenac, qui avait repris ses fonctions entre temps, \u00e0 l&#8217;\u00e9missaire de Phips, &#8220;par la bouche de mes canons&#8221;, que tout \u00e9colier francophone au Canada a appris, mais confondu Wolfe avec Phips, Frontenac avec Montcalm, qui viendront plus tard.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le tournant du 18e si\u00e8cle s&#8217;ouvre au Canada avec &#8220;la grande paix de Montr\u00e9al&#8221;, 4 ao\u00fbt 1701, qui met fin \u00e0 16 ans de guerre et \u00e0 la coalition anglo-iroquoise. Louis-Hector de Calli\u00e8re est gouverneur, et grand instigateur de cette rencontre: toutes les nations am\u00e9rindiennes pr\u00e9sentes fument le calumet &#8230;<\/p>\n<p>&#8230; De la paix, pour peu de temps, h\u00e9las!<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>VAUDREUIL<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Eu Europe, la guerre reprend de plus belle: tous les Empires, et leurs monarques, Angleterre, Hollande, Danemark, Autriche, Allemagne, versus la France, se disputent la succession du tr\u00f4ne d&#8217;Espagne.<\/p>\n<p>Ce qui finit par se savoir en Am\u00e9rique du Nord, dans les Empires en construction, destruction? Raids et barbarie de part et d&#8217;autre, la chasse aux ennemis, scalps fran\u00e7ais et chevelures anglaises ont un prix, les Iroquois restent neutres, les Ab\u00e9naquis, moins.<\/p>\n<p>Philippe de Rigaud de Vaudreuil, un marquis, vieille noblesse du Sud de la France, succ\u00e8de \u00e0 Calli\u00e8re. Joseph Dudley, gouverneur de Boston, juge les Canadiens cruels, il n&#8217;a pas totalement tort, Vaudreuil a la m\u00eame opinion des Anglais, n&#8217;a pas tort non plus!<\/p>\n<p>Et pourquoi d&#8217;ailleurs, interroge-t-on non sans raison, tol\u00e9rer des voisins g\u00eanants comme ces Fran\u00e7ais, une population si faible, qui contr\u00f4lent un si grand territoire, et qui gr\u00eavent notre commerce, par leurs trafics, astuces et alliances avec les Sauvages? Soumettre le Canada \u00e0 la Couronne. Port-Royal tombe, encore une fois, l&#8217;autre histoire, octobre 1710, sous l&#8217;offensive de Francis Nicholson, par ordre de Sa Reine Majest\u00e9 Anne, d&#8217;Angleterre, Annapolis-Royal. Une nouvelle tentative d&#8217;invasion de Qu\u00e9bec \u00e9choue, 12 000 hommes dans l&#8217;entreprise, dont plusieurs femmes aussi, le masculin l&#8217;emportant en ce temps sur le f\u00e9minin, des intentions hostiles, certes! Cette fois, r\u00e9cifs, l&#8217;\u00cele-aux-Oeufs, brouillards courants mar\u00e9es vents contraires, incomp\u00e9tence des pilotes, 1290 naufrag\u00e9s, ont raison de la puissante flotte britannique. Nicholson, furieux, en pi\u00e9tine sa perruque! Ils reviendront. Chez les Fran\u00e7ais de Qu\u00e9bec, jubilation, protection divine, Te deum et actions de gr\u00e2ce fusent.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1712: Trait\u00e9 d&#8217;Utrecht, Pays-Bas. France et Angleterre mettent fin aux hostilit\u00e9s. Terre-Neuve, Acadie (Nouvelle-\u00c9cosse), Baie d&#8217;Hudson deviennent britanniques, les Iroquois aussi. La Nouvelle-France est tout \u00e0 coup moins vaste, mais les fronti\u00e8res demeurent floues. Seuls restent aux Fran\u00e7ais la rivi\u00e8re qui m\u00e8ne \u00e0 Qu\u00e9bec, l&#8217;\u00cele Saint-Jean (\u00cele-du-Prince-\u00c9douard),<\/p>\n<p>l&#8217;\u00cele-du-Cap-Breton, o\u00f9 se r\u00e9fugient bon nombre d&#8217;Acadiens, d&#8217;autres demeurent sous tutelle anglaise \u00e0 Plaisance (Terre-Neuve).<\/p>\n<p>Devant ces pertes de territoire, les Fran\u00e7ais fortifient le Canada, toujours la peur d&#8217;un revirement avec les Anglais. Juste pr\u00e9monition\/pr\u00e9caution! 1720-1740: Louisbourg, sur l&#8217;\u00cele Royale (Cap-Breton), une forteresse, un v\u00e9ritable Gibraltor; 1730: Montr\u00e9al ceintur\u00e9e d&#8217;un mur de pierre; Qu\u00e9bec, Citadelle et bastions, m\u00eame \u00e9poque. L&#8217;autre grande voie d&#8217;acc\u00e8s aussi, d&#8217;invasion, la Rivi\u00e8re Richelieu: un fort \u00e0 Chambly (Qu\u00e9bec), un autre dans la r\u00e9gion du Lac Champlain, zone frontali\u00e8re disput\u00e9e, Pointe-\u00e0-la-Chevelure (Crown Point), Fort Fr\u00e9d\u00e9ric. La r\u00e9gion des Grands Lacs aussi, zone impr\u00e9cise du trait\u00e9 d&#8217;Utrecht, o\u00f9 comme de raison Anglais et Fran\u00e7ais se fortifient et s&#8217;affrontent, Vaudreuil y plante un fort \u00e0 Niagara. C&#8217;est que la Nouvelle-France, malgr\u00e9 quelques incisions au Nord et \u00e0 l&#8217;Est, est encore vaste au Sud: garder la route ouverte et s\u00e9curitaire de Qu\u00e9bec \u00e0 la Louisiane, telle est l&#8217;\u00e9tendue encore, pour un temps.<\/p>\n<p>La qu\u00eate de la route de la Chine n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e non plus: Les La V\u00e9rendrye, p\u00e8re et fils, y verront, en route vers la mer de l&#8217;Ouest, vermeille, de l&#8217;ocre, o\u00f9 ils ne parviendront jamais. Malgr\u00e9 tout: Rivi\u00e8re Rouge, Assiniboine (Winnipeg), Dakota Nord, Les Rocheuses (1743), la rivi\u00e8re Saskatchewan.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>1713-1740: Malgr\u00e9 l&#8217;ambiance de guerre maintenue gr\u00e2ce aux Am\u00e9rindiens, p\u00e9riode relativement paisible. Mais encore une fois, l&#8217;Europe s&#8217;agite: la succession au tr\u00f4ne d&#8217;Autriche. 15 mars 1744, d\u00e9claration de guerre de la France \u00e0 l&#8217;Angleterre, nouveau roi, Louis XV, m\u00eame attitude que son pr\u00e9d\u00e9cesseur, XIV.<\/p>\n<p>La Nouvelle-Angleterre s&#8217;empare de Louisbourg, forteresse fran\u00e7aise, 27 juin 1745. Qu\u00e9bec veut la reconqu\u00e9rir, demande l&#8217;aide du Roi, la marine de guerre est mal pr\u00e9par\u00e9e, \u00e9choue.<\/p>\n<p>28 octobre 1748, Trait\u00e9 d&#8217;Aix-la-Chapelle: Louisbourg est restitu\u00e9e \u00e0 la France. Une guerre pour rien! &#8220;B\u00eate comme la paix!&#8221; Qui ne durera pas, pourtant. Janvier 1755, s&#8217;organise en Virginie, Nouvelle-Angleterre, 1 500 000 habitants, un plan de conqu\u00eate de la Nouvelle-France, 85 000. \u00c9norme disproportion, on devine l&#8217;issue. Les Acadiens, devenus sujets britanniques par le trait\u00e9 d&#8217;Utrecht, qui refusent de pr\u00eater serment d&#8217;all\u00e9geance \u00e0 Sa Majest\u00e9 George II, certains le feront, et qui ne veulent pas non plus prendre les armes contre les Fran\u00e7ais, peu le feront, ordre est donn\u00e9 par le Gouverneur Lawrence \u00e0 Monckton de les chasser du pays. D\u00e9portation massive: 6000-7000, 1755-1762. Direction: Nouvelle-Angleterre, ou o\u00f9 vous voudrez. Ils reviendront. P\u00e9lagie la Charette.<\/p>\n<p>Pourtant, en 1755, en Europe, c&#8217;est la paix entre la France et l&#8217;Angleterre, mauvaise harmonisation entre les deux continents, mais comme toujours on pr\u00e9pare la guerre, qui sera d\u00e9clar\u00e9e officiellement par George II, 17 mai 1756, durera 7 ans, d&#8217;o\u00f9 son nom, contre Louis XV, Ses deux Majest\u00e9s estimant avoir de bonnes raisons. Pour des raisons semblables, mais d&#8217;int\u00e9r\u00eat plus local, Nouvelle-Angleterre et Nouvelle-France se font la guerre en Am\u00e9rique. Versailles y envoie des renforts, le commandant des troupes, Montcalm, Louis-Joseph, un marquis. Le r\u00e9cent Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral, Pierre de Rigaud de Cavagnial de Vaudreuil, marquis aussi, transmission oblige, le fils de Philippe, l&#8217;autre Vaudreuil de gouverneur, 30 ans plus tard, n\u00e9 ici, premier canadien d&#8217;origine \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 cette fonction. Ce sera aussi le dernier, la fin approche. Vaudreuil et Montcalm, un Canadien, un Fran\u00e7ais. Discorde, normal!<\/p>\n<p>Attaques et victoires des Fran\u00e7ais sur quelques places fortifi\u00e9es, dont Oswego sur le lac Ontario, aujourd&#8217;hui \u00c9tat de New York, cuisante d\u00e9faite pour les Anglais. \u00abLe Canada doit \u00eatre d\u00e9truit\u00bb, titre le New York Gazette, 13 sept. 1756, en anglais bien s\u00fbr! Massacre du Fort William-Henry, sud du lac George, Montcalm, 1757. En Nouvelle-Angleterre, la haine contre la Nouvelle-France campe \u00e0 son plus haut. L&#8217;arm\u00e9e britannique marche sur Carillon, plus tard Ticonderoga, sud du lac Champlain, y est d\u00e9faite par Montcalm, derni\u00e8re grande victoire fran\u00e7aise en Am\u00e9rique. Au m\u00eame moment, James Wolfe re-prend Louisbourg. Encore? Oui, encore! Enrag\u00e9, il veut aussi Qu\u00e9bec, ce qu&#8217;il aura bient\u00f4t, William Pitt, premier ministre de la Grande-Bretagne, lui accordant 12 000 hommes pour son projet, dans sa campagne contre l&#8217;Am\u00e9rique fran\u00e7aise de 1759. Pitt fera aussi prendre le Fort Niagara, la route Nord-Sud de la Nouvelle-France est d\u00e9finitivement coup\u00e9e.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il ne reste que Qu\u00e9bec, qui a beaucoup souffert de la famine, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, l&#8217;ennemi est en approche dans le Golfe, 14 navires de l&#8217;avant-flotte d&#8217;invasion se trouvent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la hauteur de Saint-Barnab\u00e9, pr\u00e8s de Rimouski. Ce qui vient derri\u00e8re, terrifiant! Les Anglais, une arm\u00e9e redoutable. An\u00e9antir les Canadiens pour vaincre les Fran\u00e7ais, strat\u00e8gie douteuse! Pitt l&#8217;avait promis: la guerre se gagnera en Am\u00e9rique, non en Europe. Les Canadiens n&#8217;avaient qu&#8217;\u00e0 rester neutres, avait propos\u00e9 Wolfe. La belle affaire! Qui est Fran\u00e7ais? Qui est Canadien? Cruelle question qu&#8217;on n&#8217;aura plus \u00e0 se poser, bient\u00f4t!<\/p>\n<p>\u00ab Les Anglais ne sont pas venus pour ruiner et d\u00e9truire les Canadiens, mais pour leur faire go\u00fbter les douceurs d&#8217;un gouvernement juste et \u00e9quitable \u00bb pourvu que les Canadiens \u00ab rendent les armes et demeurent chez eux en repos \u00bb, d\u00e9clare le commandant en chef des troupes de Sa Majest\u00e9. Ce que s&#8217;efforceront de faire les uns et les autres dans les deux si\u00e8cles suivants que racontera l&#8217;histoire du Canada. \u00cele d&#8217;Orl\u00e9ans, L\u00e9vis, Chute Montmorency, les Anglais assi\u00e8gent Qu\u00e9bec. 12 juillet, et pendant deux mois, bombardement, 15 000 boulets, Bang! La guerre doit se d\u00e9rouler en toute humanit\u00e9, a promis Wolfe. Pas de scalps, ni chevelures. Il y en aura pourtant, et beaucoup, de part et d&#8217;autre. Wolfe, Montcalm, un assaillant, un assailli, un Anglais, un Fran\u00e7ais, la guerre canadienne, deux strat\u00e9gies, l&#8217;arm\u00e9e britannique, ordonn\u00e9e, bataille rang\u00e9e, tuer l&#8217;ennemi proprement, l&#8217;arm\u00e9e canadienne, des miliciens, habitu\u00e9s \u00e0 se battre \u00e0 l&#8217;indienne. Gigantesque cafouillage sur les Plaines d&#8217;Abraham, ce 13 septembre, c&#8217;est qu&#8217;on a mis beaucoup de temps \u00e0 d\u00e9barquer, vite, l&#8217;hiver de la ville de Qu\u00e9bec s&#8217;en vient, redoutable, 30 minutes, court mais intense affrontement qui passera \u00e0 l&#8217;Histoire, la canadienne, non la fran\u00e7aise, Wolfe est mortellement bless\u00e9, Montcalm agonise. Le 17, Qu\u00e9bec, d\u00e9molie, d\u00e9sert\u00e9e, capitule.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>MURRAY<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Vaudreuil et autres notables et \u00e9v\u00eaques se sont r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Montr\u00e9al, qui avec ce qui reste de la colonie en passant par Trois-Rivi\u00e8res, est encore sous domination fran\u00e7aise. L\u00e9vis, l&#8217;homme, tentera de reconqu\u00e9rir Qu\u00e9bec, sans l&#8217;aide de la France, ne r\u00e9pond plus, h\u00e9las! Le Roi ne veut plus payer. L&#8217;a-t-il d\u00e9j\u00e0 fait? ne peut plus payer? La France, la banqueroute. On retiendra abandon. Plus encore, c&#8217;est la ruine en Canada. James Murray, nouveau Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral de Qu\u00e9bec et du pays conquis, fonce vers Montr\u00e9al, n\u00e9glige Trois-Rivi\u00e8res, br\u00fble Sorel, se poste \u00e0 Longueuil. Ses g\u00e9n\u00e9raux, Amherst, sur l&#8217;\u00cele Perrot, puis \u00e0 Lachine; Haviland, \u00e0 Laprairie.<\/p>\n<p>8 septembre 1760, Montr\u00e9al, qui transformera avec le temps en noms de rues tous ces g\u00e9n\u00e9raux et autres illustres lieutenants anglais, ultime bastion de la colonie, un jour, 24 juillet 1967, un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais, le con! y viendra beaucoup, beaucoup, beaucoup trop tard, crier tr\u00e8s fort du haut d&#8217;un balcon, met bas les armes. La Nouvelle-France n&#8217;est plus! l&#8217;autre France, l&#8217;Ancienne, n&#8217;ayant pas fourni les efforts n\u00e9cessaires pour soutenir cette partie de son Royaume en Am\u00e9rique. D&#8217;autres noms de rues en conserveront le souvenir.<\/p>\n<p>Le lendemain, 9 septembre, s&#8217;installe pour 3 ans un r\u00e9gime militaire. Les conditions de la reddition, plusieurs articles, que Sa Majest\u00e9 tr\u00e8s chr\u00e9tienne et Sa Majest\u00e9 britannique devront ratifier, ce qu&#8217;ils feront \u00e0 Paris dans un Trait\u00e9, 10 f\u00e9vrier 1763. Il ne restera \u00e0 la Nouvelle-France, et aux Fran\u00e7ais, que quelques cailloux, des bouts zilets, deux au froid, Saint-Pierre et Miquelon, d&#8217;autres au chaud, Guadeloupe DOM-TOM et cie. Est-ce que Robert Charlebois sait que dans les pourparlers menant au Trait\u00e9 de Paris, les Fran\u00e7ais ont h\u00e9sit\u00e9 entre le Canada et la Guadeloupe? R\u00e9parer l&#8217;erreur de Cartier?<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ici s&#8217;ach\u00e8ve la petite histoire des Fran\u00e7ais d&#8217;icitte, le reste de l&#8217;histoire socio-politique n&#8217;est que prologue, la v\u00e9ritable suite \u00e9tant celle des CF, leur survie, leur religion, leur langue. Des CF, non pas des Canadiens qui sont des Fran\u00e7ais, mais des Canadiens qui parlent fran\u00e7ais, la minuscule seule est importante, dans les deux cas <u>ais<\/u> donne [a]. Et qui ont conserv\u00e9 quelques habitudes de prononciation de Louis \u00ab c\u00e9 mo\u00e9 le ro\u00e9 \u00bb XIV, beau langage de la Cour, jusqu&#8217;encore bien tard au 20e si\u00e8cle, Maurice \u00ab to\u00e9, t\u00e9-to\u00e9! \u00bb LeNoble Duplessis, langage ch\u00e2ti\u00e9 du parlement qu\u00e9b\u00e9cois, et le ti-cul \u00ab t\u00e9 qui to\u00e9, l\u00e0? \u00bb, du coin, simple langage de la rue d&#8217;icitte-l\u00e0. Trop t\u00f4t pour cette mati\u00e8re. Au chapitre 3. Beaucoup encore \u00e0 dire.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 ce point qu&#8217;apparaissent au Canada deux solitudes, les uns et les autres plus ou moins \u00e9galement sujets du Roi: des Canadiens anglais, <em>rulers<\/em> du nouveau pays, t\u00e9l\u00e9gouvern\u00e9 par l&#8217;Angleterre pour un temps, jusqu&#8217;en 1867, une Constitution canadienne; des CF livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames dans la plus formidable aventure de survie qu&#8217;un peuple puisse imaginer: la cr\u00e9ation d&#8217;une nation d&#8217;origine fran\u00e7aise, francophone, autonome, en Am\u00e9rique. Y r\u00e9parer l&#8217;erreur de la France, l&#8217;Ancienne.<\/p>\n<p>Welcome to the new <em>Province of Quebec<\/em>!<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>CARLETON<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Parmi les accords du Trait\u00e9 de Paris, 27 articles r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais, la libert\u00e9 de la religion catholique aux habitants du Canada; tous les Fran\u00e7ais qui le d\u00e9sirent peuvent retourner en France, ou o\u00f9 ils voudront, ils ont 18 mois pour s&#8217;\u00e9x\u00e9cuter, date limite: 10 ao\u00fbt 1764. Tr\u00e8s peu le feront, moins de 300: quelques militaires de carri\u00e8re, dirigeants de la colonie, et leurs familles.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Conqu\u00e9rants et conquis apprennent \u00e0 se conna\u00eetre, \u00e0 vivre ensemble, forniquer aussi, se multiplier, les Anglais par l&#8217;\u00e9migration \u00e0 partir de la Nouvelle et de l&#8217;Ancienne Angleterre, les CF par la magie du berceau. Le ph\u00e9nom\u00e8ne des baby-boomers n&#8217;a pas attendu le retour des soldats de la Seconde Guerre mondiale, comme souvent on le croit, a toujours exist\u00e9 au Canada, francophone. Les jeux de l&#8217;amour captivent soldats anglais protestants et canadiennes fran\u00e7aises catholiques, les premiers mariages h\u00e9t\u00e9rolinguistiques et h\u00e9t\u00e9roreligieux, ce que d\u00e9noncent s\u00e9v\u00e8rement les repr\u00e9sentants du clerg\u00e9, pour des raisons linguistiques, mais surtout religieuses.<\/p>\n<p>Les gouverneurs ordonnent de ne pas insulter et offenser les habitants fran\u00e7ais en leur rappelant leur inf\u00e9riorit\u00e9 de conquis ou en faisant des remarques insultantes sur leur langage, habillements, moeurs et coutumes, ou des r\u00e9flexions peu charitables \u00ab sur les erreurs de l&#8217;aveugle religion qu&#8217;ils ont le malheur de suivre \u00bb.<\/p>\n<p>Pr\u00eacher la tol\u00e9rance: moeurs, culte, langue. Forte de ces ingr\u00e9dients, une certaine forme d&#8217;harmonie entre les deux peuples s&#8217;installe pour les deux prochains si\u00e8cles, qui ne sera pas exempte d&#8217;accrochages, <em>of course<\/em>!<\/p>\n<p>La fin du 18e si\u00e8cle n&#8217;est pas sans histoire. Au r\u00e9gime militaire, 1760-1763, succ\u00e8de \u00e0 partir de 1764 le gouvernement civil de Murray, avec la ville de Qu\u00e9bec comme principal si\u00e8ge du gouvernement.<\/p>\n<p>1766, le Qu\u00e9bec, le Canada du temps: 90 000 sujets d&#8217;origines fran\u00e7aise ou canadienne, contre 600 d&#8217;origine britannique.<\/p>\n<p>Les Anglais ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 se multiplier! Peupler la province et d\u00e9passer en nombre les CF, afin qu&#8217;un jour, le temps agissant, ceux-ci finissent par \u00eatre totalement assimil\u00e9s, cons\u00e9quence naturelle de la Conqu\u00eate. En attendant ce jour, qui ne viendra jamais, une infime minorit\u00e9 anglaise contr\u00f4lera le sort d&#8217;une majorit\u00e9 de CF grandissante. Le d\u00e9fi: rendre ces CF fid\u00e8les \u00e0 la Grande-Bretagne, et \u00e0 Ses Majest\u00e9s.<\/p>\n<p>En r\u00e9trospective, l&#8217;erreur anglaise: leur tol\u00e9rance religieuse, confirm\u00e9e dans l&#8217;Acte de Qu\u00e9bec, 1774, et plus tard. Accorder aux habitants de la province de Qu\u00e9bec le libre exercice de la religion de l&#8217;\u00c9glise de Rome, c&#8217;est assurer du m\u00eame coup leur survie en tant que race, et garantir la survie de leur langue, ces trois \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s fortement li\u00e9s ici, s&#8217;alimentant l&#8217;un et l&#8217;autre. Les Anglais l&#8217;apprendront \u00e0 leurs d\u00e9pens.<\/p>\n<p><em>Join, or die<\/em>! 1775: Invasion am\u00e9ricaine du Qu\u00e9bec. Invitation lanc\u00e9e au peuple canadien de se joindre aux troupes des treize Colonies rebelles d&#8217;Am\u00e9rique, contre la tyrannie britannique. Plusieurs le feront. Am\u00e9ricains et Anglais se font face. Cessionnistes contre Royalistes. M\u00eame sang!<\/p>\n<p>Lib\u00e9rer le Qu\u00e9bec, souhaitent les Yankees. \u00c9chec!<\/p>\n<p>La France, son souci, affaiblir la puissance britannique partout o\u00f9 elle peut, appuie les r\u00e9volutionnaires des treize colonies, une alliance, 20 mars 1778; ne songe pas \u00e0 reconqu\u00e9rir elle-m\u00eame son ancienne colonie, pr\u00e9f\u00e8re aider les Am\u00e9ricains \u00e0 le faire. Maudits Fran\u00e7ais! Consternation chez les CF: demeurer fid\u00e8les au conqu\u00e9rant britannique, ou unir la province de Qu\u00e9bec aux \u00c9tats-Unis et r\u00eaver d&#8217;un retour \u00e0 la France. Dilemne! Qui se r\u00e9solvera par le trait\u00e9 de paix entre l&#8217;Ancienne et la Nouvelle, Angleterre, 3 sept. 1783. Les Canadiens demeureront sous tutelle britannique.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis devenus ind\u00e9pendants, des contingents de r\u00e9fugi\u00e9s, loyalistes, fid\u00e8les \u00e0 la m\u00e8re-patrie, envahissent la province de Qu\u00e9bec. Naissance des townships. Des milliers de ces loyalistes prennent possession de terres qu\u00e9b\u00e9coises, certaines vacantes, d&#8217;autres non. M\u00e9satisfaits des lois et coutumes un peu trop fran\u00e7aises \u00e0 leur go\u00fbt de cette colonie, ces envahisseurs obtiennent un nouveau district judiciaire, de Pointe Beaudette, N45\u00ba.11.823&#8242; \/ W074\u00ba.19.287&#8242;, aujourd&#8217;hui un light-house abandonn\u00e9, beaucoup de beaux chalets et de belles maisons, une grande baie pour s&#8217;ancrer \u00e0 l&#8217;abri des noro\u00eets, sur le lac Saint-Fran\u00e7ois, Fleuve Saint-Laurent, \u00e0 l&#8217;Ouest vers Niagara, avec Kingston comme chef-lieu. Une fronti\u00e8re voit le jour, la province de Qu\u00e9bec est divis\u00e9e, viendra une autre province, l&#8217;Ontario, en attendant, Bienvenue en Upper-Canada. Lois fran\u00e7aises d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, anglaises de l&#8217;autre. Langue fran\u00e7aise d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, anglaise de l&#8217;autre. Dans le QC traditionnel, quelques isolats d&#8217;anglophones. \u00c0 Qu\u00e9bec, Montr\u00e9al, des marchands, des petites communaut\u00e9s subsistent. Trois-Rivi\u00e8res, la plus francophone des Am\u00e9riques, tr\u00e8s peu. Quelques bastions d&#8217;anglophones dans certains townships, les Eastern par exemple, plus tard l&#8217;Estrie, Lennoxville, Cookshire, Eaton Corner, qui finiront par avoir la frousse, des r\u00e9f\u00e9rendums sur l&#8217;ind\u00e9pendance du Qu\u00e9bec, 1980, 1995, le FLQ aussi, et fuir en Ontario rejoindre leurs cousins. En Ontario, \u00e0 l&#8217;inverse, des francos chez les anglos, venus y chercher travail et subsistance, bois, chemins de fer, mines, fin 19e &#8211; d\u00e9but 20e si\u00e8cles. On en trouve dans tous les racoins de la province, parfois en majorit\u00e9, comme \u00e0 Hawkesbury, le plus souvent en minorit\u00e9 ou en phase d&#8217;assimilation irr\u00e9versible, les mariages h\u00e9t\u00e9rolinguistiques faisant des ravages. Idem pour les <em>States<\/em>: <em>Les tisserands du pouvoir<\/em>, une \u00e9pop\u00e9e terrible: plus d&#8217;un million y sont pass\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Combien seraient les francos du QC aujourd&#8217;hui sans toutes ces \u00e9migrations? 12 millions, estiment les d\u00e9mographes. Sans doute davantage! Et cela c&#8217;est sans compter, au 20e si\u00e8cle, les snow birds devenus citoyens permanents de la Floride, ni Marcel et Jeanne D&#8217;Arc, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par cousins et beaux-fr\u00e8res, \u00e9migr\u00e9s dans l&#8217;Ouest canadien, \u00e0 la recherche de travail et prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c9volution identitaire: les Anglais deviennent des Canadiens, et ne veulent plus en d\u00e9mordre; les Fran\u00e7ais l&#8217;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0, Canadiens, depuis les tout-d\u00e9buts, sont devenus des Fran\u00e7ais canadiens, n&#8217;ont plus voulu \u00eatre des Fran\u00e7ais, ne veulent plus aujourd&#8217;hui \u00eatre des Canadiens, les Qu\u00e9b\u00e9cois en tous cas, n&#8217;\u00e9tait-ce le pouvoir de \u00abl&#8217;argent et le vote ethnique\u00bb, dit tout haut ce que chacun savait tout bas un soir de r\u00e9f\u00e9rendum le premier ministre Pariseau, au travers du brouillard de l&#8217;alcool.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>L&#8217;Acte constitutionel de 1791, sanction royale: 10 juin, God save the King!, entr\u00e9e en vigueur: 26 d\u00e9cembre, modifie l&#8217;Acte de Qu\u00e9bec de 1784, divise la province de Qu\u00e9bec en deux Canadas, le Haut et le Bas. Les francophones, 150 000 sur 160, forment la majorit\u00e9; l&#8217;anglais sera pourtant la seule langue l\u00e9gale pour la Chambre d&#8217;Assembl\u00e9e et le Conseil l\u00e9gislatif, ordonne Londres. On se battra pendant des d\u00e9cennies pour qu&#8217;il n&#8217;en soit pas ainsi: une avalanche de lois linguistiques pour prot\u00e9ger les droits du fran\u00e7ais en cette partie de l&#8217;Am\u00e9rique, quels droits?; des nombres qui ne veulent rien dire: 69, 22, 101. Le dernier-n\u00e9, 2001, la citoyennet\u00e9 et la langue: <em>Le fran\u00e7ais, une langue pour tout le monde<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Marque de commerce<strong>. <\/strong><em>Broue<\/em> est le nom populaire donn\u00e9 \u00e0 la bi\u00e8re au Qu\u00e9bec. Aux premiers temps de la colonie, les habitants fabriquent d\u00e9j\u00e0 leur propre bi\u00e8re. M\u00eames les J\u00e9suites y construisent une brasserie en 1647, des Belges?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Isabelle, reine de Castille (1474-1504), avait \u00e9pous\u00e9 (1469) Ferdinand d&#8217;Aragon.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Pluchon (op. cit.) en a \u00e9crit long l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> R.P. Pierre Pelleprat.\u00a0 1655.\u00a0 Relation des Missions des PP. de la Compagnie de J\u00e9sus dans les Isles et dans la Terre firme de l&#8217;Am\u00e9rique m\u00e9ridionale. Paris: Cramoisy.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> <em>Habitation<\/em> d\u00e9signait au 17e s. un <em>\u00e9tablissement fait dans une colonie<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> C&#8217;est en effet sur une barque qu&#8217;ils arrivent \u00e0 Qu\u00e9bec, Champlain ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 laisser son vaisseau, le <em>Don-de-Dieu<\/em>\u00a0 (une autre marque de bi\u00e8re de Robert Charlebois) \u00e0 Tadoussac.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ais d&#8217;Icitte. 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