{"id":143,"date":"2017-06-02T14:07:52","date_gmt":"2017-06-02T18:07:52","guid":{"rendered":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?page_id=143"},"modified":"2017-08-17T01:28:18","modified_gmt":"2017-08-17T05:28:18","slug":"chapitre-2-jugements-stereotypes-et-prejuges","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-2-jugements-stereotypes-et-prejuges\/","title":{"rendered":"Chapitre 2:  Jugements, st\u00e9r\u00e9otypes et pr\u00e9jug\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><strong>Fran\u00e7ais d&#8217;Icitte. Une grammaire basilectale<\/strong><\/p>\n<p>\u00a9 Robert Fournier 2001-2002<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Chapitre 2:\u00a0 Jugements, st\u00e9r\u00e9otypes et pr\u00e9jug\u00e9s<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Si t\u00f4t l&#8217;oreille \u00e0 la sortie du d\u00e9barcad\u00e8re de Mirabel ou de Dorval, les Fran\u00e7ais, avec leur mani\u00e8re bien particuli\u00e8re, arrogante, se plaignent de ne rien comprendre \u00e0 la fa\u00e7on de parler des Qu\u00e9b\u00e9cois. &#8220;Putain, sympas ces mecs, mais quel accent!!!&#8221;.<\/p>\n<p>&#8220;Comme s&#8221;ils en avaient pas un, eux-autres, un accent, st&#8230;!&#8221;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les Anglais du Canada, qui en ont les moyens, c&#8217;est le cas de plusieurs, et les immigrants fortun\u00e9s assimil\u00e9s \u00e0 ce groupe linguistique, pr\u00e9f\u00e8rent envoyer leurs enfants dans les Coll\u00e8ges priv\u00e9s fran\u00e7ais, des lyc\u00e9es, \u00e0 Montr\u00e9al, Toronto, Ottawa, Quebec City, afin qu&#8217;ils puissent apprendre le fran\u00e7ais fran\u00e7ais, dit international, standard, correct, pur, sans accent, et autres semblables qualificatifs st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, plut\u00f4t que le fran\u00e7ais local d&#8217;icitte, jug\u00e9 douteux, impur, b\u00e2tard, incompr\u00e9hensible, de peu d&#8217;envergure, et autres chevaux semblables, bourr\u00e9 de sacres et d&#8217;anglicismes, que commettre d&#8217;autres? Crime, p\u00e9ch\u00e9 &#8230;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les Qu\u00e9b\u00e9cois francophones, qu&#8217;ils voyagent \u00e0 Paris, \u00e0 Aix-en-Pce ou \u00e0 Strasbourg, ou qu&#8217;ils acceuillent l&#8217;un ou l&#8217;autre de ces faux cousins chez <em>l&#8217;habitant<\/em>, trouvent le fran\u00e7ais des Fran\u00e7ais insupportable, autant dans la tonalit\u00e9 que dans la tournure.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais, jusqu&#8217;\u00e0 tout r\u00e9cemment, ne voyaient ici que &#8220;ma cabane au Canada&#8221; et des indiens \u00e0 plumes derri\u00e8re chaque arbre. Beaucoup de Qu\u00e9b\u00e9cois pr\u00e9f\u00e8rent maintenant le vin chilien ou argentin au vin fran\u00e7ais, jug\u00e9 pr\u00e9tentieux et hors de rapport qualit\u00e9-prix.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Que s&#8217;est-il donc pass\u00e9 depuis le d\u00e9part des Fran\u00e7ais en 1763? Le fran\u00e7ais des Fran\u00e7ais a \u00e9volu\u00e9 &#8230; le fran\u00e7ais des Canadiens a \u00e9volu\u00e9 &#8230; Un peu comme le romain des Gaulois a \u00e9volu\u00e9 &#8230;, et le romain des Romains a \u00e9volu\u00e9 &#8230;, pour donner, le premier, le fran\u00e7ais des Fran\u00e7ais, les Francs de Charlemagne, l&#8217;Allemand, y sont pour assez peu dans cette \u00e9volution, le vieux fonds celte et gaulois, beaucoup plus, bien s\u00fbr; et pour donner le second, l&#8217;italien, aux multiples dialectes du Nord au Sud. En France, la R\u00e9volution de 1789 changera la norme de &#8220;c\u00e9 mo\u00e9 le ro\u00e9!&#8221; \u00e0 &#8220;c\u00e9 plus toa le roa&#8221;, le prestige et la norme linguistique passant de la langue du roi \u00e0 celle de la nouvelle bourgeoisie, r\u00e9volution oblige! Au Canada, apr\u00e8s la conqu\u00eate britannique, le fran\u00e7ais d&#8217;icitte, isol\u00e9 de sa maman-patrie, se tricotera de plus en plus serr\u00e9 avec la langue victorieuse; les effets linguistiques de la R\u00e9volution fran\u00e7aise ne se feront sentir icitte que deux si\u00e8cles plus tard, au moment d&#8217;une autre R\u00e9volution, tranquille celle-l\u00e0!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>18e si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Sous le R\u00e9gime fran\u00e7ais, observateurs et commentateurs, visiteurs et \u00e9crivains, n&#8217;avaient que des \u00e9loges pour le fran\u00e7ais qu&#8217;ils entendaient icitte au Canada<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le p\u00e8re Chrestien Le Clercq, un R\u00e9collet, qui a s\u00e9journ\u00e9 plusieurs ann\u00e9es \u00e0 Qu\u00e9bec, \u00e9crivait, en 1691, bien avant donc le d\u00e9part des Fran\u00e7ais de la Nouvelle-France:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>J&#8217;avois peine \u00e0 comprendre ce que me disoit un jour un grand homme d&#8217;esprit sur le point de mon d\u00e9part pour le Canada, o\u00f9 il avait fait sejour &amp; r\u00e9tabli les Missions des R\u00e9collets [&#8230;]; que je serois surpris d&#8217;y trouver d&#8217;aussi honnestes gens, que je trouverois; [&#8230;] il nous assuroit que nous y trouverions m\u00e8me un langage plus poli [que dans d&#8217;autres provinces de France], une \u00e9nonciation nette &amp; pure, une prononciation sans accent.<\/p>\n<p>J&#8217;avois peine \u00e0 concevoir qu&#8217;une peuplade form\u00e9e de personnes de toutes les Provinces de France, de moeurs, de nation, de condition, d&#8217;interest, de genie si differens, &amp; d&#8217;une mani\u00e8re de vie, co\u00fbtumes, \u00e9ducation si contraires fut aussi accomplie qu&#8217;on me la representoit [&#8230;], mais il est vray que lorsque je fus sur les lieux, je connus qu&#8217;on ne m&#8217;avoit rien flat\u00e9.<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il y a eu aussi le bon P\u00e8re P.-F. Xavier de Charlevoix en 1744, pour contribuer, bien avant le dit Fr\u00e8re Untel<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, \u00e0 confondre toutes choses en la mati\u00e8re:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les Canadiens, c&#8217;est-\u00e0-dire les Cr\u00e9oles<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> du Canada respirent en naissant un air de libert\u00e9 qui les rend fort agr\u00e9ables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs, on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque ici aucun accent.<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Claude Charles Le Roy, dit Bacqueville de la Potherie, un contr\u00f4leur de la marine, comparant les bourgeoises du Canada \u00e0 celles de Paris et des provinces fran\u00e7aises, \u00e9crit en 1721:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>On parle ici parfaitement bien, sans mauvais accent. Quoiqu&#8217;il y ait un m\u00e9lange de presque toutes les Provinces de France, on ne saurait distinguer le parler d&#8217;aucune dans les Canadiennes.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pehr Kalm, un naturaliste su\u00e9dois, qui a s\u00e9journ\u00e9 en Am\u00e9rique du Nord de 1748 \u00e0 1751, de passage au Canada de juillet \u00e0 octobre 1749, rapporte ceci en 1753:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Tous, ici, tiennent pour assur\u00e9 que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un fran\u00e7ais plus pur qu&#8217;en n&#8217;importe quelle Province de France et qu&#8217;ils peuvent m\u00eame, \u00e0 coup s\u00fbr, rivaliser avec Paris. Ce sont les Fran\u00e7ais n\u00e9s \u00e0 Paris, eux-m\u00eames, qui ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de le reconna\u00eetre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Et parlant des &#8220;dames canadiennes&#8221; qui sans aucun doute se moquent de sa fa\u00e7on de parler fran\u00e7ais, il \u00e9crira:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Celles de Montr\u00e9al surtout, sont tr\u00e8s port\u00e9es \u00e0 rire des fautes de langage des \u00e9trangers; mais elles sont excusables jusqu&#8217;\u00e0 un certain point, parce qu&#8217;on est enclin \u00e0 rire de ce qui para\u00eet inusit\u00e9 et cocasse, et au Canada on n&#8217;entend presque jamais parler le fran\u00e7ais que par des Fran\u00e7ais, les \u00e9trangers n&#8217;y venant que rarement [&#8230;] Il suit de l\u00e0 que les belles dames du Canada ne peuvent entendre aucun barbarisme ou expression inusit\u00e9e sans rire.<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Jean-Baptiste d&#8217;Aleyrac, un officier fran\u00e7ais qui passa cinq ans au Canada, de 1755 \u00e0 1760, \u00e9crit dans son journal en 1755:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas de patois dans ce pays. Tous les Canadiens parlent un fran\u00e7ais pareil au n\u00f4tre.<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le marquis de Montcalm, dont on a d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 les hauts faits au chapitre 1, \u00e9crira en 1756:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>J&#8217;ai remarqu\u00e9 que les paysans canadiens parlent tr\u00e8s bien le fran\u00e7ais, et comme sans doute ils sont plus accoutum\u00e9s \u00e0 aller par eau que par terre, ils emploient volontiers les expressions prises de la marine.<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Enfin, Thomas Jefferys, un g\u00e9ographe \u00e0 la Cour britannique, \u00e9crira en 1761:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>It is remarked of the <em>Canadians<\/em> that their conversation is enlivened by an air of freedom, which is natural and peculiar to them; and that they speak the <em>French<\/em> in the greatest purity, and without the least false accent.<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Anecdotiques toutes ces citations? Trop \u00e9logieuses? Impartiales? Exag\u00e9r\u00e9es? Peut-\u00eatre bien que oui! Ne repr\u00e9sentent pas l&#8217;usage g\u00e9n\u00e9ral? Peut-\u00eatre bien que non! Nous en discuterons. En tous cas, elles sugg\u00e8rent toutes qu&#8217;une vari\u00e9t\u00e9 de fran\u00e7ais \u00e9tait d&#8217;usage g\u00e9n\u00e9ral ici au Canada, et aucune allusion n&#8217;est faite \u00e0 une forme ou l&#8217;autre de patois quelconques courants encore en France, \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c0 ce sujet, d&#8217;ailleurs, l&#8217;Abb\u00e9 Gr\u00e9goire fait remarquer dans son Rapport \u00e0 la Commission sur l&#8217;usage des patois en France (1790-1794):<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le peuple des villes et les gens de la campagne parlent un fran\u00e7ais alt\u00e9r\u00e9, corrompu.<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Voyons aussi ce que rel\u00e8vent fort judicieusement Asselin &amp; McLaughlin (1994) sur la situation des Fran\u00e7ais et du fran\u00e7ais en Nouvelle-France au XVIIe si\u00e8cle:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il semblerait que la majorit\u00e9 des immigrants venus s&#8217;\u00e9tablir en Nouvelle-France ne parlaient pas fran\u00e7ais. En effet, d&#8217;apr\u00e8s le rapport qu&#8217;a pr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;abb\u00e9 Gr\u00e9goire en 1794 \u00e0 la Convention nationale, intitul\u00e9 Rapport sur la n\u00e9cessit\u00e9 et les moyens d&#8217;an\u00e9antir les patois et d&#8217;universaliser l&#8217;usage de la langue fran\u00e7aise (&#8230;), la France de la fin du XVIIIe si\u00e8cle est une v\u00e9ritable \u00abtour de Babel\u00bb, o\u00f9, \u00abau moins six millions de Fran\u00e7ais, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale\u00bb, o\u00f9 \u00able nombre de ceux qui la parlent purement n&#8217;exc\u00e8de pas trois millions\u00bb; une tour de Babel o\u00f9 se parlent \u00abtrente patois diff\u00e9rents\u00bb, qui \u00absont autant de barri\u00e8res qui g\u00eanent les mouvements du commerce, et att\u00e9nuent les relations sociales\u00bb, et qui \u00abd&#8217;un seul peuple en font trente\u00bb. Si le fran\u00e7ais \u00e9tait si peu r\u00e9pandu en France \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, il serait naturel de penser qu&#8217;il l&#8217;\u00e9tait encore moins au XVIIe si\u00e8cle, au moment de la colonisation de la Nouvelle-France. Il serait naturel de penser aussi que la tour de Babel fran\u00e7aise aurait d\u00fb \u00eatre, en partie tout au moins, import\u00e9e en Nouvelle-France par les immigrants du XVIIe si\u00e8cle.<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Qu&#8217;en penser? Ou bien le bon Abb\u00e9 Gr\u00e9goire a un peu exag\u00e9r\u00e9 la situation linguistique telle qu&#8217;elle se pr\u00e9sentait en France \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, ce qui n&#8217;est pas inconcevable \u00e9tant donn\u00e9 les vis\u00e9es de son enqu\u00eate qui se refl\u00e8tent dans l&#8217;intitul\u00e9 de son Rapport (&#8220;&#8230; sur la n\u00e9cessit\u00e9 et les moyens d&#8217;an\u00e9antir les patois et d&#8217;universaliser l&#8217;usage de la langue fran\u00e7aise&#8221;); ou bien telle \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s la situation en France aux 17-18e si\u00e8cles, en contraste avec celle qu&#8217;ont rapport\u00e9e les observateurs pr\u00e9cit\u00e9s. Auquel cas, il serait raisonable de croire qu&#8217;une uniformisation linguistique en faveur du fran\u00e7ais parl\u00e9 dans la zone parisienne et en \u00cele-de-France se serait rapidement produite ici au Canada bien avant l&#8217;uniformisation linguistique sur le territoire fran\u00e7ais, qui a d\u00fb, quant \u00e0 elle, attendre le d\u00e9but du 20e si\u00e8cle avec la d\u00e9mocratisation de l&#8217;enseignement public.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>19e si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Puis ce fut, on l&#8217;a vu, 1760-1763, la catastrophe: d\u00e9faites militaires, fin du R\u00e9gime fran\u00e7ais et de la Nouvelle-France; R\u00e9gime militaire britannique, puis contr\u00f4le et domination anglaise. Qu&#8217;allait-il advenir de cette langue fran\u00e7aise sous ces nouvelles conditions?<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Tout a bascul\u00e9, semble-t-il! Pour en avoir un aper\u00e7u, voici encore quelques opinions que nous ont laiss\u00e9es voyageurs, visiteurs, et \u00e9crivains au cours du 19e si\u00e8cle, opinions elles aussi sans doute anecdotiques, empreintes de pr\u00e9jug\u00e9s et de st\u00e9r\u00e9otypes, non \u00e9logieuses, impartiales et exag\u00e9r\u00e9es? Peut-\u00eatre bien que oui! Repr\u00e9sentant l&#8217;usage g\u00e9n\u00e9ral? Peut-\u00eatre bien que non! Avec parfois quelques exceptions que le lecteur ne manquera pas de noter&#8230;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(C.-F. de Volney, 1803)<\/p>\n<p>La langue des Canadiens de ces endroits n&#8217;est pas un patois comme on me l&#8217;avait dit, mais un fran\u00e7ais passable m\u00eal\u00e9 de beaucoup de locutions de soldats.<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(John Lambert, 1810)<\/p>\n<p>The Canadians have had the character of speaking the purest french; but I question whether they deserve it in the present day. [&#8230;] The Habitants are said to have a little rusticity in their language as in their deportment. The colony was originally peopled by so many of the noblesse, disbanded officers and soldiers, and persons of good condition, that correct language and easy and unembarrassed manners were more likely to prevail among the Canadian peasantry than among the common rustics of other countries. Previous to the conquest of the country by the English, the inhabitants are said to have spoken as pure and correct French as in old France. Since then they have adapted many anglicisms in their language, and have also several antiquated phrases, which may probably have arisen out of their intercourse with the new settlers. For <em>froid<\/em> (cold) they pronounce <em>fr\u00e8te<\/em>. For <em>ici<\/em> (here) they pronounce <em>icite<\/em>. For <em>pr\u00eat<\/em> (ready) they pronounce <em>parr\u00e9<\/em> &#8211; besides several other obsolete words which I do not at present recollect. Another corrupt practice is very common among them, of pronouncing the final letters of their words, which is contrary to the custom of the European French. This perhaps may also have been acquired in the course of fifty years communication with the British settlers; if not, they never merited the praise of speaking pure French.<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Thomas Moore, 1826)<\/p>\n<p>Les mots fran\u00e7ais de l&#8217;air sur lequel j&#8217;adaptai ces stances me sembl\u00e8rent \u00eatre un long r\u00e9cit incoh\u00e9rent dont je ne compris qu&#8217;une partie \u00e0 cause de la prononciation barbare des Canadiens.<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(M. Bibeau, 1829)<\/p>\n<p>Nous pouvons hardiment faire une remarque; c&#8217;est que les Fran\u00e7ais canadiens parlent leur langage plus purement qu&#8217;aucuns autres \u00e9migr\u00e9s que nous ayons eus.<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Isidore Lebrun, 1833)<\/p>\n<p>De toutes nos provinces, c&#8217;est de la Normandie que le langage canadien a conserv\u00e9 le plus de locutions. C&#8217;est souvent \u00e0 s&#8217;y m\u00e9prendre, comme pour la prononciation&#8230; En g\u00e9n\u00e9ral, le fran\u00e7ais canadien n&#8217;a pas d&#8217;accent; et l&#8217;instruction en se r\u00e9pandant va \u00e9laguer du langage usuel une foule d&#8217;expressions britanniques.<\/p>\n<p>Le principal [soutien de la nationalit\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise] est et doit \u00eatre la langue, et ils [les Canadiens fran\u00e7ais] ne la purifient pas des d\u00e9fectuosit\u00e9s qui lui sont rest\u00e9es depuis presque un si\u00e8cle, ou qu&#8217;elle a re\u00e7ues du contact de l&#8217;anglicisme. Le fran\u00e7ais que parle le Bas-Canada n&#8217;est plus le langage du XVIIe si\u00e8cle, quoiqu&#8217;il conserve une forte empreinte de <em>style r\u00e9fugi\u00e9<\/em>.<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Lord Durham, 1840)<\/p>\n<p>Les Canadiens fran\u00e7ais sont rest\u00e9s une soci\u00e9t\u00e9 vieille et retardataire dans un monde neuf et progressif. En tout et partout, ils sont demeur\u00e9s Fran\u00e7ais, mais des Fran\u00e7ais qui ne ressemblent pas du tout \u00e0 ceux de France [&#8230;] La langue, les lois et le caract\u00e8re du continent nord-am\u00e9ricain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise y appara\u00eet dans un \u00e9tat d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9. C&#8217;est pour les tirer de cette inf\u00e9riorit\u00e9 que je veux donner aux Canadiens notre caract\u00e8re anglais [&#8230;] On ne peut gu\u00e8re concevoir nationalit\u00e9 plus d\u00e9pourvue de tout ce qui peut vivifier et \u00e9lever un peuple que les descendants des Fran\u00e7ais dans le Bas-Canada, du fait qu&#8217;ils ont gard\u00e9 leur langue et leurs coutumes particuli\u00e8res. C&#8217;est un peuple sans histoire et sans litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence du langage produit entre les Anglais et les Canadiens fran\u00e7ais des \u00abmalentendus funestes\u00bb, envenime les querelles et entretient les animosit\u00e9s; c&#8217;est l&#8217;un des obstacles \u00e0 la bonne entente entre les deux races les plus \u00abdifficilement surmont\u00e9es\u00bb, et comme la cause de tous les autres. [&#8230;] Le rem\u00e8de est \u00abd&#8217;\u00e9tablir dans cette province une population anglaise, avec les lois et la langue anglaises, et de n&#8217;en confier le gouvernement qu&#8217;\u00e0 une l\u00e9gislature d\u00e9cid\u00e9ment anglaise\u00bb.<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(M. Bibaud, 1842)<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement parlant, les Fran\u00e7ais (de Paris ou des Provinces) ne prononcent pas exactement et en tout comme les Canadiens qui n&#8217;ont pas s\u00e9journ\u00e9 en France. [&#8230;] Quelque respect que l&#8217;on doive avoir pour la prononciation de Paris, celle du reste de la France devrait lui \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 elle lui serait contraire: les Parisiens ne devraient pas \u00eatre imit\u00e9s, s&#8217;il \u00e9tait vrai qu&#8217;ils disent, comme fait ici le peuple sans \u00e9ducation, <em>mye, fye, oreye, <\/em>\u00a0etc., au lieu de dire, comme le reste des Fran\u00e7ais et ceux des Canadiens qui ont \u00e9t\u00e9 bien \u00e9lev\u00e9s et qui ont \u00e9tudi\u00e9, <em>mil<\/em> ou <em>millet, fille, oreille<\/em>, en donnant \u00e0 <em>l<\/em> ou <em>ll<\/em> le son mouill\u00e9, comme s&#8217;exprime les grammairiens.<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Th\u00e9odore Pavie, 1850)<\/p>\n<p>Ils [les Canadiens fran\u00e7ais] parlent un vieux fran\u00e7ais peu \u00e9l\u00e9gant. Leur prononciation \u00e9paisse, d\u00e9nu\u00e9e d&#8217;accentuation, [ne] (sic) ressemble pas mal \u00e0 celle des Bas-Normands. En causant avec eux, on s&#8217;aper\u00e7oit vite qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s de nous avant l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 tout le monde en France s&#8217;est mis \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 discuter.<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Xavier Marmier, 1851)<\/p>\n<p>Ici, l&#8217;on garde, dans l&#8217;usage de notre langue, cette sorte d&#8217;atticisme du grand si\u00e8cle&#8230; Le peuple lui-m\u00eame parle assez correctement et n&#8217;a pas de patois.<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(J.-J. Amp\u00e8re, 1853)<\/p>\n<p>L&#8217;accent qui domine \u00e0 Montr\u00e9al est l&#8217;accent normand. Quelques locutions trahissent pareillement l&#8217;origine de cette population, qui, comme la population franco-canadienne en g\u00e9n\u00e9ral, est surtout normande. Le bagage des voyageurs s&#8217;appelle <em>butin<\/em>, ce qui se dit \u00e9galement en Normandie et ailleurs, et convient particuli\u00e8rement aux descendants des anciens Scandinaves. [&#8230;] On a dit \u00e0 l&#8217;auteur: \u00ab Montais, m&#8217;sieu, il y a un biau chemin. \u00bb et, en parlant d&#8217;un bateau: \u00ab Ne prenez pas celui-l\u00e0, c&#8217;est le plus m\u00e9chant. \u00bb [&#8230;] Pour retrouver vivantes dans la langue les traditions du grand si\u00e8cle, il faut aller au Canada. L&#8217;<em>habitant<\/em> canadien ne parle pas le patois qu&#8217;on parle aujourd&#8217;hui dans les villages de Normandie.<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Pierre-J.-O. Chauveau, 1853)<\/p>\n<p>Le langage des Canadiens les moins instruits est encore du fran\u00e7ais et du fran\u00e7ais meilleur que celui que parlent les paysans des provinces de France o\u00f9 l&#8217;on parle fran\u00e7ais. On ne saurait trop admirer la sottise de quelques touristes anglais et am\u00e9ricains qui ont \u00e9crit que les Canadiens parlent un patois. Le fait est que, sauf quelques provincialismes, quelques expressions vieillies, mais charmantes en elles-m\u00eames, le fran\u00e7ais des Canadiens ressemble plus au meilleur fran\u00e7ais de France que la langue du Yankee ne ressemble \u00e0 celle de l&#8217;Anglais pur sang. [&#8230;] La classe lettr\u00e9e parmi nous a peut-\u00eatre, proportion gard\u00e9e, plus de bl\u00e2me \u00e0 recevoir sous le rapport du langage que la classe inf\u00e9rieure. Outre qu&#8217;elle ne soigne pas toujours la prononciation qu&#8217;elle devrait le faire, elle se rend aussi coupable de nombreux anglicismes. La classe ouvri\u00e8re des villes a adopt\u00e9 un bon nombre de termes anglais, dont elle para\u00eet avoir oubli\u00e9 les \u00e9quivalents fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(E. Rameau, 1859)<\/p>\n<p>Sur les bords du Saint-Laurent, notre langage n&#8217;a pas plus d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 que notre caract\u00e8re.<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(K. Cornwallis, 1860)<\/p>\n<p>When you speak to a cabman he answers in French <em>patois<\/em>, or with an accent which tells you that French is the mother tongue; as you pass a group of children, you hear chattering French.<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Jean-Fran\u00e7ois-Maurice Arnault Dudevant, 1862)<\/p>\n<p>L&#8217;esprit canadien est rest\u00e9 fran\u00e7ais. Seulement on est frapp\u00e9 de la forme du langage, qui semble arri\u00e9r\u00e9 d&#8217;une centaine d&#8217;ann\u00e9es. Ceci n&#8217;a certes rien de d\u00e9sagr\u00e9able, car si les gens du peuple ont l&#8217;accent de nos provinces, en revanche, les gens du monde parlent un peu comme nos \u00e9crivains du XVIIIe si\u00e8cle, et cela m&#8217;a fait une telle impression, d\u00e8s le premier jour, qu&#8217;en fermant les yeux je m&#8217;imaginais \u00eatre transport\u00e9 dans le pass\u00e9 et entendre causer les contemporains du Marquis de Montcalm.<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Ernest Duvergier de Hauranne, 1865)<\/p>\n<p>[Commentaire de G. Dulong, op. cit. p. 16]:\u00a0 L&#8217;auteur a entendu, au Canada et sur les bords du Mississippi, des descendants d&#8217;anciens colons fran\u00e7ais parler un patois picard et normand. Il voit le temps prochain o\u00f9 le fran\u00e7ais ne sera plus parl\u00e9 que dans le bas peuple, o\u00f9 m\u00eame il dispara\u00eetra comme les patois de province devant la langue officielle.<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Emmanuel Blain de Saint-Aubin, 1867)<\/p>\n<p>Le langage des <em>habitants<\/em> illettr\u00e9s, au Canada, est plus correct que celui des paysans de presque toutes les parties de la France. Cela vient de ce que, lors de la fondation de la colonie, les personnes les plus consid\u00e9rables parmi les colons n&#8217;\u00e9taient pas originaires de Bretagne et de Normandie et de ce que l&#8217;instruction \u00e9l\u00e9mentaire est beaucoup plus r\u00e9pandue que dans l&#8217;ancienne m\u00e8re-patrie.<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(D&#8217;Anglars, 1870)<\/p>\n<p>La mollesse d&#8217;articulation, le grasseyement, sont les fautes d&#8217;accent ordinaires aux Canadiens.<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Anonyme, 1871)<\/p>\n<p>Les Canadiens fran\u00e7ais des villes ne parlent pas, comme on pourrait le croire, un fran\u00e7ais bien \u00e9l\u00e9gant. J&#8217;ai entendu des Fran\u00e7ais affirmer qu&#8217;ils avaient de la difficult\u00e9 \u00e0 comprendre ce que des Canadiens fran\u00e7ais instruits voulaient dire, vu surtout le grand nombre de mots anglais qu&#8217;ils m\u00ealent au fran\u00e7ais. <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Benjamin Sulte, 1874)<\/p>\n<p>Nous pouvons assurer nos confr\u00e8res de France et des \u00c9tats-Unis que nous parlons au Canada un langage plus pur que celui des paysans fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Oscar Dunn, 1874)<\/p>\n<p>Ce patois normand est absolument ignor\u00e9 au Canada. <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Anonyme, 1874)<\/p>\n<p>Le langage des Canadiens fran\u00e7ais est loin d&#8217;\u00eatre un patois [&#8230;] d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre du pays le langage est le m\u00eame.<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(H. de Lamothe, 1875)<\/p>\n<p>En approchant, on entend bient\u00f4t le doux parler de France qu&#8217;un accent tout particulier souligne sans le d\u00e9figurer&#8230; Un isolement de cent ans d&#8217;avec la m\u00e9tropole a pour ainsi dire cristallis\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce jour le fran\u00e7ais du Canada, et lui a fait conserver fid\u00e8lement les expressions en usage dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle; mais ce serait une injustice de dire, comme l&#8217;ont fait certains voyageurs, qu&#8217;au Canada l&#8217;on parle le patois normand. Tous les mots, ou peu s&#8217;en faut, dont se sert le Canadien, se trouvent dans nos dictionnaires. Son langage est plus correct que celui qu&#8217;on parle dans nos petites villes.<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Gauldr\u00e9e-Boileau, 1875)<\/p>\n<p>Tous les habitants de Saint-Ir\u00e9n\u00e9e parlent fran\u00e7ais, et le parlent m\u00eame plus purement qu&#8217;on ne le fait g\u00e9n\u00e9ralement dans les campagnes de France. Quelques particularit\u00e9s cependant: emploi de mots vieillis et de tournures de phrases surann\u00e9es, prononciation un peu diff\u00e9rente de celle de France, introduction dans le langage d&#8217;expressions anglaises que l&#8217;usage a francis\u00e9es. Quelques exemples: <em>Je d\u00e9rive la t\u00eate<\/em> (je d\u00e9tourne la t\u00eate), <em>mon cheval est amarr\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 ne pas grouiller<\/em> (mon cheval est attach\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 ne pas bouger), <em>esp\u00e9rez un instant<\/em> (attendez un instant), <em>tu me fais nuisance<\/em> (tu me fais du dommage), <em>c&#8217;est de valeur<\/em> (pour exprimer le regret que cause un \u00e9v\u00e9nement f\u00e2cheux), <em>une cr\u00e9ature<\/em> (une femme); si la roue d&#8217;un moulin est d\u00e9rang\u00e9e, le meunier se plaindra que son moulin est <em>en d\u00e9mence<\/em>. Beaucoup de locutions maritimes, qui se retrouvent encore dans les ports de mer de France. La prononciation ressemble \u00e0 celle des paysans de la Basse-Normandie. Le fran\u00e7ais des campagnes est peut-\u00eatre plus pur que celui des villes, de Montr\u00e9al surtout, o\u00f9 les envahissements de la langue anglaise sont incessants.<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Ernest Gagnon, 1876)<\/p>\n<p>Voulez-vous savoir dans quelle partie de la France le langage resemble le plus \u00e0 celui du Canada? Ce n&#8217;est ni dans la Bretagne, ni dans la Normandie, mais c&#8217;est \u00e0 Chartes et dans toute la Beauce, et peut-\u00eatre aussi dans le Perche. Les Chartrais prononcent: <em>Fran\u00e7ais, avoir, Versailles<\/em> exactement comme les Canadiens.<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Oscar Dunn, 1876)<\/p>\n<p><em>\u00c0 propos du patois canadien<\/em>. Si les Canadiens ont l&#8217;accent normand, ils ne parlent pas le patois normand. L&#8217;ennemi du fran\u00e7ais au Canada n&#8217;est ni le patois, ni l&#8217;archa\u00efsme, mais l&#8217;anglais, ma\u00eetre du commerce et de l&#8217;industrie, et qui s&#8217;introduit dans la langue des Canadiens. Les voyageurs fran\u00e7ais n&#8217;ont fait, la plupart, que des r\u00e9cits fantaisistes de leurs voyages au Canada, au point de vue de la langue parl\u00e9e dans ce pays.<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(James Roy, 1877)<\/p>\n<p>Le franco-canadien n&#8217;est ni un dialecte, ni un patois, parce que le Canada fran\u00e7ais a une litt\u00e9rature, et que, si ses habitants ont une prononciation particuli\u00e8re, cette mani\u00e8re de parler ne tient \u00e0 aucune \u00e9pellation particuli\u00e8re des mots \u00e9crits. Cette prononciation est diff\u00e9rente de celle de Lyon et d&#8217;Orl\u00e9ans. Chaque r\u00e9gion a ses expressions particuli\u00e8res, qu&#8217;on n&#8217;entend pas g\u00e9n\u00e9ralement ailleurs, et qui seraient r\u00e9prouv\u00e9es en France; mais dans son ensemble, la langue est la m\u00eame de Gasp\u00e9 au Manitoba. [&#8230;] Lors de l&#8217;\u00e9tablissement de la colonie fran\u00e7aise au Canada, le fran\u00e7ais parl\u00e9 \u00e0 Paris \u00e9tait moins correct que celui des provinces d&#8217;o\u00f9 partirent les premiers colons. Le parler franco-canadien n&#8217;est ni un patois ni une langue corrompue, mais une forme du fran\u00e7ais qui se rapproche singuli\u00e8rement des sources de cet idiome.<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Benjamin Sulte, 1877)<\/p>\n<p>Notre plus grand d\u00e9faut &#8230; c&#8217;est la manie de parler anglais, ou m\u00eame d&#8217;introduire des anglicismes dans le langage ordinaire. Poss\u00e9der les deux langues est un avantage, mais qu&#8217;on aborde l&#8217;anglais apr\u00e8s avoir appris le fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Anonyme, 1877)<\/p>\n<p>L\u00e0, notre langue s&#8217;est conserv\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e, en gardant dans sa physionomie jusqu&#8217;aux particularit\u00e9s des provinces d&#8217;o\u00f9 les Canadiens tirent principalement leur origine.<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Benjamin Sulte, 1878)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur dit de quelles parties de la France le langage des Canadiens fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 import\u00e9, \u00ab en quoi il consistait, ce qu&#8217;il est devenu \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements de deux si\u00e8cles \u00e9coul\u00e9s, et comment il est arriv\u00e9 au point o\u00f9 nous le voyons aujourd&#8217;hui\u00bb &#8230;; que ce langage \u00aba pris une teinte uniforme d\u00e8s la fin du XVIIe si\u00e8cle et s&#8217;est depuis conserv\u00e9 admirablement, avec une force suffisante pour inspirer le respect \u00bb &#8230;; qu&#8217;il ne s&#8217;est pas corrompu, mais \u00ab s&#8217;est \u00e9lev\u00e9 et compte au premier rang parmi les choses qui caract\u00e9risent \u00bb le peuple qui le parle &#8230; \u00ab Le normand, le picard et le fran\u00e7ais (\u00cele-de-France) composent les neuf dixi\u00e8mes de la langue des Canadiens fran\u00e7ais et le dernier dixi\u00e8me est du bourguignon.\u00bb Mais, d\u00e8s 1760, \u00ab tous les accents s&#8217;\u00e9taient fondus en un seul &#8211; l&#8217;accent canadien, qui est moins <em>accentu\u00e9<\/em> que ceux de n&#8217;importe quelle partie de la France \u00bb, et aujourd&#8217;hui \u00ab on ne parle aucun patois au Canada \u00bb. L&#8217;auteur cherche \u00e0 expliquer pourquoi il n&#8217;y a pas de \u00ab mots patois \u00bb dans le franco-canadien et comment l&#8217;accent du terroir normand s&#8217;est r\u00e9duit au Canada \u00e0 si peu de chose.<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Raoul Fary, 1879)<\/p>\n<p>Quoique le fran\u00e7ais soit rest\u00e9 la langue usuelle, et m\u00eame la langue officielle du Bas-Canada, l&#8217;usage quotidien de l&#8217;anglais est une menace permanente pour la puret\u00e9 du vocabulaire &#8230; Les ouvrages \u00e9crits il y a trente ou quarante ans &#8230; pr\u00e9sentent plus d&#8217;anglicismes que les livres et les articles d&#8217;une date plus r\u00e9cente.<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(A. G\u00e9linas, 1880)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur pr\u00e9tend que \u00ab la campagne entreprise par M. Tardivel<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> a produit certain r\u00e9sultat regrettable \u00bb: elle a fait croire \u00e0 nos concitoyens d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re que les Canadiens fran\u00e7ais parlent un jargon au lieu du fran\u00e7ais v\u00e9ritable. [&#8230;] Il cite aussi un ouvrage de Christophe Allard sur l&#8217;Am\u00e9rique: \u00ab Toute la campagne environnante (de Montr\u00e9al) parle encore ce bon vieux fran\u00e7ais aux tournures archa\u00efques qui est rest\u00e9 le m\u00eame depuis que le Canada a \u00e9t\u00e9 violemment s\u00e9par\u00e9 de la m\u00e8re patrie par le trait\u00e9 de Paris &#8230; A Montmorency, \u00e0 Beauport, dans d&#8217;autres villages encore, nous avons engag\u00e9 la conversation avec les habitants; c&#8217;est un plaisir de les entretenir et d&#8217;entendre ce bon fran\u00e7ais prononc\u00e9 sans patois aucun, et m\u00eame \u00e9l\u00e9gamment, mais avec une tournure archa\u00efque tr\u00e8s curieuse. Il est bien connu que les Canadiens fran\u00e7ais ignorent ce que c&#8217;est que le patois ou le jargon et qu&#8217;ils ont conserv\u00e9 intacte la langue du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle.<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Jules-P. Tardivel, 1881)<\/p>\n<p>Si notre langage est rest\u00e9 fran\u00e7ais, s&#8217;il n&#8217;a pas d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en jargon, nous pouvons en rendre gr\u00e2ce au clerg\u00e9 qui a conserv\u00e9 la langue philosophique, et aux classes agricoles, qui ont conserv\u00e9 la langue famili\u00e8re. A nos \u00e9crivains, nous devons peu de reconnaissance &#8230; L&#8217;anglicisme est le grand, le seul v\u00e9ritable ennemi de la langue fran\u00e7aise au Canada.<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(A. Michel, 1882)<\/p>\n<p>Aucun patois n&#8217;existe ici, o\u00f9 tous les Canadiens proprement dits parlent fran\u00e7ais quoique avec quelques imperfections. L&#8217;accent est bon, gr\u00e2ce aux maisons d&#8217;\u00e9ducation o\u00f9 se trouvent des professeurs qui ont \u00e9tudi\u00e9 en France.<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Octave Cr\u00e9mazie, 1882)<\/p>\n<p>Ce qui manque au Canada (pour que sa litt\u00e9rature laisse une trace dans l&#8217;histoire), c&#8217;est d&#8217;avoir une langue \u00e0 lui. Si nous parlions iroquois ou huron, notre litt\u00e9rature vivrait. Malheureusement nous \u00e9crivons et nous parlons, d&#8217;une assez piteuse fa\u00e7on, il est vrai, la langue de Bossuet et de Racine.<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Th. de Puymaigre, 1882)<\/p>\n<p>Cet idiome est rest\u00e9 le n\u00f4tre, est rest\u00e9 celui que nous parlions au moment de la cession; il ne s&#8217;y est point cr\u00e9\u00e9 de patois; seulement, s\u00e9par\u00e9 de la m\u00e8re-patrie, il s&#8217;y est m\u00eal\u00e9 des locutions vicieuses et il y a eu d&#8217;in\u00e9vitables alt\u00e9rations dans la mani\u00e8re de prononcer quelques mots.<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Jean, 1882)<\/p>\n<p>Le fran\u00e7ais est mieux parl\u00e9 et mieux \u00e9crit au Canada qu&#8217;il y a vingt ans.<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Eug\u00e8ne R\u00e9veillaud, 1884)<\/p>\n<p>A Montr\u00e9al et \u00e0 Qu\u00e9bec, l&#8217;auteur a entendu dans les salons, dans les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires, dans la chaire, parler un fran\u00e7ais correct et sans accent. Il a remarqu\u00e9 cependant la prononciation trop ouverte de la syllabe <em>ais<\/em>, et que la diphtongue <em>oi<\/em> a le son d&#8217;autrefois, conserv\u00e9 encore dans les dialectes normand et saintongeois; <em>ei<\/em>, dans <em>neige<\/em>, est plus ferm\u00e9 qu&#8217;en France; <em>eu<\/em> est devenu <em>u<\/em> dans <em>Eug\u00e8ne<\/em>; <em>un<\/em> se prononce comme en Saintonge (<em>in<\/em>); etc. En somme, un paysan canadien serait plus chez lui au Th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais qu&#8217;un Picard ou un Franc-Comtois.<\/p>\n<p>Parmi les expressions archa\u00efques ou dialectales l&#8217;auteur cite [&#8230;etc.]. Mais ces expressions n&#8217;alt\u00e8rent pas le caract\u00e8re de la langue; l&#8217;anglicisme est plus \u00e0 craindre.<\/p>\n<p>Les Canadiens fran\u00e7ais ne doivent pas prendre exemple sur la France pour introduire des mots anglais dans la langue.<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Fr\u00e9d\u00e9ric Gerbi\u00e9, 1884)<\/p>\n<p>On parle au Canada un fran\u00e7ais pur et sans accent, mais avec des archa\u00efsmes et quelques anglicismes. Comme l&#8217;auteur venait au Canada, un Anglais lui avait dit qu&#8217;il ne reconna\u00eetrait pas parmi les Canadiens d&#8217;anciens colons fran\u00e7ais; aussi prit-il pour un Fran\u00e7ais de France le cocher qui le premier lui adressa la parole \u00e0 Qu\u00e9bec. \u00ab A son allure tout \u00e0 fait fran\u00e7aise et \u00e0 son accent nous cr\u00fbmes avoir affaire \u00e0 quelque cocher transplant\u00e9 des bords de la Seine sur les rives du Saint-Laurent.\u00bb<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Napol\u00e9on Legendre, 1884)<\/p>\n<p>Les Canadiens ont d\u00fb, pour exprimer des r\u00e9alit\u00e9s et des notions nouvelles, cr\u00e9er des mots ou appliquer aux mots fran\u00e7ais des sens que la langue litt\u00e9raire ne reconna\u00eet pas; ces mots et ces acceptions ont leur raison d&#8217;\u00eatre et devraient \u00eatre conserv\u00e9s, par ex. <em>baliser, poudrerie, moulineux, barauder<\/em>, [etc.]. L&#8217;auteur croit que ces mots ne sont pas du patois, parce qu&#8217;ils \u00ab sont r\u00e9guli\u00e8rement form\u00e9s \u00bb.<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\"><sup>[52]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(A.-M. Elliott, 1885)<\/p>\n<p>L&#8217;idiome canadien est du fran\u00e7ais moyen du XVIe si\u00e8cle, avec les changements naturels que peut produire la fusion en un tout des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces de langages qui ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9es de la m\u00e8re patrie.<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Sylva Clapin, 1885)<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 est que le Canadien des rives du Saint-Laurent n&#8217;a jamais parl\u00e9 autre chose que la langue de Racine, sa seule et vraie langue maternelle &#8230; si l&#8217;on excepte quelques expressions du cru &#8230; empreintes d&#8217;un pittoresque ch\u00e2toyant ou d&#8217;une d\u00e9licieuse po\u00e9sie.<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Paul Champion, 1886)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur ne croit pas que l&#8217;invasion des mots anglais devienne au Canada \u00ab un obstacle insurmontable \u00e0 l&#8217;extension de la bonne langue fran\u00e7aise \u00bb.<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\"><sup>[55]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Georges Demanche, 1886)<\/p>\n<p>Les Canadiens d&#8217;aujourd&#8217;hui ont conserv\u00e9 avec une puret\u00e9 v\u00e9ritablement surprenante la langue que leurs p\u00e8res leur avaient l\u00e9gu\u00e9e.<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\"><sup>[56]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Napol\u00e9on Legendre, 1887)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur ne voit pas \u00ab la moindre trace de patois \u00bb dans le parler des Canadiens fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\"><sup>[57]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Paul de Cazes, 1887)<\/p>\n<p>Il ne faut pas croire que les Canadiens fran\u00e7ais parlent dans toute sa puret\u00e9 le fran\u00e7ais du grand si\u00e8cle, mais le paysan du Canada parle mieux que le paysan de France. Le parler canadien n&#8217;est pas un patois, mais il pr\u00e9sente des incorrections.<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\"><sup>[58]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Baron \u00c9tienne Hulot, 1888)<\/p>\n<p>C&#8217;est le clerg\u00e9, au Canada, qui a conserv\u00e9 \u00e0 la langue fran\u00e7aise sa puret\u00e9.<\/p>\n<p>Pas de patois, quelques termes du cru, je ne sais quel go\u00fbt du terroir; mais \u00e0 tout prendre, un parler fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\"><sup>[59]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Arthur Buies, 1888)<\/p>\n<p>Nous sacrifions une langue admirable [&#8230;] aveugl\u00e9ment, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 un jargon b\u00e2tard qui n&#8217;a ni origine, ni famille, ni raison d&#8217;\u00eatre, ni principe, ni r\u00e8gle, ni avenir.<\/p>\n<p>Nous sommes infest\u00e9s par l&#8217;anglicisme, l&#8217;anglicisme nous d\u00e9borde, nous inonde, nous d\u00e9figure et nous d\u00e9nature&#8230;<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\"><sup>[60]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(L\u00e9on G\u00e9rin, 1889)<\/p>\n<p>Le fran\u00e7ais du Canada est identique au fran\u00e7ais du XVIIIe si\u00e8cle en France.<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\"><sup>[61]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(A.-M. Elliott, 1889)<\/p>\n<p>L&#8217;influence de l&#8217;anglais sur le fran\u00e7ais du Canada est insignifiante, compar\u00e9e \u00e0 l&#8217;influence exerc\u00e9e par le fran\u00e7ais sur l&#8217;anglais d&#8217;Angleterre \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la conqu\u00eate normande.<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\"><sup>[62]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(P.-L.-V. Dubois, 1889)<\/p>\n<p>Le langage populaire du Bas-Canada est un patois de la langue fran\u00e7aise &#8230; Par le mot <em>patois<\/em>, j&#8217;entends tout langage populaire qui n&#8217;est pas la langue litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Le langage populaire du Canada est un m\u00e9lange plus ou moins uniforme, sur toute l&#8217;\u00e9tendue ou sur une grande partie du territoire canadien, des divers patois de la France (Centre, Normandie, etc.).<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\"><sup>[63]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Vicomte de Bouthillier-Chavigny, 1890)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur explique comment a pu se r\u00e9pandre l&#8217;abus que les Canadiens font des anglicismes; l&#8217;usage de ces anglicismes tend \u00e0 dispara\u00eetre, et sur ce point les Canadiens sont moins \u00e0 bl\u00e2mer que les Fran\u00e7ais de France.<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\"><sup>[64]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Ernest Gagnon, 1892)<\/p>\n<p>Les archa\u00efsmes, que nous devons conserver comme de vieux joyaux de famille, et les anglicismes, dont nous devons nous d\u00e9barasser avec le plus d&#8217;application possible.<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\"><sup>[65]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Alphonse Lusignan, 1892)<\/p>\n<p>Ce ne sont point les Anglais, ce sont bel et bien nos propres journalistes qui tuent notre langue.<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\"><sup>[66]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Edmond de Nevers, 1893)<\/p>\n<p>Le langage que nous parlons est rest\u00e9 celui du XVIIe si\u00e8cle en ce sens que notre vocabulaire est aussi limit\u00e9 qu&#8217;il y a deux cents ans, et que nous sommes encore r\u00e9duits aux 1600 mots dont se servait Racine. En France la langue s&#8217;est enrichie en puisant \u00e0 ses sources naturelles, qui sont le grec et le latin, tandis que chez nous elle s&#8217;est appauvrie en empruntant \u00e0 l&#8217;anglais des termes qui la d\u00e9figurent et la rendent impuissantes [&#8230;] \u00e0 exprimer le g\u00e9nie de notre race [&#8230;].Toute langue qui se d\u00e9tache, dans ces circonstances, de l&#8217;un des grands idiomes litt\u00e9raires du monde peut difficilement r\u00e9ussir \u00e0 \u00eatre autre chose qu&#8217;un patois. [&#8230;] Plusieurs expressions anglaises s&#8217;intoduisent aujourd&#8217;hui dans le fran\u00e7ais de France; mais ce qui peut n&#8217;offrir aucun danger s\u00e9rieux en France compromettrait peut-\u00eatre au Canada l&#8217;avenir de la langue.<a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\"><sup>[67]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Remy de Gourmont, 1893)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur constate le caract\u00e8re \u00e0 la fois archa\u00efque et dialectal des particularit\u00e9s linguistiques du Canada fran\u00e7ais, [&#8230;], et conclut que le danger le plus consid\u00e9rable pour la langue fran\u00e7aise en ce pays est l&#8217;infiltration des mots anglais.<a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\"><sup>[68]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Gailly de Taurines, 1894)<\/p>\n<p>La langue populaire canadienne diff\u00e8re fort peu de la langue populaire en France, et l&#8217;une et l&#8217;autre ne sont pas sensiblement diff\u00e9rentes de la langue populaire du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle &#8230; La distance et le temps ont bien amen\u00e9, entre le langage des Fran\u00e7ais et celui des Canadiens, quelques petites diff\u00e9rences de prononciation ou d&#8217;expressions, mais elles ne vont pas au-del\u00e0 de celles que nous pouvons constater, en France m\u00eame, entre nos diff\u00e9rentes provinces. Un certain nombre de termes de marine, auxquels on a assign\u00e9 une signification g\u00e9n\u00e9rale, rappellent l&#8217;origine normande, bretonne ou saintongeoise des Canadiens. D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la langue populaire des Canadiens est infiniment meilleure et plus correcte que la langue populaire en France. Mais la langue litt\u00e9raire, parl\u00e9e ou \u00e9crite, a \u00e9t\u00e9 p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par quelques tournures et quelques expressions anglaises. Cependant, la francisation d&#8217;un grand nombre de mots est l\u00e9gitime. Les Canadiens font mieux que nous, et quand ils conf\u00e8rent le droit de cit\u00e9 \u00e0 un mot \u00e9tranger, ils l&#8217;habillent au moins \u00e0 la fran\u00e7aise.<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\"><sup>[69]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Raoul Rinfret, 1896)<\/p>\n<p>Il nous faut apprendre le fran\u00e7ais tel qu&#8217;il existe en France &#8230; Je suis forc\u00e9 de condamner, bien \u00e0 regret, une foule d&#8217;expressions employ\u00e9es ici tous les jours, mais qui ne sont plus correctes parce qu&#8217;elles ont vieilli ou chang\u00e9 de signification. S&#8217;il signale avec soin les anglicismes, \u00ab cette plaie de notre langue \u00bb, Rinfret cependant \u00ab ne condamne pas les mots de la langue canadienne qui n&#8217;ont pas d&#8217;\u00e9quivalents en France.<a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\"><sup>[70]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le lecteur n&#8217;aura pas manqu\u00e9 de constater dans ce parcours des opinions, st\u00e9r\u00e9otypes et pr\u00e9jug\u00e9s du 19e si\u00e8cle les nombreux points de vue divergents, quelques fois contradictoires, mais parfois \u00e9logieux tout de m\u00eame. Dans ce corpus d&#8217;id\u00e9es, trois th\u00e9matiques peuvent retenir notre attention: (1) l&#8217;origine dialectale du FI, patoisante ou non ; (2) la condamnation des anglicismes; et (3) le caract\u00e8re archa\u00efque du FI. Un mot sur chacune. Patois, anglicisme et archa\u00efsme sont trois concepts \u00e0 connotation p\u00e9jorative dans le contexte fran\u00e7ais et canadien-qu\u00e9b\u00e9cois. Voyons d&#8217;abord ce qu&#8217;en dit le <em>petit Robert<\/em>:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Patois<\/em>: (v. 1285; probabl. du rad. <em>patt-<\/em>, expirmant la grossi\u00e8ret\u00e9). 1- Parler, dialecte local employ\u00e9 par une population g\u00e9n\u00e9ralement peu nombreuse, souvent rurale et dont la culture, le niveau de civilisation sont jug\u00e9s comme inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux du milieu environnant (qui emploie la langue commune). 2- <em>par ext.<\/em> Langue sp\u00e9ciale (consid\u00e9r\u00e9e incorrecte ou incompr\u00e9hensible).<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Archa\u00efsme<\/em>: Mot, expression, tour ancien qu&#8217;on emploie alors quil n&#8217;est plus en usage.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Anglicisme<\/em>: Locution propre \u00e0 la langue anglaise. Emprunt \u00e0 la langue anglaise (<em>par ext.<\/em> \u00e0 l&#8217;anglais d&#8217;Am\u00e9rique)<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas \u00e9tonnant de voir r\u00e9appara\u00eetre \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ces trois concepts. La langue des CF a souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un <em>patois<\/em> par ceux qui ont m\u00e9pris\u00e9 ce peuple ou ont voulu le tenir dans un \u00e9tat d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le sens retenu par la langue anglaise pour d\u00e9signer des vari\u00e9t\u00e9s de langues fran\u00e7aises, mais aussi anglaises, parl\u00e9es par des communaut\u00e9s jug\u00e9es inf\u00e9rieures, souvent de race noire. Par exemple, le patois (patwa) de Sainte-Lucie, qui est en fait un fran\u00e7ais cr\u00e9ole; le Jamaican Patois, qui n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;un anglais vernaculaire (populaire), h\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;anglais populaire britannique, parl\u00e9 par une population noire import\u00e9e aux Antilles au 17e si\u00e8cle. Quoi de plus simpliste pour d\u00e9nigrer un groupe linguistique que de d\u00e9signer sa fa\u00e7on de parler par une \u00e9tiquette \u00e0 connotation p\u00e9jorative: patois, joual, baragouin, jargon, argot, slang, cr\u00e9ole, etc.<\/p>\n<p>\u00c0 une exception ou deux pr\u00e8s, toutefois, le sentiment g\u00e9n\u00e9ral dans les citations pr\u00e9c\u00e9dentes est que le FI n&#8217;est pas un patois, que l&#8217;on consid\u00e8re ce terme au sens de dialecte, parler d&#8217;une population inf\u00e9rieure, ou langue incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p><em>Archa\u00efsme<\/em> n&#8217;est pas un concept p\u00e9joratif en soi. Ce terme renvoie certes \u00e0 une vision relative de la langue \u00e0 travers le temps, l&#8217;espace et l&#8217;histoire en consid\u00e9rant par exemple tel mot, telle expression, telle tournure ou expression vieillis ou d\u00e9pass\u00e9s face \u00e0 l&#8217;usage moderne. Vision relative, parce que ce qui peut para\u00eetre archa\u00efque, c&#8217;est-\u00e0-dire ancien, d\u00e9mod\u00e9, \u00e0 un Fran\u00e7ais fran\u00e7ais, peut ne rien \u00e9voquer de la sorte \u00e0 un francophone vivant au Canada. \u00c0 l&#8217;inverse, de vieilles tournures fran\u00e7aises encore en usage en France peuvent para\u00eetre tout \u00e0 fait archa\u00efques au francophone canadien, qui juge plus moderne son propre usage. On peut donc comprendre ais\u00e9ment dans ce contexte qu&#8217;il est tr\u00e8s facile, et commode (!), d&#8217;utiliser ce concept comme attribut n\u00e9gatif pour d\u00e9nigrer la langue du groupe vis\u00e9.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour les <em>anglicismes<\/em> quand les Qu\u00e9b\u00e9cois se d\u00e9fendent de ne pas en utiliser davantage que les Fran\u00e7ais. Ils ont raison; de fait les anglicismes ne sont pas les m\u00eames ici que l\u00e0-bas: <em>rocking-chair<\/em>, <em>week-end<\/em>, <em>shopping<\/em>, <em>laundry<\/em>, et beaucoup d&#8217;autres ne sont pas d&#8217;usage ici; \u00e0 l&#8217;inverse, <em>breaker<\/em>, <em>fucker<\/em>, <em>choker<\/em>, <em>freaker<\/em> et beaucoup d&#8217;autres sont inconnus l\u00e0-bas. Pour \u00eatre juste, ce qui frappe, ici comme l\u00e0-bas, ce n&#8217;est pas tant le grand nombre d&#8217;anglicismes utilis\u00e9s de part et d&#8217;autre, ils constituent de fait une liste plut\u00f4t r\u00e9duite, mais leur fr\u00e9quence d&#8217;usage qui donne la fausse impression d&#8217;un grand nombre. Pour les Fran\u00e7ais, c&#8217;est la mode de l&#8217;anglo-am\u00e9ricain qui fait bien <em>in<\/em>; pour les CF, c&#8217;est la proximit\u00e9 contre laquelle il est bien difficile de se d\u00e9fendre. Ceci \u00e9tant dit, la chasse \u00e0 l&#8217;anglicisme au Canada est une mani\u00e8re de poursuivre, sur le champ linguistique, le combat entrepris en 1763 contre l&#8217;evahisseur-conqu\u00e9rant. Il est bon de remarquer, au passage, que les emprunts \u00e0 l&#8217;italien, les <em>italianismes<\/em> donc, tels <em>pizza<\/em>, <em>macaroni<\/em>, <em>tortellini<\/em>, <em>spaghetti<\/em>, etc., toutes choses que nous consommons quasi-quotidiennement, n&#8217;ont jamais effarouch\u00e9 les puristes. Facile de voir pourquoi: les Italiens ne sont pas mena\u00e7ants; l&#8217;Empire anglo-saxon canado-\u00e9tasunien, <em>si<\/em>!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le lecteur aura remarqu\u00e9 qu&#8217;aucune allusion n&#8217;est faite dans les commentaires des 18e et 19e si\u00e8cles sur les nombreux sacres et blasph\u00e8mes utilis\u00e9s couramment par les Qu\u00e9b\u00e9cois, et qui constituent la tranche du vocabulaire par excellence pour marquer l&#8217;expressivit\u00e9, <em>christ de c\u00e2lice de tabarnak de &#8230;<\/em>! Pudeur des commentateurs ou ph\u00e9nom\u00e8ne du 20e si\u00e8cle? J&#8217;y reviendrai en syntaxe.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>En conclusion, les <em>archa\u00efsmes<\/em>, pas de quoi fouetter un chat! Les <em>anglicismes<\/em>, le ph\u00e9nom\u00e8ne des emprunts entre les langues est naturel, sain, et in\u00e9vitable. Quant au <em>patois<\/em>, quel int\u00e9r\u00eat? Puisque nous avons maintenant notre <em>joual \u00e0 nous<\/em>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>20e si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le 20e si\u00e8cle ne fera que perp\u00e9tuer ce genre de pr\u00e9jug\u00e9s et de st\u00e9r\u00e9otypes &#8230;<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(L&#8217;opinion d&#8217;un Anglais, &#8230; en anglais: Thomas, O&#8217;Hagan, 1901)<\/p>\n<p>Now, when was considered the language of the French-Canadians, we notice that it has one marked characteristic, uniformity. [&#8230;] It may be rude and ungrammatical, as might be expected, but it is not by any means a patois. It may be more the French of two hundreds years ago than that of to-day, but it is still French, and not bad French either.<a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\"><sup>[71]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Une observation sans fondement de Firmin Paris, 1902)<\/p>\n<p>L&#8217;accent m\u00e9lodique est \u00e0 peu pr\u00e8s nul dans le langage des canadiens fran\u00e7ais.<a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\"><sup>[72]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Une id\u00e9e abominable d&#8217;\u00c9douard Fabre-Surveyer, 1903)<\/p>\n<p>Les anglicismes des Canadiens fran\u00e7ais sont le r\u00e9sultat d&#8217;une connaissance insuffisante de l&#8217;anglais [&#8230;] le seul rem\u00e8de contre l&#8217;anglicisme, c&#8217;est l&#8217;anglais.<a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\"><sup>[73]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Un autre pr\u00e9jug\u00e9 historique: de l&#8217;Abb\u00e9 S.-A. Lortie et Adjutor Rivard, 1903)<\/p>\n<p>Dans son ensemble, le parler canadien n&#8217;est pas, \u00e0 proprement dire, <em>un<\/em> patois; mais il est le r\u00e9sultat de la fusion de <em>plusieurs<\/em> patois diff\u00e9rents, greff\u00e9s sur du vieux fran\u00e7ais. Ce n&#8217;est ni du patois pur, ni du fran\u00e7ais litt\u00e9raire, ni du fran\u00e7ais corrompu; c&#8217;est, pourrait-on dire, du vieux fran\u00e7ais <em>patois\u00e9<\/em>.<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\"><sup>[74]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Un discours folklorisant, condescendant, \u00e0 faire brailler: J.-Edmond Roy, 1904)<\/p>\n<p>En 1815, l&#8217;habitant parlait encore le m\u00eame langage que celui que Montcalm avait entendu. Les anglicismes n&#8217;\u00e9taient pas encore venus le polluer ni en souiller la forme et la puret\u00e9. Repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, ayant encore la nostalgie du pass\u00e9, l&#8217;habitant canadien \u00e9prouvait une grande r\u00e9pugnance \u00e0 apprendre ou \u00e0 se servir du mot anglais. Pour peindre ou exprimer les choses nouvelles qu&#8217;il voyait, il cherchait dans son vocabulaire des expressions anciennes auxquelles il donnait un sens que la stricte grammaire n&#8217;admet pas, ou encore, il inventait des idiotismes.<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\"><sup>[75]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Une vision proph\u00e9tique du bon Abb\u00e9 Vignot, 1905)<\/p>\n<p>La mission et le devoir de la langue fran\u00e7aise au Canada, envers elle-m\u00eame, est de se conserver avec son originalit\u00e9 provinciale, et aussi de se d\u00e9velopper en accordant l&#8217;hospitalit\u00e9 aux mots \u00e9trangers n\u00e9cessaires et en se retrempant dans les sources locales. La mission de la langue fran\u00e7aise au Canada est de servir trois causes: le Canada, la France, l&#8217;\u00c9glise catholique.<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\"><sup>[76]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Patriotisme, race, et barreau: A.-B. Routhier, 1905)<\/p>\n<p>C&#8217;est un devoir patriotique pour les Canadiens fran\u00e7ais de bien conna\u00eetre leur langue maternelle; \u00ab c&#8217;est la condition de salut pour votre race \u00bb; l&#8217;avocat surtout doit savoir parler correctement sa langue.<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\"><sup>[77]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(\u00c0 l&#8217;adresse des Anglo-Am\u00e9ricains qui \u00ab n&#8217;ont qu&#8217;un souverain d\u00e9dain \u00bb pour le parler des Canadiens fran\u00e7ais: Rosario de Formose, 1905)<\/p>\n<p>L&#8217;auteur cite ce passage qui se trouverait dans un roman de Paul F\u00e9val, intitul\u00e9 <em>Force et Faiblesse<\/em>: \u00ab On me dit que le fran\u00e7ais se parle assez bien \u00e0 Moscou et \u00e0 Saint-P\u00e9tesbourg. Mais si vous voulez entendre le vrai son de la langue de Bossuet et de Corneille, l&#8217;avis g\u00e9n\u00e9ral est qu&#8217;il faut aller jusqu&#8217;au Canada, o\u00f9 verdit un rameau du vieil arbre de France.<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\"><sup>[78]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Mon anc\u00eatre, l&#8217;\u00e9crivain Jules Fournier, 1922)<\/p>\n<p>La langue fran\u00e7aise en ce pays souffre d&#8217;un certain nombre d&#8217;affections aigu\u00ebs ou chroniques, &#8211; surtout chroniques &#8211; telles que barbarismes, sol\u00e9cismes, anglicismes, provincialismes, rusticismes, pl\u00e9b\u00e9ianismes, d\u00e9cadentismes, etc., dont la plus d\u00e9velopp\u00e9e comme la plus pernicieuse est bien incontestablement l&#8217;anglicisme. Quelles causes ont pu produire tous ces monstres \u00e0 noms \u00e9trangers, il n&#8217;est pas difficile de l&#8217;imaginer. C&#8217;est d&#8217;abord et surtout le contact journalier avec l&#8217;anglais; ensuite le peu de surveillance que nous exer\u00e7ons sur notre langue; enfin, notre ignorance \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine.<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\"><sup>[79]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Un st\u00e9r\u00e9otype sociolinguistique de Victor Barbeau, 1947)<\/p>\n<p>Certes, il existe dans tous les pays un langage populaire. Nulle part pourtant ailleurs que chez nous il ne se parle au-dessus d&#8217;un certain niveau social. Or, le fran\u00e7ais tel que nous le parlons n&#8217;est qu&#8217;un jargon impuissant \u00e0 diff\u00e9rencier, comme toute langue le doit, les personnes et les classes. Il ne faut, au contraire, qu&#8217;accuser le fonctionnement d\u00e9fectueux de notre esprit, notre impuissance \u00e0 penser, nos ant\u00e9c\u00e9dents, notre milieu, notre \u00e9ducation.<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\"><sup>[80]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>(L&#8217;id\u00e9e dominante de la demi du si\u00e8cle:Pierre Daviault, 1951)<\/p>\n<p>Contamin\u00e9 par un apport \u00e9tranger mal assimil\u00e9, le parler populaire des villes [&#8230;] est un langage amorphe, inorganis\u00e9, peut-\u00eatre en d\u00e9composition. Ne se rattachant \u00e0 aucune n\u00e9cessit\u00e9 expressive, il n&#8217;est que la d\u00e9formation d&#8217;une langue et non pas m\u00eame une langue en transformation. Il ne peut qu&#8217;entra\u00eener l&#8217;isolement, la r\u00e9gression culturelle, la m\u00e9diocrit\u00e9 de pens\u00e9e. Ce langage a sans doute atteint le fond de l&#8217;abjection. Le canadien ne doit pas devenir notre langue de culture.<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\"><sup>[81]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>&#8230; qui atteindront leur point culminant de d\u00e9nigrement avec la <em>d\u00e9couverte<\/em>, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution tranquille au d\u00e9but des ann\u00e9es &#8217;60, que la langue parl\u00e9e par les Qu\u00e9b\u00e9cois n&#8217;est rien d&#8217;autre que du <em>joual<\/em><a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\"><sup>[82]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Jean-Paul Desbiens, dit le fr\u00e8re Untel, 1961)<\/p>\n<p>Le joual est une langue d\u00e9soss\u00e9e: les consonnes sont toutes escamot\u00e9es, un peu comme dans les langues que parlent (je suppose, d&#8217;apr\u00e8s certains disques) les danseuses des \u00celes-sous-le-Vent; oula-oula-alao-alao. On dit: &#8220;chu pas apable [sic]&#8221;, au lieu de: je ne suis pas capable; on dit: &#8220;l&#8217;coach m&#8217;enweille cri les mit du g\u00f4leur&#8221;, au lieu de: le moniteur m&#8217;envoie chercher les gants du gardien, etc&#8230; Remarquez que je n&#8217;arrive pas \u00e0 signifier phon\u00e9tiquement le parler joual. Le joual ne se pr\u00eate pas \u00e0 une fixation \u00e9crite. Le joual est une d\u00e9composition [&#8230;]<\/p>\n<p>Cette absence de langue qu&#8217;est le joual est un cas de notre inexistence, \u00e0 nous, les Canadiens fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Aussi longtemps qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;\u00e9changer des remarques sur la temp\u00e9rature ou le sport, aussi longtemps qu&#8217;il ne s&#8217;agit que de parler de cul, le joual suffit amplement. Pour \u00e9changer entre primitifs, une langue de primitif suffit; les animaux se contentent de quelques cris. Mais si l&#8217;on veut acc\u00e9der au dialogue humain, le joual ne suffit plus.<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\"><sup>[83]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Que retenir de ce survol? Chacune de ces citations demanderait certes plus ample discussion pour une d\u00e9construction approfondie, mais elles suffisent ici \u00e0 montrer l&#8217;\u00e9tat des jugements, pr\u00e9jug\u00e9s et st\u00e9r\u00e9otypes qui ont eu cours sur le FI au cours des trois si\u00e8cles de son existence et de son \u00e9volution.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Puis un 24 juillet 1967, un G\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais en visite, du haut d&#8217;un balcon de l&#8217;H\u00f4tel de Ville: &#8220;Vive le Qu\u00e9bec &#8230; Vive le Qu\u00e9bec &#8230; Vive le Qu\u00e9bec &#8230; liiiibre!&#8221;. Il aura fini par le cracher &#8230; l&#8217;adjectif! Les Qu\u00e9b\u00e9cois y songeaint depuis un temps d\u00e9j\u00e0! Charles de Gaulle aussi! Naissance de mouvements n\u00e9o-ind\u00e9pendantistes, s\u00e9paratistes, autonomistes, le Parti Qu\u00e9b\u00e9cois. R\u00e9volution culturelle, religieuse, politique, sociale, tranquille, mais aussi linguistique. Les descendants fran\u00e7ais canadiens red\u00e9couvrent la France, et la France cette ancienne colonie d&#8217;irr\u00e9ductibles francophones, des Gaulois en Am\u00e9rique! Ici, des politiques linguistiques visant \u00e0 franciser, non, \u00e0 re-franciser ce que l&#8217;envahisseur avait anglicis\u00e9: cr\u00e9ation d&#8217;un Office de la langue fran\u00e7aise avec tout son barda de commission de ceci, et commission de cela<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\"><sup>[84]<\/sup><\/a>: Mission: \u00e9puration terminologique. Mission d&#8217;\u00e9puration visant essentiellement \u00e0 d\u00e9chouquer les mots anglais des domaines techniques: Lexique de la plomberie, de la construction, de la fabrication de la chaussure, de la m\u00e9tallurgie, du bois, et la tral\u00e9e &#8230; Mais aussi de l&#8217;affichage commercial: <em>accomodation<\/em> devient <em>d\u00e9panneur<\/em><a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\"><sup>[85]<\/sup><\/a>, <em>snack bar &amp; fries<\/em> devient <em>pataterie<\/em>, and so on &#8230; Les Qu\u00e9b\u00e9cois apprennent \u00e0 dire <em>pare-brise<\/em> plut\u00f4t que <em>windshield<\/em>, <em>freins <\/em>plut\u00f4t que <em>brakes<\/em>, <em>shampooing<\/em> plut\u00f4t que <em>shampoo<\/em>, peu importe que les deux soient proprement anglais, mais conservent <em>fin de semaine<\/em>, jug\u00e9 plus fran\u00e7ais que le <em>week-end<\/em> des Fran\u00e7ais. <em>Hambourgeois<\/em> et <em>racinette<\/em><a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\"><sup>[86]<\/sup><\/a>, sentis ridicules, ne passeront jamais \u00e0 l&#8217;usage courant. Des lois et r\u00e8glements sur la fr\u00e9quentation des \u00e9coles \u00e9galement: int\u00e9gration de tous les immigrants aux \u00e9coles fran\u00e7aises, les descendants britanniques pouvant continuer \u00e0 fr\u00e9quenter les \u00e9coles anglaises ou aller o\u00f9 ils voudront. En Ontario, par exemple!<\/p>\n<p>Tout ceci, et bien d&#8217;autres tracas, contenu dans un document d&#8217;une extr\u00eame officialit\u00e9, connu sous le nom de <em>Charte de la langue fran\u00e7aise<\/em>, 26 ao\u00fbt 1977, o\u00f9 on peut lire dans le pr\u00e9ambule, et au chapitre un:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Pr\u00e9ambule)<\/p>\n<p>Langue distinctive d&#8217;un peuple majoritairement francophone, la langue fran\u00e7aise permet au peuple qu\u00e9b\u00e9cois d&#8217;exprimer son identit\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;Assembl\u00e9e nationale reconna\u00eet la volont\u00e9 des Qu\u00e9b\u00e9cois d&#8217;assurer la qualit\u00e9 et le rayonnement de la langue fran\u00e7aise. Elle est donc r\u00e9solue \u00e0 faire du fran\u00e7ais la langue de l&#8217;\u00c9tat et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l&#8217;enseignement, des communications, du commerce et des affaires.<\/p>\n<p>L&#8217;Assembl\u00e9e nationale entend poursuivre cet objectif dans un esprit de justice et d&#8217;ouverture, dans le respect des institutions de la communaut\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise d&#8217;expression anglaise et celui des minorit\u00e9s ethniques, dont elle reconna\u00eet l&#8217;apport pr\u00e9cieux au d\u00e9veloppement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>L&#8217;Assembl\u00e9e nationale reconna\u00eet aux Am\u00e9rindiens et aux Inuit du Qu\u00e9bec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu&#8217;ils ont de maintenir et de d\u00e9velopper leur langue et culture d&#8217;origine.<\/p>\n<p>Ces principes s&#8217;inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui conf\u00e8re \u00e0 chaque peuple l&#8217;obligation d&#8217;apporter une contribution particuli\u00e8re \u00e0 la communaut\u00e9 internationale. SA MAJEST\u00c9, de l&#8217;avis et du consentement de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale du Qu\u00e9bec, d\u00e9cr\u00e8te ce qui suit :<\/p>\n<p><\/p>\n<p>(Chapitre 1)<\/p>\n<ol>\n<li>Le fran\u00e7ais est la langue officielle du Qu\u00e9bec. (1977, c. 5, a. 1)<\/li>\n<\/ol>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Fort bien! Respect des premiers habitants du pays, de la communaut\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise d&#8217;expression anglaise et des minorit\u00e9s ethniques. Les Britanniques, on s&#8217;en souviendra, en avaient fait autant pour les conquis fran\u00e7ais en 1763. Mais rien dans cette Charte au sujet d&#8217;une soit-disante langue ab\u00e2tardie, bourr\u00e9e de &#8220;barbarismes, sol\u00e9cismes, anglicismes, provincialismes, rusticismes, pl\u00e9b\u00e9ianismes, d\u00e9cadentismes&#8221;, et autres chevaux.<\/p>\n<p>Pourquoi donc? Peut-\u00eatre parce que derri\u00e8re le Ministre responsable de cette Charte et de son application, un ou deux r\u00e9dacteurs sociolinguistes ont pu fait comprendre aux concepteurs qu&#8217;on ne l\u00e9gif\u00e8re pas sur la substance d&#8217;une langue<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\"><sup>[87]<\/sup><\/a>, et que cette langue n&#8217;est pas plus <em>jouale<\/em> que <em>cr\u00e9ole<\/em><a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\"><sup>[88]<\/sup><\/a>, ou une quelconque combinaison des deux<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\"><sup>[89]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Tout ce branle-bas de la seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle autour de la question linguistique a fini par faire accroire \u00e0 bon nombre de Qu\u00e9b\u00e9cois que, le fran\u00e7ais \u00e9tant &#8220;la langue officielle du Qu\u00e9bec&#8221;, ils n&#8217;avaient pas besoin d&#8217;apprendre \u00e0 parler anglais dans un pays officiellement bilingue, voisin du grand Empire \u00e9tatsunien monolingue. Une petite bande d&#8217;unilingues fran\u00e7ais \u00e0 l&#8217;allure totalement idiote, au moment de commander de la <em>cramaglace<\/em> sur les plages de Cavendish (\u00ce. P.-\u00c9), Old Orchard (Maine), ou dans le Confederation Park devant le Prince George Hotel de Kingston (Ont.). C&#8217;est un choix!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Eu \u00e9gard aux pr\u00e9jug\u00e9s, st\u00e9r\u00e9otypes et jugements sur le FI, le 20e si\u00e8cle se caract\u00e9rise \u00e9galement, dans sa premi\u00e8re moiti\u00e9, par une foisson de publications \u00e0 caract\u00e8re corectif et normatif, du type <em>&#8220;Dites &#8230;, ne dites pas &#8230;&#8221;<\/em>, et de vocabulaires correctifs bilingues, sous la forme de petits feuillets ou fascicules largement distribu\u00e9s dans les \u00e9coles et dans le grand public, visant l&#8217;\u00e9limination des anglicismes, cet <em>ennemi terrifiant<\/em><a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\"><sup>[90]<\/sup><\/a>, et la correction de soit-disantes <em>fautes<\/em> face au fran\u00e7ais g\u00e9n\u00e9ral. L&#8217;un des plus notables parmi ces d\u00e9nonciateurs \u00e9tant l&#8217;Abb\u00e9 \u00c9tienne Blanchard<a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\"><sup>[91]<\/sup><\/a>:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c9tienne Blanchard a \u00e9t\u00e9 un fervent \u00abd\u00e9fenseur\u00bb de la langue fran\u00e7aise: il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 pr\u00f4ner le <em>bon parler<\/em>, le parler correct. Pour arriver \u00e0 ce but, il a fait un tr\u00e8s grand nombre de conf\u00e9rences dans la plupart des maisons d&#8217;\u00e9ducation et a publi\u00e9, dans un grand nombre de revues, des articles faciles, destin\u00e9s au grand public. Surtout il a publi\u00e9 des livres de correction du langage: <em>Dictionnaire du bon langage, Manuel du bon parler, Bon langage, Stylistique canadienne<\/em>. En d\u00e9pit des titres diff\u00e9rents, le contenu de ces volumes est toujours le m\u00eame. Ses dictionnaires, con\u00e7us selon la m\u00e9thode <em>Dites &#8211; Ne dites pas<\/em>, ont servi \u00e0 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;\u00e9coliers; ils ont peut-\u00eatre aid\u00e9 \u00e0 \u00e9purer un peu la langue parl\u00e9e, \u00e0 faire apprendre du vocabulaire fran\u00e7ais et \u00e0 r\u00e9pandre des n\u00e9ologismes du type <em>vivoir<\/em> et <em>vadrouille<\/em>. Mais, obs\u00e9d\u00e9 par l&#8217;id\u00e9e de combattre l&#8217;anglicisme, l&#8217;auteur condamne souvent des expressions tout \u00e0 fait fran\u00e7aises.<a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\"><sup>[92]<\/sup><\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il y a eu aussi, bien s\u00fbr, les \u00e9rudits de la Soci\u00e9t\u00e9 du parler fran\u00e7ais au Canada (SPFC) qui, apr\u00e8s avoir publi\u00e9 le plus important lexique de la langue franco-canadienne en 1930<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\"><sup>[93]<\/sup><\/a>, distribuent, de 1930 \u00e0 1945, dans les \u00e9coles, couvents et coll\u00e8ges, des feuillets<a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\"><sup>[94]<\/sup><\/a> tir\u00e9s \u00e0 des milliers d&#8217;exemplaires chacun, sous le titre non \u00e9quivoque <em>Corrigeons-nous<\/em>. Mot d&#8217;ordre g\u00e9n\u00e9ral: D\u00e9fendre le fran\u00e7ais et d\u00e9velopper la fiert\u00e9 d&#8217;\u00eatre francophone. \u00c0 d\u00e9faut d&#8217;avoir gagn\u00e9 la guerre de 1760, il fallait \u00e0 tout prix remporter la victoire sur le champ de bataille linguistique. Avec un certain succ\u00e8s, il faut l&#8217;admettre, puisqu&#8217;ils sont toujours l\u00e0 \u00e0 nous emmerder ces <em>French Pea Soup<\/em>! Ces campagnes du bon parler fran\u00e7ais trouvent \u00e9videmment leur source quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t, au moins \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle, dans des publications, parmi les plus illustres, comme celles d&#8217;Alphonse Lusignan (1890), <em>Fautes \u00e0 corriger &#8211; Une chaque jour<\/em><a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\"><sup>[95]<\/sup><\/a> ou le Dictionnaire de Rinfret (1896)<a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\"><sup>[96]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cette obsession de la chasse aux anglicismes s&#8217;est maintenue et poursuivie au cours de la seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle, au cours des ann\u00e9es &#8217;70 et qui suivirent, avec la prise en charge de l&#8217;assaut, je l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit, par l&#8217;Office de la langue fran\u00e7aise et ses nombreuses officines, v\u00e9ritable bunker offensif anti-imp\u00e9rialisme linguistique anglo-canadien, et aussi rep\u00e8re de langagiers normatifs de tout acabit (sociologues, litt\u00e9raires, grammairiens, terminologues, trop peu de sociolinguistes), totalement \u00e0 contre-courant du d\u00e9velopppement et des recherches de la linguistique canadienne.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le Qu\u00e9b\u00e9cois souffre d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 linguistique, curieuse de maladie. Pas \u00e9tonnant! Apr\u00e8s deux si\u00e8cles de d\u00e9nigrement de sa langue maternelle. D\u00e9nigrement historique qui a fini par lui faire accroire qu&#8217;il parle <em>joual<\/em>, une non-langue, bien fran\u00e7aise pourtant! D\u00e9nigrement aliment\u00e9 \u00e9galement, en seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle, par tous ces intellectuels qui sont all\u00e9s \u00e9tudier en France, et qui en sont revenus avec cet accent affect\u00e9, pointu, genre trou-de-cul-de-poule auquel ils sont rest\u00e9s bien accroch\u00e9s. La liste est longue, je r\u00e9siste \u00e0 la tentation de les nommer tous. L&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 linguistique du Qu\u00e9b\u00e9cois s&#8217;exprime de la fa\u00e7on la plus manifeste quand, par exemple, interpell\u00e9 par un touriste anglophone plein de bonne volont\u00e9 qui t\u00e2che tant bien que mal de s&#8217;exprimer en fran\u00e7ais pour demander une information, dans un milieu bien francophone, disons Carleton-sur-mer en Gasp\u00e9sie, le bon petit Qu\u00e9b\u00e9cois s&#8217;empresse de poursuivre la courte conversation dans un anglais baragouin\u00e9, \u00e9vitant ainsi de montrer au visiteur \u00e9tonn\u00e9 qu&#8217;il parle un <em>fran\u00e7ais-joual-b\u00e2tard<\/em> et qu&#8217;il ma\u00eetrise, lui, la langue de l&#8217;Autre, privant malheureusement de ce fait cet Autre (prononcer &#8216;h\u00f4te&#8217;) de la possibilit\u00e9 de parfaire sa connaissance et sa pratique de cette bonne langue fran\u00e7aise des Am\u00e9riques. \u00c9videmment, ce visiteur anglophone ne constitue pas la r\u00e8gle, puisque le plus souvent la perception des d\u00e9tracteurs de ce groupe est que \u00ab Franco-Canadians do not speak real French. \u00bb Comme si la notion de &#8220;vrai anglais&#8221; pouvait exister. Voyons donc!<\/p>\n<p>Heureusement, le FI a eu ses d\u00e9fenseurs. La plus notable, la po\u00e8te engag\u00e9e politiquement Mich\u00e8le Lalonde (1937-\u00a0\u00a0 ), en est un exemple c\u00e9l\u00e8bre, dont je reproduis ici, sans sa permission, le fameux po\u00e8me-manifeste <em>Speak White<\/em><a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\"><sup>[97]<\/sup><\/a>:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Speak white<\/p>\n<p>il est si beau de vous entendre<\/p>\n<p>parler de Paradise Lost<\/p>\n<p>ou du profil gracieux et anonyme qui tremble<\/p>\n<p>dans les sonnets de Shakespeare<\/p>\n<p><\/p>\n<p>nous sommes un peuple inculte et b\u00e8gue<\/p>\n<p>mais ne sommes pas sourds au g\u00e9nie d&#8217;une langue<\/p>\n<p>parlez avec l&#8217;accent de Milton et Byron et Shelley et<\/p>\n<p>Keats<\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>et pardonnez-nous de n&#8217;avoir pour r\u00e9ponse<\/p>\n<p>que les chants rauques de nos anc\u00eatres<\/p>\n<p>et le chagrin de Nelligan<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>parlez de chose et d&#8217;autres<\/p>\n<p>parlez-nous de la Grande Charte<\/p>\n<p>ou du monument de Lincoln<\/p>\n<p>du charme gris de la Tamise<\/p>\n<p>De l&#8217;eau rose du Potomac<\/p>\n<p>parlez-nous de vos traditions<\/p>\n<p>nous sommes un peuple peu brillant<\/p>\n<p>mais fort capable d&#8217;appr\u00e9cier<\/p>\n<p>toute l&#8217;importance des crumpets<\/p>\n<p>ou du Boston Tea Party<\/p>\n<p>mais quand vous really speak white<\/p>\n<p>quand vous get down to brass tacks<\/p>\n<p><\/p>\n<p>pour parler du gracious living<\/p>\n<p>et parler du standard de vie<\/p>\n<p>et de la Grande Soci\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>un peu plus fort alors speak white<\/p>\n<p>haussez vos voix de contrema\u00eetres<\/p>\n<p>nous sommes un peu dur d&#8217;oreille<\/p>\n<p>nous vivons trop pr\u00e8s des machines<\/p>\n<p>et n&#8217;entendons que notre souffle au-dessus des outils<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white and loud<\/p>\n<p>qu&#8217;on vous entende<\/p>\n<p>de Saint-Henri \u00e0 Saint-Domingue<\/p>\n<p>oui quelle admirable langue<\/p>\n<p>pour embaucher<\/p>\n<p>donner des ordres<\/p>\n<p>fixer l&#8217;heure de la mort \u00e0 l&#8217;ouvrage<\/p>\n<p>et de la pause qui rafra\u00eechit<\/p>\n<p>et ravigote le dollar<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>tell us that God is a great big shot<\/p>\n<p>and that we&#8217;re paid to trust him<\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>c&#8217;est une langue riche<\/p>\n<p>pour acheter<\/p>\n<p>mais pour se vendre<\/p>\n<p>mais pour se vendre \u00e0 perte d&#8217;\u00e2me<\/p>\n<p>mais pour se vendre<\/p>\n<p><\/p>\n<p>ah! speak white<\/p>\n<p>big deal<\/p>\n<p>mais pour vous dire<\/p>\n<p>l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 d&#8217;un jour de gr\u00e8ve<\/p>\n<p>pour raconter<\/p>\n<p>une vie de peuple-concierge<\/p>\n<p>mais pour rentrer chez-nous le soir<\/p>\n<p>\u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 le soleil s&#8217;en vient crever au dessus des ruelles<\/p>\n<p>mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui<\/p>\n<p>chaque jour de nos vies \u00e0 l&#8217;est de vos empires<\/p>\n<p>rien ne vaut une langue \u00e0 jurons<\/p>\n<p>notre parlure pas tr\u00e8s propre<\/p>\n<p>tach\u00e9e de cambouis et d&#8217;huile<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>soyez \u00e0 l&#8217;aise dans vos mots<\/p>\n<p>nous sommes un peuple rancunier<\/p>\n<p>mais ne reprochons \u00e0 personne<\/p>\n<p>d&#8217;avoir le monopole<\/p>\n<p>de la correction de langage<\/p>\n<p><\/p>\n<p>dans la langue douce de Shakespeare<\/p>\n<p>avec l&#8217;accent de Longfellow<\/p>\n<p>parlez un fran\u00e7ais pur et atrocement blanc<\/p>\n<p>comme au Viet-Nam au Congo<\/p>\n<p>parlez un allemand impeccable<\/p>\n<p>une \u00e9toile jaune entre les dents<\/p>\n<p>parlez russe parlez rappel \u00e0 l&#8217;ordre parlez r\u00e9pression<\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>c&#8217;est une langue universelle<\/p>\n<p>nous sommes n\u00e9s pour la comprendre<\/p>\n<p>avec ses mots lacrymog\u00e8nes<\/p>\n<p>avec ses mots matraques<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>tell us again about Freedom and Democracy<\/p>\n<p>nous savons que libert\u00e9 est un mot noir<\/p>\n<p>comme la mis\u00e8re est n\u00e8gre<\/p>\n<p>et comme le sang se m\u00eale \u00e0 la poussi\u00e8re des rues d&#8217;Alger ou de Little<\/p>\n<p>Rock<\/p>\n<p><\/p>\n<p>speak white<\/p>\n<p>de Westminster \u00e0 Washington relayez-vous<\/p>\n<p>speak white comme \u00e0 Wall Street<\/p>\n<p>white comme \u00e0 Watts<\/p>\n<p>be civilized<\/p>\n<p>et comprenez notre parler de circonstance<\/p>\n<p>quand vous nous demandez poliment<\/p>\n<p>how do you do<\/p>\n<p>et nous entendes vous r\u00e9pondre<\/p>\n<p>we&#8217;re doing all right<\/p>\n<p>we&#8217;re doing fine<\/p>\n<p>We<\/p>\n<p>are not alone<\/p>\n<p><\/p>\n<p>nous savons<\/p>\n<p>que nous ne sommes pas seuls.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mich\u00e8le Lalonde a \u00e9galement publi\u00e9 <em>D\u00e9fense et illustration de la langue qu\u00e9b\u00e9coise<\/em><a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\"><sup>[98]<\/sup><\/a>, dont on reconna\u00eet l&#8217;\u00e9cho au manifeste de la Pl\u00e9iade r\u00e9dig\u00e9 par Joachim du Bellay, 1549, <em>D\u00e9fence et illustration de la langue francoyse<\/em>. Autre \u00e9poque, m\u00eame combat: fran\u00e7ais vs latin; FI vs fran\u00e7ais fran\u00e7ais (FF). L&#8217;issue est pr\u00e9visible, les nouvelles langues rempla\u00e7ant habituellement les anciennes dont elles d\u00e9rivent, conform\u00e9ment \u00e0 une sorte de loi linguistique qu&#8217;on peut formuler comme suit: <em>Le vernaculaire d&#8217;aujourd&#8217;hui est le standard de demain<\/em>. Il en est ainsi dans l&#8217;\u00e9volution des langues depuis toujours et dans les familles qu&#8217;elles ont constitu\u00e9es au cours des si\u00e8cles. Le fran\u00e7ais est une langue romane qui a supplant\u00e9 le latin; le FI est une langue fran\u00e7aise qui finira par se distinguer totalement du FF.<\/p>\n<p>En attendant &#8230; faut-il vraiment la d\u00e9fendre? Ou simplement en parler &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Les citations qui suivront sont tir\u00e9es de Dulong, Gaston.\u00a0 1966.\u00a0 Bibliographie linguistique du Canada fran\u00e7ais. Qu\u00e9bec &amp; Paris: Presses de l&#8217;Universit\u00e9 Laval &amp; Librairie C. Klincksieck, qu&#8217;il a lui-m\u00eame tir\u00e9, pour la p\u00e9riode 1691-1906, de James Geddes &amp; Adjutor Rivard.\u00a0 1906.\u00a0 Bibliographie du parler fran\u00e7ais au Canada. Qu\u00e9bec &amp; Paris: Bulletin du parler fran\u00e7ais au Canada, vol. 4, 1905-1906, <em>passim<\/em>. Publi\u00e9 en fascicule, Qu\u00e9bec et Paris, 1906.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Le Clercq, Chrestien.\u00a0 1691.\u00a0 Premier \u00e9tablissement de la Foy dans la Nouvelle France. Paris: Amable Auroy, t. II, p. 15-16. Le &#8220;grand homme d&#8217;esprit&#8221; auquel fait r\u00e9f\u00e9rence le P\u00e8re Le Clercq est le P\u00e8re Germain Allard, venu au Canada en ao\u00fbt 1670 et reparti en octobre de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Jean-Paul Desbiens (1927- ) publie en 1961 <em>Les insolences du fr\u00e8re Untel<\/em>. Il est l&#8217;un de ceux qui a contribu\u00e9 &#8220;le mieux&#8221; \u00e0 d\u00e9nigrer le parler des Qu\u00e9b\u00e9cois, en popularisant le mot <em>joual<\/em>, lanc\u00e9 par Andr\u00e9 Laurendeau, dans une <em>Actualit\u00e9<\/em> du journal <em>Le Devoir<\/em> le 21 octobre 1959, appellation dont il est devenu presque impossible de se d\u00e9faire, tant les st\u00e9r\u00e9otypes et les mystifications une fois ancr\u00e9s ont la vie dure!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Charlevoix utilisait le terme <em>cr\u00e9ole <\/em>dans l&#8217;acception que ce mot avait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, c&#8217;est-\u00e0-dire <em>n\u00e9 dans les Colonies<\/em>. Malheureusement, on finira bien vite par galvauder cette notion et on contribuera ainsi \u00e0 ancrer profond\u00e9ment une autre mystification. Par exemple, le regrett\u00e9 tr\u00e8s magnanime Juge Cliche, beauceron-en-QC, qui affirmait de lui-m\u00eame: \u00abJe suis un des hommes les plus instruits du Qu\u00e9bec\u00bb, n&#8217;a pas manqu\u00e9 de contribuer \u00e0 charrier le st\u00e9r\u00e9otype en affirmant dans une entrevue: \u00abLe grand danger qui nous guette, ce n&#8217;est pas l&#8217;anglais, c&#8217;est le cr\u00e9ole.\u00bb Et encore ceci: \u00abIl y a une esp\u00e8ce de parler qu\u00e9b\u00e9cois qui est une sorte de langue cr\u00e9ole.\u00bb Difficile de faire mieux! Et il a dit \u00e7a au 20e si\u00e8cle (Qu\u00e9bec Monde, 8:2-3, mai 1978)!!!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Charlevoix, Pierre-Fran\u00e7ois-Xavier de.\u00a0 1744.\u00a0 Histoire et description g\u00e9n\u00e9rale de la Nouvelle-France avec le Journal historique d&#8217;un voyage fait par ordre du Roi dans l&#8217;Am\u00e9rique Septentrionale. Paris: Giffart, vol. III, p. 79.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Bacqueville de la Potherie.\u00a0 1753.\u00a0 Histoire de l&#8217;Am\u00e9rique septentrionale &#8230; depuis 1535 jusqu&#8217;\u00e0 1701, 4 vols. Paris: Nyons fils, (Le privil\u00e8ge du Roi date du 2 mai 1721).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>Rousseau, J. &amp; G. B\u00e9thume. 1977.\u00a0 Voyage de Pehr Kalm au Canada (traduction annot\u00e9e), Montr\u00e9al (\u00c9dition originale su\u00e9doise: 1753-1761, Helsingfors).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> d&#8217;Aleyrac, Jean-Baptiste.\u00a0 1935.\u00a0 Aventures militaires du 16e si\u00e8cle d&#8217;apr\u00e8s les M\u00e9moires de Jean-Baptiste d&#8217;Aleyrac, publi\u00e9es par Charles Coste. Paris: Berger-Levrault.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Montcalm.\u00a0 1895.\u00a0 Journal du Marquis de Montcalm. Collection des Manuscrits du Chevalier de L\u00e9vis. Qu\u00e9bec: L.-J. Demers &amp; fr\u00e8re, p.64.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Jefferys, Thomas.\u00a0 1761.\u00a0 The natural and civil History of the French Dominions in North and South America, etc. Londres: Charing-Cross, p. 9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Gr\u00e9goire, H.B.\u00a0 1880.\u00a0 Lettres \u00e0 Gr\u00e9goire sur les patois de France (1790-1794), suivi du Rapport de Gr\u00e9goire \u00e0 la Convention. Paris: P\u00e9done. (r\u00e9impr.: Gen\u00e8ve: Slatkine reprints, 1969).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Asselin, C. &amp; A. McLaughlin.\u00a0 1994.\u00a0 Les immigrants en Nouvelle-France au XVIIe si\u00e8cle parlaient-ils fran\u00e7ais?, Dans R. Mougeon &amp; \u00c9. Beniak (dirs.), 101-102. Les origines du fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois. Sainte-Foy: Presses de l&#8217;Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Volney, C.-F. de.\u00a0 1803.\u00a0 Tableau du climat et du sol des \u00c9tats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique, suivi d&#8217;\u00e9claircissements sur la Floride, sur la Colonie fran\u00e7aise au Scioto, sur quelques Colonies canadiennes et sur les Sauvages. \u00c9dition de Paris (1825), p. 325.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Lambert, John.\u00a0 1810.\u00a0 Travels through Canada and the United States of North America in the years 1806, 1807 and 1808. Londres, 3e \u00e9dition (1816), p. 88 et 176.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Moore, Thomas.\u00a0 1826 A Canadien boat song (note). Dans ses <em>Oeuvres po\u00e9tiques<\/em>, voir p. 190 de l&#8217;\u00e9d. de Londres: Routledge, 1859.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Bibeau, Michel (\u00e9diteur).\u00a0 1829.\u00a0 Extrait de <em>Lettres d&#8217;un Am\u00e9ricain voyageant en Canada en 1825<\/em>. Montr\u00e9al: Impr. James Lane, p.223.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> Lebrun, Isidore.\u00a0 1833.\u00a0 Tableau statistique et politique des deux Canadas. Paris: Treuttel &amp; W\u00fcrtz, pp. 188 et 271.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> Lord Durham.\u00a0 1840.\u00a0 Rapport de Lord Durham, haut-commisionnaire de Sa Majest\u00e9, etc., sur les affaires de l&#8217;Am\u00e9rique septentrionale britannique. Qu\u00e9bec, pp. 8, 9 et 68.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Bibeau, Michel.\u00a0 1842.\u00a0 \u00c9tudes grammaticales. Dans L&#8217;Encyclop\u00e9die canadienne, Montr\u00e9al: Impr. John Lovell, vol. 1, no 3, p. 101-106.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> Pavie, Th\u00e9odore.\u00a0 1850.\u00a0 L&#8217;Am\u00e9rique anglaise en 1850. Revue des Deux Mondes, vol. 8, p. 965-1007.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> Marmier, Xavier. 1851.\u00a0 Lettres sur l&#8217;Am\u00e9rique. Paris: Plon. \u00c9dition de 1866, vol. 1, p. 95.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Amp\u00e8re, J.-J.\u00a0 1853.\u00a0 Promenade en Am\u00e9rique. II. La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France. Revue des Deux Mondes, vol. 17, p. 306.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Chauveau, Pierre-J.-O.\u00a0 1853.\u00a0 Charles Gh\u00e9rin, roman de moeurs canadiennes. Montr\u00e9al: Cherrier, note F, p. 357.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Rameau, E.\u00a0 1859.\u00a0 La France aux Colonies. \u00c9tudes sur le d\u00e9veloppement de la race fran\u00e7aise hors de l&#8217;Europe. Les Fran\u00e7ais en Am\u00e9rique. Acadie et Canada. Paris: A. Jouby, 2e partie, p. 208.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Cornwallis, K.\u00a0 1860.\u00a0 Royalty in the New World or The Prince of Wales in America. New York: Doolady, p. 4-5.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Dudevant Arnault, J.-F.-M.\u00a0 1862.\u00a0 Six mille lieues \u00e0 toute vapeur. Paris: L\u00e9vy, p. 327.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Duvergier de Hauranne, Ernest.\u00a0 1865.\u00a0 Huit mois en Am\u00e9rique. Lettres et notes de voyage&#8230; V. Qu\u00e9bec. La nationalit\u00e9 canadienne. Dans Revue des Deux Mondes, Paris, vol. 60, pp. 188-234.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Blain de Saint-Aubin, Emmanuel.\u00a0 1867.\u00a0 Pass\u00e9, pr\u00e9sent et avenir de la langue fran\u00e7ise au Canada. Lecture [sic] prononc\u00e9e \u00e0 l&#8217;Institut canadien-fran\u00e7ais d&#8217;Ottawa, le 11 janvier.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> D&#8217;Anglars.\u00a0 1870.\u00a0 Trait\u00e9 d&#8217;\u00e9locution indiquant les moyens d&#8217;obtenir une bonne \u00e9missionn de voix, de corriger tous les accents vicieux, tous les accents \u00e9trangers. Montr\u00e9al: La Minerve. [Note de G. Dulong, op. cit. p. 18]:\u00a0 D&#8217;Anglars, un fran\u00e7ais de France, \u00e9tait professeur de lecture \u00e0 l&#8217;\u00c9cole normale Jacques-Cartier, \u00e0 Montr\u00e9al. Il a \u00e9crit ce <em>Trait\u00e9<\/em> \u00e0 l&#8217;usage des Canadiens fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> Anonyme.\u00a0 1871.\u00a0 Les Canadiens fran\u00e7ais. Article non sign\u00e9 reproduit d&#8217;une revue anglaise (non nomm\u00e9e), dans L&#8217;Opinion publique, Montr\u00e9al, 5 oct., v. 2, no 4, p. 479.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> Sulte, Benjamin.\u00a0 1874.\u00a0 Le fran\u00e7ais au Canada. \u00a0Dans la Semaine agricole, Montr\u00e9al, 23 janvier.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Dunn, Oscar.\u00a0 1874.\u00a0 Notre patois. Dans L&#8217;Opinion publique, Montr\u00e9al, 15 jan., vol. 5, no 3, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> Anonyme.\u00a0 1874.\u00a0 Le patois canadien. Dans le Journal de l&#8217;Instruction publique, Qu\u00e9bec, jan., vol. 18, no 1, p. 8.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> Lamothe, H. de.\u00a0 1875.\u00a0 Voyage au Canada. Dans Le Tour du Monde, vol. 2, p. 107.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Gauldr\u00e9e-Boileau.\u00a0 1875.\u00a0 Paysan de Saint-Ir\u00e9n\u00e9e (Bas-Canada, Am\u00e9rique du Nord), d&#8217;apr\u00e8s les renseignements recueillis sur les lieux en 1861 et 1862. Dans la collection Les Ouvriers des deux mondes, \u00e9tudes publi\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 internationale des \u00e9tudes pratiques d&#8217;\u00e9conomie sociale. Paris, vol. 5, 1re partie, no 39, p. 103-104, note G.\u00a0 [Note de G. Dulong, op. cit. p. 22]: Saint-Ir\u00e9n\u00e9e est une paroisse situ\u00e9e dans le Comt\u00e9 de Charelvoix sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent. L&#8217;auteur de cette monographie \u00e9tait consul g\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 New-York.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> Gagnon, Ernest.\u00a0 1876.\u00a0 Lettres de voyage, reproduites du Courrier du Canada et augment\u00e9es de quelques notes. Qu\u00e9bec: P.-G. Delisle, p. 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> [Reformulation de G. Dulong, op. cit. p. 23]. Dunn, Oscar.\u00a0 1876.\u00a0 Dix ans de journalisme. Montr\u00e9al: Duvernay fr\u00e8res &amp; Dansereau, pp. 259-277.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> [Reformulation de G. Dulong, op. cit. p. 23]. Roy, James. 1877.\u00a0 The French language in Canada. Dans les Canadian Illustrated News, Montr\u00e9al, 26 oct., vol. 16, no 17, pp. 258 et suiv.\u00a0 [Commentaire de G. Dulong]: Article fouill\u00e9 et document\u00e9. Nombreux t\u00e9moignages. Coup d&#8217;oeil sur l&#8217;histoire de la langue fran\u00e7aise jusqu&#8217;au XVIe si\u00e8cle. Explication de certains changements qui se rencontrent dans la phon\u00e9tique canadienne. Nombreux exemples montrant la p\u00e9n\u00e9tration de l&#8217;anglais dans la langue. L&#8217;article du R\u00e9v. James Roy contient une riche collection de faits phon\u00e9tiques, de substituts lexicologiques, de locutions et de formes grammaticales<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> Sulte, Benjamin.\u00a0 1877.\u00a0 Notre langue. Dans la Revue de Montr\u00e9al, Montr\u00e9al, d\u00e9c., vol. 1, pp. 657-668.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> Anonyme.\u00a0 1877.\u00a0 Note sans titre ni signature, dans Le Monde, Paris, 6 ao\u00fbt.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> [Commentaires et reformulation de G. Dulong, op. cit. p. 25]\u00a0 Sulte, Benjamin.\u00a0 1878.\u00a0 La langue fran\u00e7aise au Canada. Conf\u00e9rence faite devant les members du Cercle Montcalm, \u00e0 Worcester, Massachussetts, \u00c9tats-Unis, le 8 juillet, et publi\u00e9e dans Le Travailleur, Worcester, juillet.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> Fary, Raoul.\u00a0 1879.\u00a0 Le Canada fran\u00e7ais et sa litt\u00e9rature. Dans la Revue de Montr\u00e9al, Montr\u00e9al, f\u00e9v., vol. 3, p. 106.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> Tardivel, J.-P.\u00a0 1880.\u00a0 L&#8217;Anglicisme, c&#8217;est l&#8217;ennemi! Causerie faite au cercle catholique de Qu\u00e9bec, le 17 d\u00e9cembre 1879. Qu\u00e9bec: imprimerie du Canadien, 28 p.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a> G\u00e9linas, A.\u00a0 1880.\u00a0 La langue fran\u00e7aise au Canada. Dans l&#8217;Opinion publique, Montr\u00e9al, 11 mars, vol. 11, no 11, p.121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a> Tardivel, J.-P.\u00a0 1881.\u00a0 La langue fran\u00e7aise au Canada. Dans La Revue canadienne, Montr\u00e9al, vol. 1 (nouvelle s\u00e9rie), vol. 17 (collection), pp. 259-267.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a> Michel, A.\u00a0 1882.\u00a0 L&#8217;accent fran\u00e7ais au Canada. Dans les Nouvelles Soir\u00e9es canadiennes, Montr\u00e9al, vol. 1, pp. 386-391.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a> Cr\u00e9mazie, Octave.\u00a0 1882.\u00a0 Oeuvres compl\u00e8tes. Montr\u00e9al: Beauchemin &amp; Valois, p. 40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a> Puymaigre, Th. de.\u00a0 1882.\u00a0 Compte rendu du Glossaire franco-canadien par Oscar Dunn, Dans le Polybiblion, Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a> Jean.\u00a0 1882.\u00a0 De l&#8217;\u00e9tude de la langue fran\u00e7aise. Dans l&#8217;Opinion publique, Montr\u00e9al, 13 juillet, vol. 13, no 28, p. 325.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a> [Reformulation de G. Dulong, op. cit. p. 35].\u00a0 R\u00e9veillaud, Eug\u00e8ne.\u00a0 1884.\u00a0 Histoire du Canada et des Canadiens fran\u00e7ais. Paris: Grassart.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\"><sup>[51]<\/sup><\/a> [Reformulation de G. Dulong, op. cit. p. 36-37].\u00a0 Gerbi\u00e9, Fr\u00e9d\u00e9ric.\u00a0 1884.\u00a0 Le Canada et l&#8217;\u00e9migration fran\u00e7aise. Qu\u00e9bec: Darveau, &amp; Paris: Challamel, pp. 130-132.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\"><sup>[52]<\/sup><\/a> Legendre, Napol\u00e9on.\u00a0 1884.\u00a0 La province de Qu\u00e9bec et la langue fran\u00e7aise. Dans les M\u00e9moires et Comptes rendus de la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada, vol. 2, sect. 1, pp. 15-24. Aussi, sous le titre: La langue fran\u00e7aise et la province de Qu\u00e9bec. Dans les Nouvelles Soir\u00e9es canadiennes, Montr\u00e9al, vol. 3, pp. 235-240, 272-283.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\"><sup>[53]<\/sup><\/a> Elliott, A.-M.\u00a0 1885.\u00a0 On a philological expedition to Canada. The John Hopkins University Circulars, Baltimore, MA, vol. 4, pp. 20-21.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\"><sup>[54]<\/sup><\/a> Clapin, Sylva.\u00a0 1885. \u00a0Le Canada. Paris: Plon, p. 83.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\"><sup>[55]<\/sup><\/a> Champion, PAul.\u00a0 1886.\u00a0 Le Cnada. Paris: Librairie de la Soci\u00e9t\u00e9 bibliographique, pp. 126-129.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\"><sup>[56]<\/sup><\/a> Demanche, Georges.\u00a0 1886.\u00a0 Au Canada et chez les Peaux-rouges. Dans la Revue fran\u00e7aise de l&#8217;\u00e9tranger et des colonies, Paris, f\u00e9v., vol. 3, no 14, pp. 97-117.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\"><sup>[57]<\/sup><\/a> Legendre, Napol\u00e9on.\u00a0 1887.\u00a0 La langue que nous parlons. Dans les M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada, vol. 5, sect 1, pp. 129-141.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\"><sup>[58]<\/sup><\/a> Cazes, Paul de. 1887.\u00a0 La langue que nous parlons. Dans les M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada, vol. 5, sect 1, pp. 121-128.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\"><sup>[59]<\/sup><\/a> Hulot, \u00c9tienne. 1888. De l&#8217;Atlantique au Pacifique \u00e0 travers le Canada et le nord des \u00c9tats-Unis. Paris: Plon-Nourrit &amp; cie, pp. 89-90, 111, 115.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\"><sup>[60]<\/sup><\/a> Buies, Arthur.\u00a0 1888.\u00a0 Anglicismes et canadianismes. Qu\u00e9bec: Darveau.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\"><sup>[61]<\/sup><\/a> G\u00e9rin, L\u00e9on.\u00a0 1889.\u00a0 Notre mouvement intelelctuel. Dans les M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada, vol. 7, sect. 1, p. 147-172.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\"><sup>[62]<\/sup><\/a> Elliott, A.-M.\u00a0 1889.\u00a0 Contribution to a History of the French Language in Canada. American Journal of Philology, Baltimore, vol. 10, pp. 133-158.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\"><sup>[63]<\/sup><\/a> Dans Legendre, Napol\u00e9on. 1889.\u00a0 La langue fran\u00e7aise au Canada. Qu\u00e9bec: Darveau, pp. 67-107.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\"><sup>[64]<\/sup><\/a> Bouthillier-Chavigny, Vicomte de.\u00a0 1890.\u00a0 Justice aux Canadiens fran\u00e7ais &#8211; A M. le Baron de Coubertin. Montr\u00e9al: Cadieux &amp; Derome, pp. 88-90.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\"><sup>[65]<\/sup><\/a> Gagnon, Ernest.\u00a0 1892.\u00a0 Notre langage. Dans La Kermesse, Qu\u00e9bec, 30 sept., no 2, pp. 21-24.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\"><sup>[66]<\/sup><\/a> Filiatre, J.-J.\u00a0 1892. Notre langue. Dans \u00c0 la M\u00e9moire de Alphonse Lusignan &#8211; Hommage de ses amis et de ses confr\u00e8res, Montr\u00e9al: Desaulniers &amp; Leblanc, pp. 31-35.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\"><sup>[67]<\/sup><\/a> Nevers, Edmond de.\u00a0 1893.\u00a0 L&#8217;avenir du peuple canadien-fran\u00e7ais. Paris: Henri Jouve, pp. 130-145.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\"><sup>[68]<\/sup><\/a> Gourmont, remy de.\u00a0 1893. Les Canadiens de France. Paris: Firmin Didot &amp; cie. (Chap. XIII, pp. 177-189: La langue fran\u00e7aise au Canada.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\"><sup>[69]<\/sup><\/a> Taurines, Gailly de.\u00a0 1894.\u00a0 La nation canadienne. Paris: Plon-Nourrit &amp; cie. (Chap. XXII, pp. 236-254: La langue fran\u00e7aise au Canada).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\"><sup>[70]<\/sup><\/a> Rinfret, Raoul.\u00a0 1896.\u00a0 Dictionnaire de nos fautes contre la langue fran\u00e7aise. Montr\u00e9al: Beauchemin &amp; Fils.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\"><sup>[71]<\/sup><\/a> O&#8217;Hagan, Thomas.\u00a0 1901.\u00a0 Canadian essays, critical and historical. Toronto: Briggs, pp. 107 et 111.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\"><sup>[72]<\/sup><\/a> Paris, Firmin.\u00a0 1902.\u00a0 La langue que nous parlons. Semaine religieuse de Qu\u00e9bec, 6 f\u00e9v., no 25, pp. 390-393.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\"><sup>[73]<\/sup><\/a> Fabre-Surveyer, \u00c9douard.\u00a0 1903.\u00a0 Une vieille question. Dans Revue canadienne, vol. 43, pp. 91-96. Cette id\u00e9e abominable a souvent \u00e9t\u00e9 reprise par la suite, par exemple par Ad\u00e9lard Desjardins (1937), Bilinguisme ou unilinguisme anglais, Dans Les id\u00e9es, vol. 5 no 4, pp. 229-246, o\u00f9 il sugg\u00e8re que tous les francophones du Canada devraient passer \u00e0 l&#8217;anglais.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\"><sup>[74]<\/sup><\/a> Lortie, S.-A. &amp; Adjutor Rivard. 1903.\u00a0 L&#8217;origine et le parler des Canadiens fran\u00e7ais. Paris: Champion.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\"><sup>[75]<\/sup><\/a> Roy, J.-Edmond.\u00a0 1904.\u00a0 Histoire de la Seigneurie de Lauzon. L\u00e9vis: chez l&#8217;auteur, pp. 197-200.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\"><sup>[76]<\/sup><\/a> Vignot, l&#8217;Abb\u00e9. 1905.\u00a0 Mission de la langue fran\u00e7aise au Canada. La Patrie, Montr\u00e9al, 28-29 avril.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\"><sup>[77]<\/sup><\/a> Routhier, A.-B.\u00a0 1905.\u00a0 Conf\u00e9rences et discours. Deuxi\u00e8me s\u00e9rie. Montr\u00e9al: Beauchemin.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\"><sup>[78]<\/sup><\/a> Formose, Rosario de. 1905. Le v\u00e9ritable accent fran\u00e7ais. dans le journal de fran\u00e7oise, Montr\u00e9al, 21 janvier, no 29, p. 615.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\"><sup>[79]<\/sup><\/a>\u00a0 Fournier, Jules.\u00a0 1922.\u00a0 La langue fran\u00e7aise au Canada. Dans son livre <em>Mon encrier<\/em>. Montr\u00e9al: Granger Fr\u00e8res, vol. 2, pp. 162-209.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\"><sup>[80]<\/sup><\/a>\u00a0 Barbeau, Victor.\u00a0 1947.\u00a0 Notre langue paysanne. Liaison, vol.1, pp. 549-555.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\"><sup>[81]<\/sup><\/a> Daviault, Pierre.\u00a0 1951.\u00a0 Langue et culture. Dans Nouvelle revue canadienne, vol. 1, pp. 3-14.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\"><sup>[82]<\/sup><\/a> <em>Joual<\/em> est la transformation phon\u00e9tique naturelle du mot &#8216;cheval&#8217;, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 historiquement du mot latin <em>caballus<\/em> sous l&#8217;influence du gaulois fin XIe si\u00e8cle. A-t-on d\u00e9j\u00e0 voulu pour cette raison ou par d\u00e9rision qualifi\u00e9 le fran\u00e7ais ancien de <em>cheval<\/em>? Ridicule!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\"><sup>[83]<\/sup><\/a> Desbiens, Jean-Paul.\u00a0 1961.\u00a0 Les insolences du fr\u00e8re Untel. Montr\u00e9al: Les \u00c9ditions de l&#8217;Homme. Les extraits cit\u00e9s se trouvent aux pages 24-25. C&#8217;est tout l&#8217;ouvrage qu&#8217;il faudrait citer, tant il est vitup\u00e9rateur!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\"><sup>[84]<\/sup><\/a> Plus exactement un Conseil de la langue fran\u00e7aise, un Office de la langue fran\u00e7aise, une Commission de surveillance, une Comission de toponymie, et de nombreuses Commissions de terminologie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\"><sup>[85]<\/sup><\/a> Domont, \u00e0 Saint-\u00c9lie d&#8217;Orford, a fait l&#8217;inverse!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\"><sup>[86]<\/sup><\/a> Pour <em>hamburger<\/em> et <em>root beer<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\"><sup>[87]<\/sup><\/a> Ce que les linguistes appellent dans leur jargon: phonologie, morphologie et syntaxe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\"><sup>[88]<\/sup><\/a> Comprenons-nous bien: <em>joual<\/em> est un terme p\u00e9joratif, d\u00e9pr\u00e9ciatif, ce qui n&#8217;est pas le cas de <em>cr\u00e9ole<\/em>, terme r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 un groupe de langues qui ont \u00e9merg\u00e9 dans des conditions socio-historiques bien particuli\u00e8res, et auquel il faudra prendre la peine de consacrer un autre ouvrage, afin de d\u00e9chouquer l\u00e0 aussi jugements, st\u00e9r\u00e9otypes et pr\u00e9jug\u00e9s. En attendant, le lecteur est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 un autre texte du pr\u00e9sent auteur, <em>Cr\u00e9ole, une mystification<\/em>, qu&#8217;on peut lire \u00e0 http:\/\/creole.ling.su.se\/creole\/Archive\/Fournier-1.html<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\"><sup>[89]<\/sup><\/a> Wittmann, Henri.\u00a0 197?.\u00a0 Le joual c&#8217;est-tu un cr\u00e9ole? La Linguistique vol. 9, no 2, pages 83-93.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\"><sup>[90]<\/sup><\/a> Tardivel, J.-P.\u00a0 1880.\u00a0 L&#8217;Anglicisme, voil\u00e0 l&#8217;ennemi! Qu\u00e9bec: Imprimerie du <em>Canadien<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\"><sup>[91]<\/sup><\/a> Blanchard, \u00c9tienne.\u00a0 1912.\u00a0 En garde! Montr\u00e9al: Bilaudeau.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\"><sup>[92]<\/sup><\/a> Dulong, Gaston.\u00a0 1966, p. 82, op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\"><sup>[93]<\/sup><\/a> Glossaire du parler fran\u00e7ais au Canada. Qu\u00e9bec. Ouvrage jamais d\u00e9pass\u00e9, r\u00e9sultat du travail d&#8217;investigatiion des 28 premi\u00e8res ann\u00e9es de la SPFC. Le contenu de ce glossaire a d&#8217;abord paru dans le <em>Bulletin du parler fran\u00e7ais<\/em>, puis dans le <em>Canada fran\u00e7ais<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\"><sup>[94]<\/sup><\/a> La premi\u00e8re s\u00e9rie (1930-1937) comprend 51 feuillets; la deuxi\u00e8me (1937-1945), 85.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\"><sup>[95]<\/sup><\/a> Qu\u00e9bec: Darveau. Travail d&#8217;\u00e9puration (commenc\u00e9 en 1884 dans <em>La Patrie<\/em>, de Montr\u00e9al) comprenant 366 articles o\u00f9 sont corrig\u00e9es au del\u00e0 de 500 fautes relev\u00e9es surtout dans les journaux fran\u00e7ais du Canada. (Dulong 1966, p. 43, op cit.)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\"><sup>[96]<\/sup><\/a> op cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\"><sup>[97]<\/sup><\/a> Mich\u00e8le Lalonde.\u00a0 1974.\u00a0 Speak White, Montr\u00e9al: l&#8217;Hexagone.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\"><sup>[98]<\/sup><\/a> Lalonde, Mich\u00e8le.\u00a0 1979.\u00a0 D\u00e9fense et illustration de la langue qu\u00e9b\u00e9coise suivie de prose et po\u00e8mes. Paris: Segheers, Laffont. <em>Speak White<\/em> se trouve \u00e9galement dans cette \u00e9dition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ais d&#8217;Icitte. 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