{"id":267,"date":"2017-11-18T07:38:54","date_gmt":"2017-11-18T12:38:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?page_id=267"},"modified":"2018-01-01T22:03:14","modified_gmt":"2018-01-02T03:03:14","slug":"chapitre-un-aux-origines-de-la-communication-humaine-du-gestuel-au-gestuel","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-un-aux-origines-de-la-communication-humaine-du-gestuel-au-gestuel\/","title":{"rendered":"Chapitre un: Aux origines de la communication humaine"},"content":{"rendered":"<p><strong>Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Chapitre un<\/strong><br \/>\n<strong> Aux origines de la communication humaine: du gestuel au gestuel<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>The Clan of the Cave Bear\u00a0<\/em>(1980), le premier tome de son imposante saga\u00a0<em>Earth&#8217;s Children<\/em>, Jean M. Auel sugg\u00e8re que les hommes et femmes des cavernes de la branche des\u00a0<em>Neandertals<\/em>\u00a0communiquaient au moyen de gestes et d&#8217;expressions faciales, parfois ponctu\u00e9s par des articulations vocales (s&#8217;apparentant plut\u00f4t \u00e0 des grognements, pr\u00e9cise-t-elle), qui permettaient de subtiles variations de signifi\u00e9s. \u00c0 l&#8217;inverse, son h\u00e9ro\u00efne, Ayla, repr\u00e9sentante de la branche\u00a0<em>homo sapiens sapiens<\/em>\u00a0du Cro-Magnon, au moment o\u00f9 elle est recueillie par les hommes et les femmes du Clan de l&#8217;ours des cavernes, s&#8217;exprimait au moyen d&#8217;articulateurs vocaux, d&#8217;o\u00f9 son incapacit\u00e9 \u00e0 communiquer avec ses sauveteurs, aussi longtemps qu&#8217;elle n&#8217;eut pas acquise elle-m\u00eame ce langage gestuel. Cela se passait il y a environ 35 000 ans \u00e0 la fin de la derni\u00e8re p\u00e9riode glaci\u00e8re dans l&#8217;Europe pr\u00e9historique. Dans les deux cas, il est postul\u00e9 que l&#8217;un et l&#8217;autre groupe,\u00a0<em>Neandertals\u00a0<\/em>et\u00a0<em>homo sapiens sapiens<\/em>, poss\u00e9daient la facult\u00e9 de langage, le premier sign\u00e9 non-vocalement, le second sign\u00e9 vocalement.<\/p>\n<p>Fiction? Oui, sans doute! Cependant, on ne pourra reprocher \u00e0 Jean M. Auel son manque d&#8217;imagination, peut-\u00eatre pas si loin de la r\u00e9alit\u00e9 historique apr\u00e8s tout. Ironiquement, ce genre de\u00a0<em>fiction<\/em>\u00a0se retrouve courammment dans de nombreuses publications acad\u00e9miques\u00a0<em>s\u00e9rieuses<\/em>.<\/p>\n<p>Cette fiction est assez conforme \u00e0 ce qu&#8217;on peut encore observer, disons aujourd&#8217;hui, 35 000 ans plus tard. Quoi que cela ne rel\u00e8ve plus de l&#8217;\u00e9volution biologique d&#8217;une esp\u00e8ce particuli\u00e8re, mais serait plut\u00f4t attribuable \u00e0 une carence physiologique, une fraction non n\u00e9gligeable de l&#8217;esp\u00e8ce humaine, accidentellement et statistiquement distribu\u00e9e sur la surface du globe, s&#8217;exprime naturellement et avec grande aisance et efficacit\u00e9 au moyen d&#8217;un langage sign\u00e9 non-vocalement, les principaux articulateurs \u00e9tant les mains et les expressions faciales, ponctu\u00e9 \u00e9galement d&#8217;articulations vocales (il ne saurait s&#8217;agir de grognements cette fois cependant), permettant de subtiles variations de signifi\u00e9s. On aurait tort de penser que les Sourds sont muets! \u00c0 l&#8217;oppos\u00e9, la tr\u00e8s vaste majorit\u00e9 des Humains a recours pour communiquer \u00e0 des articulateurs vocaux, ce qu&#8217;on a pris l&#8217;habitude de d\u00e9signer par la\u00a0<em>parole<\/em>, un langage sign\u00e9 vocalement donc. \u00c0 cette expression vocale viennent se greffer variablement une multitude de mouvements corporels: gesticulation des mains, expressions faciales, qui \u00e0 leur tour premettent de rendre de subtiles variations de sens. Les Entendants ne sont pas manchots!<\/p>\n<p>Or, ce que l&#8217;on observe, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;existe pas d&#8217;articulateurs sp\u00e9cifiques \u00e0 un mode d&#8217;expression ou l&#8217;autre. Seulement une question de degr\u00e9: les Sourds font un grand usage des articulateurs non vocaux, et dans une faible mesure des articulateurs vocaux; les Entendants font un fort usage des articulateurs vocaux, et dans une moindre mesure d&#8217;articulateurs non vocaux; et cela, les uns et les autres selon une tr\u00e8s grande variabilit\u00e9. Pour des raisons toutes \u00e9videntes, les entendants ont davantge recours aux gestes que les non-entendants \u00e0 la parole. Les deux\u00a0<em>esp\u00e8ces<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><em><strong>[1]<\/strong><\/em><\/a>communiquent par cons\u00e9quent au moyen des m\u00eames articulateurs selon un dosage qui leur est propre, ceci \u00e9tant l&#8217;unique caract\u00e8re pouvant les distinguer nettement. Cela n&#8217;exclut pas que dans certaines circonstances, des entendants n&#8217;auront d&#8217;autre choix que de n&#8217;utiliser que des gestes pour communiquer, quand le silence est impos\u00e9, dans une c\u00e9r\u00e9monie religieuse par exemple. Les gestes manuels sont silencieux, alors que la parole est bruyante, c&#8217;est son grand d\u00e9savantage. D&#8217;autre part, les langues sign\u00e9es des sourds nous montrent qu&#8217;un langage grammatical et articul\u00e9 peut \u00eatre conduit enti\u00e8rement au moyen de gestes et d&#8217;expressions faciales, en l&#8217;absence de toute \u00e9mission vocale. Certains locuteurs sont tr\u00e8s expressifs gestuellement, d&#8217;autres beaucoup moins. Certains signeurs verbalisent beaucoup, d&#8217;autres moins ou rarement. Cette variation individuelle montre que les deux modalit\u00e9s sont en tout temps disponibles; y avoir recours permet d&#8217;augmenter l&#8217;expressivit\u00e9, ne pas y avoir recours ne constitue pas un handicap. Dans cetains cas, les gestes s&#8217;imposent: il peut parfois \u00eatre ardu d&#8217;expliquer la composition m\u00e9canique d&#8217;une structure par le simple recours \u00e0 la voix. Dans d&#8217;autres cas, la voix s&#8217;impose: quand il faut avertir d&#8217;urgence d&#8217;un danger imminent \u00e0 un interlocuteur qui nous fait dos.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Un autre caract\u00e8re rend unique toutes les\u00a0<em>esp\u00e8ces<\/em>\u00a0humaines vivant actuellement sur la Plan\u00e8te, c&#8217;est le fait de poss\u00e9der un cerveau identique rendant possible la facult\u00e9 de langage au moyen des diff\u00e9rents types d&#8217;articulateurs mis \u00e0 disposition, et de dispositifs tels les neurones miroirs, \u00e9l\u00e9ment moteur de la perception gestuelle, et une th\u00e9orie de l&#8217;esprit, en principe, partag\u00e9s par tous.<\/p>\n<p>Au plan \u00e9volutif, il est difficile, voire impossible, de d\u00e9terminer ce qui est \u00e0 l&#8217;origine du langage humain, non pas les diff\u00e9rents d\u00e9terminismes qu&#8217;on peut facilement imaginer, ne serait-ce qu&#8217;un besoin primitif de simplement communiquer au sens large. Mais ce qui est premier: le geste ou la parole? Suivi l&#8217;un ou l&#8217;autre comme appui ou de concert l&#8217;un avec l&#8217;autre? On entend fr\u00e9quemment l&#8217;expression \u00aballier le geste \u00e0 la parole\u00bb, sous-entendant que le geste est secondaire mais n\u00e9anmoins essentiel \u00e0 l&#8217;appui du discours; ce pourrait \u00eatre l&#8217;inverse! Cette expression courante ne fait que confirmer la compl\u00e9mentarit\u00e9 des deux modes d&#8217;expression, mais ne saurait \u00eatre prise pour la confirmation d&#8217;une hypoth\u00e8se sur l&#8217;origine du langage humain. McNeil (1985<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>; voir aussi McNeil, 2012<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>) a sugg\u00e9r\u00e9 sur la base de l&#8217;existence d&#8217;un parall\u00e8le temporel, s\u00e9mantique, pragmatique, pathologique et d\u00e9veloppemental \u00e9troit entre la parole et les gestes r\u00e9f\u00e9rentiels et discursifs, et sur l&#8217;observation que les gestes que nous utilisons quand nous parlons sont en fait pr\u00e9cis\u00e9ment synchronis\u00e9s avec la parole, que la parole et les gestes font partie de la m\u00eame structure psychologique et partagent un m\u00eame syst\u00e8me computationnel. Dans leur r\u00e9plique \u00e0 McNeil, Butterworth &amp; Hadar (1989)<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>montrent par ailleurs que les gestes illustratifs pr\u00e9c\u00e8dent g\u00e9n\u00e9ralement le syntagme auquel ils r\u00e9f\u00e8rent, mais ne le suivent jamais, et que gesticuler facilite la d\u00e9couverte du mot cherch\u00e9. Il ne fait pas de doute que cette proximit\u00e9 syst\u00e9mique entre les gestes, et la parole vue comme gestuelle sp\u00e9cifique, sugg\u00e8re que la gestualit\u00e9 est plus fermement \u00e9tablie dans le syst\u00e8me de la communication, peut-\u00eatre parce qu&#8217;elle remonte plus profond\u00e9ment dans le pass\u00e9 \u00e9volutif de l&#8217;humanit\u00e9. Je reviendrai sur cette id\u00e9e plus loin.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Sur la question des relations exactes entre les gestes et la parole, les sp\u00e9culations les plus farfelues et les plus fantaisistes ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es. Aucune n&#8217;a jamais totalement satisfait le monde scientifique. Aucune, sauf l&#8217;observation triviale suivante:\u00a0<em>il n&#8217;existe pas d&#8217;organes sp\u00e9cifiques \u00e0 la parole<\/em>, tout comme les yeux sont faits pour voir, les oreilles pour entendre, le nez pour sentir, etc. La parole ne fait pas partie des sens. Une contrainte tr\u00e8s forte toutefois est impos\u00e9e sur la s\u00e9lection des organes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la communication humaine: ils doivent poss\u00e9der une tr\u00e8s grande flexibilit\u00e9 articulatoire. Les articulateurs vocaux, les articulateurs manuels et les articulateurs faciaux r\u00e9pondent \u00e0 cette condition.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les questions li\u00e9es \u00e0 l&#8217;origine du langage humain sont simples et bien connues: o\u00f9 le langage a-t-il commenc\u00e9? quand? comment? pourquoi? Il est aujourd&#8217;hui \u00e9vident que les r\u00e9ponses satisfaisantes \u00e0 ces questions triviales ne pourront \u00eatre obtenues qu&#8217;\u00e0 partir d&#8217;un croisement de travaux provenant de disciplines diverses: g\u00e9n\u00e9ticiens, neurobiologistes, arch\u00e9ologues, linguistes, philosophes, ethnologues et m\u00eame psychanalystes, doivent allier leurs points de vue. L&#8217;approche pluridisciplinaire pourrait situer l&#8217;\u00e9mergence du langage dans un contexte \u00e9cologique global, ce qui nous devrait nous permettre de mieux comprendre comment les langues ont pu se d\u00e9velopper et se propager<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Au plan \u00e9volutif, encore une fois, s&#8217;il n&#8217;est pas possible de d\u00e9terminer ce qui est \u00e0 l&#8217;origine du langage humain, il est n\u00e9anmoins beaucoup plus facile de sp\u00e9culer sur son futur, fort de ce que son pass\u00e9 incertain nous permet d&#8217;appr\u00e9hender.<\/p>\n<p>Dans cet essai, il est propos\u00e9 que l&#8217;Humanit\u00e9 se trouve encore \u00e0 l&#8217;<em>\u00c2ge de la pierre<\/em>\u00a0de la communication, que le langage sign\u00e9, soit vocalement ou non-vocalement, est extr\u00eamement primitif, que les articulateurs vocaux et non vocaux auxquels L&#8217;Humanit\u00e9 a recours pour communiquer depuis au moins 35 000 ans ne sont qu&#8217;un\u00a0<em>faute de mieux<\/em>, un\u00a0<em>pis aller<\/em>, et enfin que ces articulateurs physiologiques devraient bient\u00f4t laisser la place \u00e0 de plus puissants et mieux adapt\u00e9s au niveau c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9pathie, comme on a pris l&#8217;habitude d&#8217;appeler cette facult\u00e9 de communiquer \u00e0 distance sans l&#8217;aide d&#8217;articulateurs extra-c\u00e9r\u00e9braux, risque bien prochainement de comp\u00e9titionner avec les autres modes de communication traditionnels tels qu&#8217;on on les conna\u00eet maintenant, comme ce fut le cas sp\u00e9cul\u00e9 il y a 35 000 ans au moment o\u00f9 le langage sign\u00e9 vocalement a d\u00e9class\u00e9 le langage sign\u00e9 non-vocalement comme mode le plus productif et le plus r\u00e9pandu. On en voit d\u00e9j\u00e0 les premiers signes, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas possible de pr\u00e9dire si la supr\u00e9matie du mode t\u00e9l\u00e9pathique adviendra avant les 35 000 prochaines ann\u00e9es. C&#8217;est de cela dont il sera question au chapitre cinq et en finale de cet ouvrage.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>La communication<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Communiquer, c&#8217;est en quelque sorte\u00a0<em>t\u00e9l\u00e9porter<\/em>\u00a0une information d&#8217;un cerveau \u00e0 un autre. Ce terme veut bien dire ce qu&#8217;il signifie: \u00abTransporter (qqn, qqch.) d&#8217;un lieu \u00e0 un autre sans parcours physique (dans les r\u00e9cits de science-fiction)\u00bb (Dixel). Dans la communciation humaine ordinaire, cette transmission peut s&#8217;op\u00e9rer de diverses mani\u00e8res et prendre diff\u00e9rentes formes: distale\/proximale; directe\/indirecte; instantan\u00e9e\/diff\u00e9r\u00e9e; sonore\/visuelle; etc. Quelle que soit la situation, dans tous les cas, la transmission de l&#8217;information, sa t\u00e9l\u00e9portation dans l&#8217;\u00e9tat actuel des choses, implique un ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments physiques, commun\u00e9ment appel\u00e9s\u00a0<em>medium<\/em>; par exemple, en communication \u00e9crite, un support (papier ou \u00e9cran d&#8217;ordinateur); diff\u00e9rents objets (crayon, plume, stylo, clavier); et un\u00a0<em>canal<\/em>\u00a0(la poste, le courrier \u00e9lectronique, ou la distribution de main \u00e0 main). En langage sign\u00e9, en LSQ ou en ASL<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0par exemple, d&#8217;autres modalit\u00e9s sont en jeu: les mains, les postures corporelles, les expressions faciales; dans ce cas, le canal est visuel.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que le passage d&#8217;une information d&#8217;<em>un cerveau \u00e0 un autre<\/em>, cette habilet\u00e9 que nous avons \u00e0 nous projeter dans le cerveau d&#8217;autrui, implique diverses formes de manipulation, la simple transmissson d&#8217;une\u00a0<em>id\u00e9e<\/em>\u00a0ou d&#8217;un concept forg\u00e9s dans l&#8217;esprit d&#8217;un individu \u00e0 sa r\u00e9ception dans le cerveau d&#8217;un autre individu n\u00e9cessitant plusieurs processus d&#8217;encodage et de d\u00e9codage. En communication verbale, en particulier, une id\u00e9e ou un concept \u00e9labor\u00e9(e) dans le cerveau d&#8217;un locuteur est t\u00e9l\u00e9port\u00e9(e) sous forme d&#8217;ondes sonores par un canal physique, qui peut \u00eatre l&#8217;air (ondes acoustiques) ou un fil (ondes \u00e9lectriques) au moyen de l&#8217;appareil phonatoire, qui met en jeu diff\u00e9rents articulateurs, certains mobiles (cordes vocales, luette, langue, l\u00e8vres), d&#8217;autres fixes (voile du palais, dents, etc. ), et qui est charg\u00e9 de relayer l&#8217;information jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;oreille du destinataire, qui \u00e0 son tour r\u00e9interpr\u00e8te conceptuellement la trame sonore ainsi transmise. Ce mod\u00e8le de communication nous est familier depuis plus d&#8217;un demi si\u00e8cle (Weaver &amp; Shannon, 1963)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0; il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 sous diverses formes, puis d\u00e9velopp\u00e9 et popularis\u00e9 en linguistique en particulier par Roman Jakobson de l&#8217;\u00c9cole de Prague, qui en a \u00e9labor\u00e9 les fonctions<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pinker (1994), dans sa discussion sur la perception auditive<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, conclut: \u00abIl en r\u00e9sulte que la parole est de loin la mani\u00e8re la plus rapide d&#8217;envoyer des informations dans la t\u00eate par le canal de l&#8217;oreille.\u00bb Et un peu plus t\u00f4t, il affirmait: \u00abUtiliser le canal de la bouche \u00e0 l&#8217;oreille pour la communication comporte des avantages imm\u00e9diats, et nous ne trouvons aucune communaut\u00e9 d&#8217;entendants qui ait opt\u00e9 pour la langue des signes, m\u00eame si elle est tout aussi expressive que le langage verbal\u00bb. Certes, il a raison,\u00a0<em>faute de mieux<\/em>, dans l&#8217;\u00e9tat actuel des syst\u00e8mes de communication humains. Pour ce qui est des avantages de la communication verbale sur la communication non verbale sign\u00e9e, ils ne sont pas computationnels mais bien situationnels. Les entendants n&#8217;ont pas besoin d&#8217;un bon \u00e9clairage pour communiquer et leurs mains ne sont pas monopolis\u00e9es. Les non-entendants ne peuvent communiquer en pleine noirceur, bien entendu. Dans un 5@7 cependant, o\u00f9 tous les convives discutent bruyamment 2 \u00e0 2, l&#8217;avantage revient aux non-entendants qui peuvent signer \u00e0 grande distance dans la salle sans \u00eatre g\u00ean\u00e9s par leurs confr\u00e8res entendants. Je le r\u00e9p\u00e8te: les non-entendants sont sourds, ils ne sont pas muets, contrairement \u00e0 ce qu&#8217;a longtemps laiss\u00e9 croire l&#8217;expression erronn\u00e9e\u00a0<em>sourd-muet<\/em>. Et les entendants ne sont pas des manchots sans visage.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, la distinction entre une langue parl\u00e9e et une langue sign\u00e9e r\u00e9side au niveau de la modalit\u00e9 visuelle-manuelle en tant que canal naturel de r\u00e9ception et de production des symboles<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0. Cette diff\u00e9rence, qui n&#8217;est pas absolument fondamentale au plan linguistique abstrait, pourrait \u00eatre qualifi\u00e9e de quantitative plut\u00f4t que qualitative. En effet, les langues sign\u00e9es privil\u00e9gient le canal visuel-manuel plut\u00f4t que le canal audio-vocal. Elles font appel \u00e0 un plus haut degr\u00e9 aux gestes que les langues parl\u00e9es et \u00e0 un plus faible degr\u00e9 aux \u00e9missions vocales. Les langues orales privil\u00e9gient le canal audio-vocal et recourent \u00e0 un degr\u00e9 tr\u00e8s variable \u00e0 l&#8217;expression gestuelle. Ce qui signifie, en fait, que les langues sign\u00e9es ne diff\u00e8rent des langues orales que par leur composante phonologique qui a la propri\u00e9t\u00e9 de ne pas r\u00e9aliser acoustiquement l&#8217;ensemble de ses \u00e9nonc\u00e9s. Mais il pourrait s&#8217;agir \u00e9galement d&#8217;une propri\u00e9t\u00e9 qui a davantage \u00e0 voir avec des contraintes physiologiques (la surdit\u00e9) et expressives de l&#8217;\u00eatre humain dans des conditions particuli\u00e8res de communication plut\u00f4t qu&#8217;une caract\u00e9ristique propre des langues sign\u00e9es.<\/p>\n<p>Les langues sign\u00e9es nous enseignent \u00e9galement autre chose: la fronti\u00e8re entre l&#8217;expression des \u00e9motions, des id\u00e9es, de l&#8217;esprit et de l&#8217;\u00eatre tout entier est mince et \u00e0 toutes fins pratiques inexistante. L&#8217;expression de soi passe par l&#8217;expression du corps; le langage appartient au corps et ressort de la totalit\u00e9 de l&#8217;individu; la psychanalyse n&#8217;a cess\u00e9 de l&#8217;\u00e9tablir (Anzieu, 1977<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>). Le langage appartient au corps biologique, social, historique et culturel; l&#8217;oublier, &#8220;ce serait oublier des aspects importants du langage, qui d\u00e9bordent la logique, et la th\u00e9orie du signe&#8221; (Meschonnic 1985:20<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>). Enfin, le langage n&#8217;est pas, comme la linguistique a longtemps voulu le laisser croire, r\u00e9duisible \u00e0 un locataire d&#8217;organes situ\u00e9s entre les poumons et le bout des l\u00e8vres, branch\u00e9s d&#8217;une quelconque fa\u00e7on au cerveau: &#8220;le langage sous ses diff\u00e9rentes formes a toujours \u00e9t\u00e9 un locataire d&#8217;instruments non sp\u00e9cifiques&#8221; (Cosnier 1982:299<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>). Voil\u00e0 pourquoi seule une th\u00e9orie globale et unifi\u00e9e des comportements humains peut nous fournir la r\u00e9ponse \u00e0 la question complexe de l&#8217;origine, de l&#8217;existence, du maintien de la communication et des rapports entre les humains<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>Les langues cr\u00e9oles nous ont d\u00e9montr\u00e9 la grande force d&#8217;adaptation de l&#8217;esprit humain dans des conditions qu&#8217;on ne peut qualifier que d&#8217;extr\u00eamement s\u00e9v\u00e8res (Bickerton 1984<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>). Les langues sign\u00e9es, \u00e0 leur tour, par un retour noblement ironique des choses, nous font voir la tr\u00e8s grande flexibilit\u00e9 et richesse de l&#8217;esprit humain et nous obligent \u00e0 red\u00e9finir ce qu&#8217;on croyait d\u00e9j\u00e0 conna\u00eetre. Le deuil des certitudes!<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Or, nous pouvons faire l&#8217;\u00e9conomie de tous ces processus si nous envisageons la communication de cerveau \u00e0 cerveau, sans quincaillerie interm\u00e9diaire comme d\u00e9crite pr\u00e9c\u00e9demment, i.e. t\u00e9l\u00e9port\u00e9e directement. Dans ce cas, il nous faudra envisager d&#8217;autres formes d&#8217;articulateurs, c\u00e9r\u00e9braux ceux-l\u00e0, que les \u00e9tudes sur le cerveau et l&#8217;esprit ne nous ont pas encore permis d&#8217;identifier pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>L&#8217;origine du langage<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>S&#8217;il est un sujet qui fut tabou en linguistique pendant un moment, c&#8217;est bien celui de l&#8217;origine du langage humain. Ce tabou peut sembler extr\u00eamement paradoxal puisqu&#8217;il visait l&#8217;apparition m\u00eame de l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tude de la linguistique.<\/p>\n<p>Dans un souci d&#8217;\u00e9viter les luttes st\u00e9riles et l&#8217;\u00e9laboration de th\u00e8ses farfelues sur l&#8217;origine du langage comme le Mythe de Babel ou autre mythe grec (Herm\u00e8s,\u00a0qui donna le don de parole \u00e0 Pandore), la Soci\u00e9t\u00e9 de linguistique de Paris d\u00e9cr\u00e8te dans les deux premiers articles de ses statuts de 1866 ce qui suit<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Article premier. &#8211; La Soci\u00e9t\u00e9 de Linguistique a pour but l&#8217;\u00e9tude des langues, celle des l\u00e9gendes, traditions, coutumes, documents, pouvant \u00e9clairer la science ethnographique. Tout autre objet d&#8217;\u00e9tudes est rigoureusement interdit.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>ART. 2. &#8211; La Soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;admet aucune communication concernant, soit l&#8217;origine du langage, soit la cr\u00e9ation d&#8217;une langue universelle.<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Cette interdiction, qui ne sera lev\u00e9e qu&#8217;\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, n&#8217;a pas emp\u00each\u00e9 biologistes, \u00e9volutionnistes, g\u00e9n\u00e9ticiens, anthropologues, pal\u00e9ontologues et autres naturalistes de prendre le relais. La question de l&#8217;origine du langage pourrait bien \u00eatre apr\u00e8s tout une affaire qui d\u00e9borde largement le champ de la linguistique historique, dont l&#8217;objet premier a d&#8217;ailleurs \u00e9t\u00e9 davantage la classification des langues en familles que la qu\u00eate de leurs origines. Malgr\u00e9 cela, nul ne pourrait dire avec pr\u00e9cision encore aujourd&#8217;hui \u00e0 quand remonte l&#8217;usage de la parole chez l&#8217;<em>homo<\/em>; on en aurait conserv\u00e9 aucune trace. R\u00e9sultat: beaucoup de sp\u00e9culations approximatives autant sur l&#8217;origine que sur la date que sur la forme. Partisans de la monogen\u00e8se et partisans de la polygen\u00e8se ne s&#8217;entendent pas, sauf peut-\u00eatre sur un point: cela pourrait remonter \u00e0 environ 80 000 ans. Certains, en particulier Ruhlen Meritt<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>,ont \u00e9mis l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une\u00a0<em>proto-langue<\/em>\u00a0m\u00e8re unique commune \u00e0 toutes les super-familles de langues remontant \u00e0 environ -50 000 ans, en se fondant sur des recherches en arch\u00e9ologie et en g\u00e9n\u00e9tique des populations. Une tentative plus r\u00e9cente dans le m\u00eame sens, fond\u00e9e sur l&#8217;apparition des\u00a0<em>pidgins<\/em>\u00a0et de niches \u00e9cologiques, mais assez mal formul\u00e9e dans un style blageur parfois irr\u00e9v\u00e9rencieux, est celle de Derek Bickerton (2009)\u00a0<em>Adam&#8217;s Tongue<\/em><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut facilement imaginer que les langues existaient bien avant ces dates et qu&#8217;une\u00a0<em>aptitude<\/em>\u00a0au langage se soit inscrite dans le code g\u00e9n\u00e9tique de l&#8217;<em>homo habilis<\/em>, le fameux g\u00e8ne FOXP2 &#8211; il y a plusieurs centaines de milliers d&#8217;ann\u00e9es &#8211; on avance commun\u00e9ment 2,2 millions d&#8217;ann\u00e9es &#8211; ce lointain anc\u00eatre manifestant d\u00e9j\u00e0 une grande complexit\u00e9 neurologique par son habilit\u00e9 \u00e0 fabriquer des outils.<\/p>\n<p>Et qu&#8217;en est-il de l&#8217;origine g\u00e9ographique des quelques 6000 langues parl\u00e9es actuellement dans le monde, et les quelques centaines d&#8217;autres disparues depuis? Ce serait l&#8217;Afrique! Parmi le grand nombre de recherches qui appuient cette hypoth\u00e8se, d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9e par Darwin (1871) dans\u00a0<em>The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><strong>[19]<\/strong><\/a><\/em>, et qui rallie le plus largement aujourd&#8217;hui la communaut\u00e9 scientifique de pal\u00e9o-, physio- et bio-anthropologues, arch\u00e9ologues, g\u00e9n\u00e9ticiens des populations, psychologues de l&#8217;\u00e9volution, et linguistes, il y a celle de Quentin Atkinson et son \u00e9quipe<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, qui ont \u00e9tudi\u00e9 504 langues parl\u00e9es actuellement dans le monde. Pour chaque langue ils ont \u00e9tabli le nombre de phon\u00e8mes utilis\u00e9s. La premi\u00e8re constatation a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9nombrer plus de phon\u00e8mes utilis\u00e9s dans les langues africaines que dans tous les autres pays au monde. La deuxi\u00e8me montre que plus on s&#8217;\u00e9carte de l&#8217;Afrique, plus le nombre de phon\u00e8mes utilis\u00e9s diminue. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&#8217;\u00e9tude montre que les langues autochtones des r\u00e9gions du globe qui ont \u00e9t\u00e9 le plus r\u00e9cemment colonis\u00e9es pr\u00e9sentent moins de phon\u00e8mes que celles des r\u00e9gions dans lesquelles l&#8217;homme moderne est pr\u00e9sent depuis des mill\u00e9naires (en particulier l&#8217;Afrique subsaharienne)<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Cette remont\u00e9e dans le temps gr\u00e2ce aux phon\u00e8mes, &#8211; ces unit\u00e9s minimales non significatives dans les langues &#8211; vient confirmer \u00e0 nouveau les origines africaines de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Sur la forme du premier langage articul\u00e9, on n&#8217;est gu\u00e8re plus assur\u00e9. Si nul ne peut dire pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quand remonte l&#8217;usage de la parole chez l&#8217;hominid\u00e9, ce qu&#8217;on peut cependant supposer, c&#8217;est que le recours aux organes phonatoires a d\u00fb attendre le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s cognitives du cerveau (aire de Broca pour la production, et aire de Wernecke pour la compr\u00e9hension) et la mise en place appropri\u00e9e des organes de la parole, le larynx en particulier. Du point de vue anatomique, pour parler il faut un appareil phonatoire form\u00e9 des poumons, du larynx, du pharynx, des fosses nasales, du voile du palais, de la langue, des dents et des l\u00e8vres. C\u2019est le larynx qui est le principal \u00e9l\u00e9ment de l\u2019appareil phonatoire. Chez l\u2019humain, il est en position haute chez le b\u00e9b\u00e9, commence sa lente descente vers l&#8217;\u00e2ge de 3-4 mois, pour se fixer en position basse vers l&#8217;\u00e2ge de 4 ans, et prendre sa position d\u00e9finitive basse apr\u00e8s la pubert\u00e9. C&#8217;est cet organe qui permet la production d\u2019un langage articul\u00e9 et modul\u00e9. Chez les grands singes le larynx reste en position haute m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte : il leur est donc impossible de parler comme leurs cousins humains<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Ontogen\u00e8se et phylogen\u00e8se<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>On entend encore souvent dans les cours d&#8217;introduction \u00e0 l&#8217;anthropologie que le d\u00e9veloppement de l&#8217;enfant reproduit en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le d\u00e9veloppement de l&#8217;humanit\u00e9. C&#8217;est Ernst Haeckel \u00e0 qui l&#8217;on doit la\u00a0<em>th\u00e9orie de la r\u00e9capitulation<\/em>\u00a0selon l&#8217;heureuse formule \u00abl&#8217;ontogen\u00e8se r\u00e9capitule la phylogen\u00e8se\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Cette th\u00e9orie, de plus en plus d\u00e9laiss\u00e9e aujourd&#8217;hui, affirme que l&#8217;histoire du d\u00e9veloppement individuel (ontogen\u00e8se) est la r\u00e9capitulation sur une courte p\u00e9riode de l&#8217;histoire de l&#8217;esp\u00e8ce (phylogen\u00e8se). Une th\u00e9orie controvers\u00e9e certes, mais une formulation excellente pour mettre en parall\u00e8le le d\u00e9veloppement de l&#8217;esp\u00e8ce avec celui de l&#8217;individu.<\/p>\n<p>Le nouveau-n\u00e9 ne parle pas; au mieux, il vocalise. Il est cependant tout \u00e9quip\u00e9 pour apprendre n&#8217;importe quelle langue existante; il poss\u00e8de, pour certains, la\u00a0<em>facult\u00e9 du langage<\/em>\u00a0(Chomsky), pour d&#8217;autres\u00a0<em>l&#8217;instint du langage<\/em>\u00a0(Pinker), cette propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tant \u00e9ventuellement localis\u00e9e dans les g\u00e8nes dont le fameux FOXP2<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0, g\u00e8ne pr\u00e9sent sous une forme similaire chez un large \u00e9ventail de mammif\u00e8res incluant la souris. Certaines \u00e9tudes ont conclu que le FOXP2 sp\u00e9cifique de l\u2019homme moderne a acquis sa configuration d\u00e9finitive dans la population humaine tr\u00e8s probablement au cours des 200 000 derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui est en accord avec plusieurs estimations arch\u00e9ologiques de la p\u00e9riode d\u2019apparition d\u2019un langage oral performant\u00a0<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>Tout l&#8217;apprentissage du langage du nouveau-n\u00e9 est essentiellement post-natal, m\u00eame si la mise en place d&#8217;une partie de l&#8217;\u00e9quipement pour en faire l&#8217;apprentissage a lieu avant la naissance. Cet apprentissage est particuli\u00e8rement long. Pourquoi tout ce temps? Deux causes: neurologiquement et physiologiquement, il n&#8217;est pas pr\u00eat! Le cerveau de l&#8217;humain est un organe complexe: des milliards<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>\u00a0de neurones, autant de synapses, une infinit\u00e9 de connexions possible. Tout ce\u00a0<em>hardware<\/em>\u00a0prend un certain temps pour se brancher correctement: plusieurs ann\u00e9es de fait. Les interactions sociales permettront l&#8217;actualisation de\u00a0<em>neurones miroirs<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><strong>[27]<\/strong><\/a><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><strong>[28]<\/strong><\/a><\/em>, et d&#8217;une\u00a0<em>th\u00e9orie de l&#8217;esprit<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><strong>[29]<\/strong><\/a><\/em>, i.e. cette conscience intuitive qui permet de percevoir ce que d&#8217;autres personnes pensent et d\u00e9sirent<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pendant ce temps, parall\u00e8lement, le b\u00e9b\u00e9 d\u00e9veloppe physiologiquement son syst\u00e8me de production de la parole. Ce qui est crucial ici et ce qui va le distinguer des autres primates tels le chimpanz\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 ses plus lointains anc\u00eatres hominid\u00e9s, c&#8217;est son larynx et la position qu&#8217;il occupe dans l&#8217;appareil phonatoire. Le d\u00e9veloppement du langage chez l&#8217;enfant suivra \u00e9galement son d\u00e9veloppement stationnaire: d&#8217;une position couch\u00e9e \u00e0 une position assise, puis du d\u00e9ambulement \u00e0 quatre pattes \u00e0 une position debout sur deux pattes. L&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la station debout entra\u00eene, parmi d&#8217;autres changements, le recul et l&#8217;\u00e9l\u00e9vation de la t\u00eate qui subit un effet de bascule et provoque la flexion de la base du cr\u00e2ne, l&#8217;\u00e9mergence du cou et la descente du larynx. Ce caract\u00e8re fondamental, l&#8217;<em>homo<\/em>\u00a0l&#8217;a acquis au cours de son \u00e9volution; pour l&#8217;enfant, le larynx prend une position basse entre 3-5 mois. Cette caract\u00e9ristique est fondamentale, si l&#8217;on consid\u00e8re le d\u00e9veloppement de nos capacit\u00e9s phonatoires, puisque l&#8217;abaissement du larynx permet de lib\u00e9rer une large zone pharyng\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 la production du langage articul\u00e9. Sans cette particularit\u00e9, c&#8217;est un peu comme si on essayait de jouer du saxophone sans le bocal, en n&#8217;utilisant que le bec et le corps de l&#8217;instrument. Le bip\u00e9dalisme offre \u00e9galement un autre avantage \u00e0 l&#8217;enfant, celui de lib\u00e9rer ses mains pour les affecter \u00e0 d&#8217;autres t\u00e2ches, comme tenir son hochet, ou mieux, pointer pour d\u00e9signer.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que l&#8217;enfant dans les deux premiers mois de sa vie passera de ses premiers cris, grognements, soupirs, clics, bruits secs associ\u00e9s \u00e0 sa respiration et \u00e0 son alimentation, auxquels s&#8217;ajoutent gazouillis et rires, \u00e0 un babillage syllabique entre sept et huit mois. Cette exp\u00e9rimentation articulatoire le m\u00e8nera progressivement vers 5-6 ans \u00e0 l&#8217;acquisition compl\u00e8te du langage adulte qui l&#8217;entoure.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers moments de son existence, et au fur et \u00e0 mesure de son d\u00e9veloppement physique, l&#8217;enfant gesticule beaucoup aussi. Premi\u00e8res tentatives de communication ou manque de contr\u00f4le de sa motricit\u00e9? Peut-\u00eatre les deux. Dans la mesure o\u00f9 il ne souffre d&#8217;aucun d\u00e9ficit c\u00e9r\u00e9bral ou physique, \u00e0 ces premi\u00e8res gesticulations manuelles viendront se greffer ses premi\u00e8res articulations vocales qui\u00a0<em>faute de mieux<\/em>\u00a0prendront le dessus comme mode de transmission privil\u00e9gi\u00e9 de sa pens\u00e9e. Les unes et les autres ne se quitteront plus: toute sa vie il alliera le geste \u00e0 la parole.<\/p>\n<p>Cette observation est-elle suffisante, dans ce cadre, pour postuler la primaut\u00e9 du geste sur la parole dans l&#8217;\u00e9volution de la communication humaine? Un pas difficile \u00e0 franchir, mais non impossible! Ce serait \u00e9galement renverser la directionalit\u00e9 de la th\u00e9orie de la r\u00e9capitulation en stipulant que l&#8217;histoire de l&#8217;Humanit\u00e9 peut s&#8217;observer dans le d\u00e9veloppement de l&#8217;enfant; proposition beaucoup moins raisonnable que l&#8217;originale.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e que le langage vocal humain a une origine gestuelle remonte \u00e0 au moins (l&#8217;abb\u00e9 \u00c9tienne Bonnot de) Condillac (1746), un \u00e9l\u00e8ve de Locke, dans son\u00a0<em>Essai sur l&#8217;origine des connaissances humaines<\/em><a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, pour qui les gestes naturels ont d&#8217;abord servi pour communiquer des \u00e9motions entre individus. Cette id\u00e9e de Condillac a \u00e9t\u00e9 abondamment reprise par la suite par un grand nombre de chercheurs<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Du point de vue de l&#8217;\u00e9volution, cette hypoth\u00e8se para\u00eet tr\u00e8s sens\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 les primates non humains avaient peu de contr\u00f4le cortical sur leur vocalisation, mais un excellent contr\u00f4le sur leurs mains et leurs bras.\u00a0Si au cours de son \u00e9volution l&#8217;esp\u00e8ce humaine est pass\u00e9e graduellement d&#8217;un mode de communication gestuelle \u00e0 un mode de communication vocale, la raison en est peut-\u00eatre toute simple et au fond tr\u00e8s pratique: il s&#8217;agissait de lib\u00e9rer les mains engag\u00e9es dans la communication pour les consacrer \u00e0 d&#8217;autres t\u00e2ches; c&#8217;est aussi ce que font les jeunes enfants. Cette \u00e9volution a cr\u00e9\u00e9 une forme de dualit\u00e9 o\u00f9 le gestuel a pu un certain temps doubl\u00e9 en quelque sorte le vocal, pour petit \u00e0 petit lui laisser la plus grande place.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>La primaut\u00e9 du gestuel<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Voyons les choses autrement. Personne aujourd&#8217;hui ne voudrait soutenir s\u00e9rieusement que le langage sign\u00e9 des non-entendants n&#8217;est pas une langue \u00e0 part enti\u00e8re. Le langage sign\u00e9 implique des mouvements articulatoires de certaines parties mobiles du corps: les doigts, mains, bras, et certaines parties du visage.<\/p>\n<p>Par ailleurs, nous serons tous d&#8217;accord pour dire que le\u00a0<em>geste<\/em>\u00a0est intimement li\u00e9 \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de\u00a0<em>mouvement<\/em>\u00a0&#8211; qu&#8217;est-ce qu&#8217;un\u00a0<em>geste<\/em>, sinon un\u00a0<em>mouvement<\/em>\u00a0produit par un \u00e9l\u00e9ment corporel entre deux points d\u00e9termin\u00e9s? &#8211; un mouvement \u00e9tant d\u00e9fini en communication physique comme un d\u00e9placement d&#8217;un \u00e9l\u00e9ment servant \u00e0 signifier, par exemple extension du bras, rotation de la main, pointer du doigt d&#8217;un point \u00e0 un autre, etc., le tout en combinaison ou en successivit\u00e9. Ainsi, ces gestes, ces mouvements, sont produits physiquement par un destinateur et sont per\u00e7us visuellement par le destinataire \u00e0 qui ils s&#8217;adressent et qui les interpr\u00e8tent.<\/p>\n<p>Dans le langage vocal des entendants, il se produit exactement la m\u00eame chose: ce sont des mouvements, des gestes donc, mettant \u00e0 contribution d&#8217;autres parties mobiles du corps qui vont permettre de transmettre des \u00e9l\u00e9ments d&#8217;information, mais \u00e0 la diff\u00e9rence cette fois-ci qu&#8217;ils seront per\u00e7us en large partie auditivement par le destinataire. Certains gestes, comme le mouvement des l\u00e9vres, sont en outre per\u00e7us visuellement. C&#8217;est ainsi par exemple, en simplifiant un peu les choses, que pour produire le mot\u00a0<em>du<\/em>\u00a0[dy], la langue devra bouger en direction des dents pour fermer le passage de l&#8217;air dans la production du phon\u00e8me [d], se r\u00e9tracter ensuite dans une position haute (ferm\u00e9e) ant\u00e9rieure dans la cavit\u00e9 bucale, alors que les l\u00e8vres prendront une forme arrondie, pour la production du phon\u00e8me [y]; tout au long de ce processus, les cordes vocales seront en mode vibratoire. On voit tr\u00e8s bien par cet exemple simple que ce qui est mis en jeu dans la production verbale sonore est un assemblage et une succession de mouvements corporels, de gestes par cons\u00e9quent, visant \u00e0 transmettre un signe linguistique.<\/p>\n<p>Que conclure d\u00e9j\u00e0 de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, sinon que\u00a0<em>tout langage<\/em>\u00a0est fondamentalement\u00a0<em>gestuel<\/em>? D&#8217;un point de vue \u00e9volutif, dans cette optique, que reste-t-il \u00e0 dire? La communication humaine est pass\u00e9e d&#8217;un mode de transmision-r\u00e9ception gestuel-visuel \u00e0 un mode gestuel-auditif. De son c\u00f4t\u00e9, l&#8217;enfant gesticule d&#8217;abord avec ses mains et ses bras pour progressivement apprendre \u00e0 gesticuler avec ses organes phonatoires. J&#8217;insiste sur ce point: il y a continuit\u00e9 \u00e9volutive et continuit\u00e9 dans l&#8217;apprentissage entre le gestuel manuel et le gestuel oral: du point de vue m\u00e9diatique, on passe ainsi progressivment du totalement-visible au partiellement-invisible, certains gestes \u00e9tant toujours perceptibles, les mouvements de la bouche essentiellement, mais aussi certaines expressions faciales comme l&#8217;\u00e9l\u00e9vation ou le froncement des sourcils qui accompagnent autant l&#8217;expression orale que l&#8217;expression sign\u00e9e.<\/p>\n<p>Le langage ordinaire des entendants est par cons\u00e9quent doublement gestuel.<\/p>\n<p>Il est fascinant d&#8217;observer les non-entendants fixer le visage de leurs interlocuteurs plut\u00f4t que leurs mains dans leurs \u00e9changes communicationnels.<\/p>\n<p>Il est tout aussi fascinant d&#8217;observer, dans une conversation soutenue, un entandant fixer le bas du visage de son interlocuteur, la r\u00e9gion situ\u00e9e entre le nez et la gorge, comme s&#8217;il cherchait \u00e0\u00a0<em>voir<\/em>, pour mieux saisir ce qui est dit, les gestes produits par les articulateurs invisibles de son appareil phonatoire.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Fondements th\u00e9oriques<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Plusieurs d\u00e9veloppements th\u00e9oriques et \u00e9tudes empiriques permettent de soutenir la position que j&#8217;ai pr\u00e9sent\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. Les travaux de Corballis (1999<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, 2002<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, 2003<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, 2004<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>\u00a0, 2006<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, 2009<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>, 2010<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>), notamment, sur lesquels je m&#8217;appuierai largement ici, fournissent de riches indications sur la gen\u00e8se de la parole humaine comme \u00e9tant l&#8217;aboutissement d&#8217;une \u00e9volution \u00e0 partir de gestes<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>\u00a0<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p>Traditionnellement, on consid\u00e9rait la parole comme \u00e9tant compos\u00e9e d&#8217;\u00e9l\u00e9ments discrets sonores, appel\u00e9s phon\u00e8mes. Or, depuis le remarquable travail de Joos (1948)<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>, on sait que les phon\u00e8mes n&#8217;existent pas en tant qu&#8217;unit\u00e9s discr\u00e8tes dans le signal acoustique, et qu&#8217;il n&#8217;est pas possible de les discerner discr\u00e8tement par l&#8217;enregistrement m\u00e9canique, comme le spectographe. Cela est d\u00fb au fait que le signal acoustique correspondant aux phon\u00e8mes individuels varie largement, d\u00e9pendant de l&#8217;environnement dans lequel ils se trouvent. Les phon\u00e8mes, par cons\u00e9quent, n&#8217;existent que dans l&#8217;esprit des locuteurs, et le signal acoustique doit subir une transformation c\u00e9r\u00e9brale complexe afin que le phon\u00e8me individuel puisse \u00eatre per\u00e7u comme tel. Par ailleurs, nous percevons la parole \u00e0 un niveau remarquablement \u00e9lev\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 au moins 10-15 phon\u00e8mes \u00e0 la seconde, ce qui semble contredire l&#8217;id\u00e9e que certaines transformations complexes d\u00e9pendant du contexte sont n\u00e9cessaires. Ces probl\u00e8mes ont conduit \u00e0 une approche alternative, la phonologie articulatoire (Browman &amp; Goldstein, 1995)<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, pour laquelle la parole est le r\u00e9sultat de\u00a0<em>gestes<\/em>\u00a0produits par six organes articulatoires: les l\u00e8vres, le voile, le larynx, la partie plate, le corps et la racine de la langue. Chacun de ces organes est contr\u00f4l\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment, de sorte que les unit\u00e9s de parole individuelles r\u00e9sultent de diff\u00e9rentes combinaisons de mouvements. La distribution de l&#8217;action sur ces articulateurs signifie que les \u00e9l\u00e9ments se superposent dans le temps, ce qui rend possible le taux \u00e9lev\u00e9 de production et de perception. Contrairement aux phon\u00e8mes, les gestes de la parole peuvent \u00eate discern\u00e9s par des moyens m\u00e9caniques, comme les rayons-X, l&#8217;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique, et la palatographie.<\/p>\n<p>Il semble vraisemblable, selon Corballis, que l&#8217;aire de Broca a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans le passage du geste manuel au geste vocal. Certains des neurones dans la r\u00e9gion F5 chez le singe r\u00e9pondent quand l&#8217;animal fait un mouvement pour atteindre et saisir un objet, mais aussi quand il observe un autre individu faire le m\u00eame mouvement. Ces neurones sont maintenant consid\u00e9r\u00e9s comme faisant partie d&#8217;un syst\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral de neurones appel\u00e9s\u00a0<em>neurones miroir<\/em>\u00a0dans le cerveau du singe (Rizzolatti, Fogassi &amp; Gallese, 2001)<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Le seul fait d&#8217;observer les mouvements de la parole, et m\u00eame des images d&#8217;une bouche pronon\u00e7ant un son, active le syst\u00e8me miroir, incluant l&#8217;aire de Broca (Calvert &amp; Campbell, 2003)<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. Ceci est conforme avec l&#8217;id\u00e9e que la parole a pu \u00e9voluer \u00e0 partir d&#8217;\u00e9l\u00e9ments visuels incluant les mouvements de la face. Il est vraisemblable, ajoute Corballis, que la vocalisation a \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9e dans le syst\u00e8me miroir des humains, et probablement seulement des humains, de nos anc\u00eatres hominid\u00e9s (Ploog, 2002)<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, fournissant ainsi le m\u00e9canisme de la\u00a0th\u00e9orie motrice de la perception de la parole (\u00abmotor theory of speech perception\u00bb). Cela a pu se produire tardivement dans l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;hominid\u00e9, au cours des 100 000 derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie motrice de la perception de la parole, de laquelle est d\u00e9riv\u00e9e la phonologie articulatoire, implique \u00e9galement que la perception des sons de la parole s&#8217;accomplit en projetant la perception de la parole sur sa production. En d&#8217;autres mots, la parole fait partie du syst\u00e8me miroir. Historiquement, par cons\u00e9quent, le langage a pu se construire \u00e0 partir de gestes manuels et faciaux, et graduellemneet incorporer des \u00e9l\u00e9ments vocaux. Du point de vue ontog\u00e9n\u00e9tique par ailleurs, il est devenu de plus en plus \u00e9vident que les gestes jouent un r\u00f4le d\u00e9cisif dans le d\u00e9veloppement de la parole chez les enfants (Iverson &amp; Golden-Meadow, 2005)<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>.<\/p>\n<p>Un sc\u00e9nario possible \u00e9volutionniste, soutient Corballis, est que la face est devenue plus importante dans la communication, les mains \u00e9tant engag\u00e9es davantage dans d&#8217;autres activit\u00e9s, comme la fabrication d&#8217;outils ou le transport des objets. Comme la langue, les l\u00e8vres et le conduit vocal font partie de la face, ces \u00e9l\u00e9ments ont pu graduellement assumer le fardeau de la communication, et comme la langue, le voile du palais, et le larynx sont en grande partie invisibles, une pression s&#8217;est exerc\u00e9e pour ajouter des sons. Essentiellement donc, la vocalisation rend les gestes internes de la bouche plus accessibles. Cela a pu aussi favoriser la distinction entre sons vois\u00e9s et sons non vois\u00e9s, augmentant ainsi le r\u00e9pertoire des sons. Dans cette optique, on con\u00e7oit la parole comme \u00e9tant fa\u00e7onn\u00e9e \u00e0 partir de gestes faciaux, \u00e0 moiti\u00e9 engloutis (i.e. cach\u00e9s). Il existe suffisamment d&#8217;informations dans les gestes faciaux pour rendre possible la lecture sur les l\u00e8vres pour les non-entendants. Les zones du cerveau impliqu\u00e9es dans la production de la parole sont activ\u00e9es \u00e0 la lecture des mouvements des l\u00e8vres (Calvet &amp; Campbell, 2003<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>; Watkins, Strafella &amp; Paus, 2003<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>). Les mains et la bouche sont \u00e9galement li\u00e9s par le fait que, chez la plupart des individus, l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re gauche du cerveau est dominant autant pour les actions manuelles que pour la vocalisation, un couplage souvent consid\u00e9r\u00e9 unique aux humains (Corballis, 1991<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>; Crow, 2002<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>), m\u00eame si l&#8217;asym\u00e9trie c\u00e9r\u00e9brale elle-m\u00eame ne l&#8217;est pas (Rogers &amp; Andrew, 2002<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>).<\/p>\n<p>D&#8217;autres pressions ont pu jouer sur la parole comme telle. Bien que le langage manuel et le langage vocal peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s linguistiquement \u00e9quivalents, il existe d&#8217;autres avantages plus pratiques \u00e0 la vocalisation. Une \u00e9volution vers la vocalisation autonome aurait lib\u00e9r\u00e9 les mains de leur r\u00f4le n\u00e9cessaire dans la communication, autorisant leur usage \u00e9largi pour la fabrication et la manipulation des outils. En effet, le langage vocal permet aux individus de parler et d&#8217;utiliser les outils en m\u00eame temps, ou de parler de quelque chose tout en pointant autre chose dans l&#8217;environnement. La parole demande moins d&#8217;attention que le langage sign\u00e9; on peut parler les yeux ferm\u00e9s, ou en regardant autre chose. La parole permet la communication sur une plus longue distance, aussi bien que la communication la nuit ou lorsque le destinateur n&#8217;est pas visible du destinataire.<\/p>\n<p>La parole ainsi devenue autonome a pu avoir un impact consid\u00e9rable sur l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;humanit\u00e9. L&#8217;une des possibilit\u00e9s, sugg\u00e8re Corballis (2010)<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>\u00a0, est que cette autonomie de la parole soit apparue en Afrique il y a peut-\u00eatre 100 000 ans, apr\u00e8s l&#8217;\u00e9mergence de l&#8217;homo sapiens mais avant la migration hors de l&#8217;Afrique. La conversion finale \u00e0 l&#8217;autonomie de la parole a pu \u00eatre une invention (Corballis, 2002)<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>, ou le r\u00e9sultat de la mutation biologique du g\u00e8ne FOXP2 (Corballis, 2004b)<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. Des d\u00e9veloppements plus r\u00e9cents dans la communication, incluant l&#8217;\u00e9criture, le t\u00e9l\u00e9phone, la radio, la t\u00e9l\u00e9vision et Internet, ont profond\u00e9ment influenc\u00e9 notre fa\u00e7on de penser, d&#8217;agir et de construire nos vies. Quoi que le passage du langage manuel au langage vocal a pu \u00eatre graduel, l&#8217;atteinte ultime de l&#8217;autonomie de la parole a pu avoir un impact semblable sur notre existence, conclut Corballis (2010).<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Dans la fiction de Jean M. Auel, Ayla apprendra \u00e0 son fils, Durc, le langage sign\u00e9 du Clan, ce qui contredit partiellement, \u00e0 tout le moins fictivement, la conclusion de Pinker (1994:160) \u00e9voqu\u00e9e plus haut: \u00ab\u00a0nous ne trouvons aucune communaut\u00e9 d&#8217;entendants qui ait opt\u00e9 pour la langue des signes\u00bb.\u00a0Durc apprendra cependant \u00e0 communiquer avec sa m\u00e8re vocalement. Et comme tous les enfants apr\u00e8s lui, il a d&#8217;abord gesticul\u00e9 avec les mains pour ensuite gesticuler avec ses organes phonatoires. Est-ce encore de la science-fiction?<\/p>\n<p>Il y a fort \u00e0 parier que ce sc\u00e9nario de croisement g\u00e9n\u00e9tique a eu lieu.\u00a0En 2010, une \u00e9quipe internationale de g\u00e9n\u00e9ticiens et de pal\u00e9ontologues dirig\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ticien su\u00e9dois Svante P\u00e4\u00e4bo de l&#8217;Institut Max-Planck d&#8217;anthropologie \u00e9volutive de Leipzig a mis en \u00e9vidence qu&#8217;entre 1 et 4% de l&#8217;ADN des non-Africains est identique \u00e0 celui de l&#8217;homme de\u00a0<em>N\u00e9andertal<\/em>.<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>\u00a0Et une autre \u00e9quipe internationale de chercheurs, dirig\u00e9e par\u00a0Damian Labuda du D\u00e9partement de P\u00e9diatrie de l&#8217;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et du Centre de recherche de l&#8217;hopital Sainte-Justine, a decel\u00e9 la pr\u00e9sence notable de 9% de s\u00e9quences chromosomiques X d\u00e9riv\u00e9es du N\u00e9andertal parmi toutes les populations humaines contemporaines en-dehors de l&#8217;Afrique<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais assez parl\u00e9 du pass\u00e9; passons maintenant au pr\u00e9sent&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0<em>Esp\u00e8ce<\/em>\u00a0entendu au sens tr\u00e8s large ici \u00e9videmment, ni les Sourds ni les Entendants ne constituent une esp\u00e8ce au sens \u00e9volutif.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0McNeil, D.\u00a0\u00a01985.\u00a0\u00a0So you think gestures are nonverbal? Psychological review 92,3:350-71.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0McNeil, D.\u00a0\u00a02012.\u00a0\u00a0How Language began: Gesture and Speech in Human Evolution. Cambridge University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Butterworth, B. &amp; U. Hadar.\u00a0\u00a01989. Gesture, speech, and computational stages.\u00a0A reply to Mcneil, Psychological Review 96,1:168-74.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0Pour un bilan de cette approche, voir: Hombert, Jean-Marie, dir.\u00a0\u00a02005.\u00a0\u00a0Aux origines des langues et du langage. Paris: Fayard.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Respectivement\u00a0<em>Langue des signes qu\u00e9b\u00e9coise<\/em>\u00a0et\u00a0<em>American Sign Language<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Weaver, Warren &amp; Claude Elwood Shannon.\u00a0\u00a01963.\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/books.google.com\/?id=dk0n_eGcqsUC&amp;pg=PP1&amp;dq=inauthor:shannon+inauthor:weaver\"><em>The Mathematical Theory of Communication<\/em><\/a>.\u00a0Univ. of Illinois Press. Les travaux de Shannon, auquel s&#8217;est associ\u00e9 Weaver, ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s la premi\u00e8re fois en 1948, sous le titre\u00a0<em>A Mathematical Theory of Communication<\/em>, dans le Bell System Technical Journal 27:379-423; 623-656 (July\/October). Le livre de 1963 est une r\u00e9impression de l&#8217;article de Shannon, 1948, que Weaver a vulgaris\u00e9 pour le non-sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>Jakobson, R.\u00a0\u00a01960.\u00a0\u00a0Closing statements: Linguistics and Poetics, in T.A. Sebeok,\u00a0Style in Language.\u00a0Cambridge: MIT Press, pp.\u00a0350\u2013377. Trad. fr. par Nicolas Ruwet, 1963.\u00a0\u00a0Essais de linguistique g\u00e9n\u00e9rale 1, Les fondations du langage, Chapitre\u00a0<em>Linguistique et po\u00e9tique<\/em>. Paris: Minuit, pp. 213-222.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0Pinker, S.\u00a0\u00a01994.\u00a0\u00a0L&#8217;Instinct du langage, Chapitre 6,\u00a0<em>Les sons du silence<\/em>, 160sq.\u00a0Paris: Odile Jacob.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0Wilbur, Ronnie B.\u00a0\u00a01979.\u00a0\u00a0American Sign Language and sign systems.\u00a0Baltimore, MD: University Park Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0Anzieu, Didier (dir.).\u00a0\u00a01977.\u00a0\u00a0Psychanalyse et langage: du corps \u00e0 la parole. Paris: Dunod<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0Meschonnic, Henri.\u00a0\u00a01985.\u00a0\u00a0Les \u00e9tats de la po\u00e9tique. Paris: PUF.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0Cosnier, Jacques.\u00a0\u00a01982.\u00a0\u00a0Communications et langages\u00a0gestuels. Dans J.\u00a0Cosnier, A. Berrendonner, J. Coulon &amp; C. Orecchioni, Les voies du langage. Communications verbales gestuelles et animales, 255-304.\u00a0Paris: Dunod.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0Voir \u00e0 ce propos:\u00a0Fournier, R.\u00a0\u00a01991.\u00a0\u00a0\u00c0 propos du non-manuel.\u00a0\u00a0Revue qu\u00e9b\u00e9coise de linguistique th\u00e9orique et appliqu\u00e9e 10,1:157-214.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0Bickerton, Derek. 1984. The language bioprogram hypothesis.\u00a0Behavioral\u00a0and Brain Sciences 7,2:173-188, 212-221.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.slp-paris.com\/102.html\">http:\/\/www.slp-paris.com\/102.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a01994.\u00a0<em>\u00a0The Origin of Language<\/em>. New York: John Wiley.\u00a0Traduction: 1997.\u00a0<em>\u00a0L\u2019origine des langues<\/em>. Paris: Belin.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0Adam&#8217;s Tongue: How Humans Made Language, How Language Made Humans. New York: Hill and Wang.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>\u00a01\u00e8re \u00e9dition: London: John Murray.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a>\u00a0Atkinson, Quentin.\u00a0\u00a02011.\u00a0\u00a0<em>Phonemic Diversity Supports a Serial Founder Effect Model of Language Expansion from Africa<\/em>.\u00a0Science\u00a0\u00a0332, 6027:346-349.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.hominides.com\/html\/actualites\/langage-origine-africaine-0432.php\">http:\/\/www.hominides.com\/html\/actualites\/langage-origine-africaine-0432.php<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.hominides.com\/html\/dossiers\/langage.php\">http:\/\/www.hominides.com\/html\/dossiers\/langage.php<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0Haeckel, Ernst.\u00a0\u00a01866.\u00a0\u00a0Generelle Morphologie der Organismen. Berlin: Reimer.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a>\u00a0Marcus, G.F., &amp; S. E. Fisher.\u00a0\u00a02003.\u00a0\u00a0FOXP2 in focus : what can genes tell us about speech and language ?\u00a0Trends in Cognitive Science<em>,\u00a0<\/em>7,6:\u00a0257-62.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a>\u00a0Boyd, R., &amp; J.B. Silk.\u00a0\u00a02000.\u00a0\u00a0How Humans Evolved, New York: W.W. Norton.\u00a0\u00a0Klein, R.G. &amp; B. Edgar.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0The Dawn of Human Culture, New York: Wiley.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a>\u00a0De 86 \u00e0 100 milliards, et peut-\u00eatre davantage, selon diverses estimations: Williams, R. W. &amp; K. Herrup.\u00a0\u00a01988.\u00a0\u00a0The Control of Neuron Number, The Annual Review of Neuroscience 11:423\u2013453.\u00a0Derni\u00e8re r\u00e9vision, sept. 2001:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.nervenet.org\/papers\/NUMBER_REV_1988.html\">http:\/\/www.nervenet.org\/papers\/NUMBER_REV_1988.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a>\u00a0Heyes, C.\u00a0\u00a02010.\u00a0\u00a0Where do mirror neurons come from? Neuroscience &amp; Biobehavioral Reviews 34: 575\u2013583.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a>\u00a0Rizzolatti, G. &amp; L. Craighero.\u00a0\u00a02004.\u00a0\u00a0The mirror-neuron system.\u00a0Annual Review of Neuroscience\u00a027: 169\u2013192.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a>\u00a0Keysers, C. &amp; V. Gazzola.\u00a0\u00a02007.\u00a0\u00a0Integrating simulation and theory of mind: from self to social cognition. Trends in Cognitive Sciences, 11,5:194-196.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a>\u00a0Leslie, A. M.\u00a0\u00a01987.\u00a0\u00a0Pretense and Representation: The Origins of &#8220;Theory of Mind&#8221;.\u00a0Psychological Review, 94,4:412-426.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a>\u00a0R\u00e9impression 1973:\u00a0Essai sur l&#8217;origine des connaissances humaines. Paris: Galil\u00e9e.\u00a0[1971]:\u00a0An essay on the origin of human knowledge<em>.<\/em>\u00a0Gainesville, FL : Scholars Facsimiles and Reprints.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a>\u00a0Pour un aper\u00e7u, voir: Hewes, G. W.\u00a0\u00a01973.\u00a0\u00a0Primate Communication and the Gestural Origin of Language. Current Anthropology 14, 1\/2:5-24;\u00a0<strong>et<\/strong>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02006.\u00a0\u00a0Evolution of Language as a Gestural System. Marges Linguistiques, 11:218-228.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a01999.\u00a0\u00a0The gestural origins of language.\u00a0<em>American\u00a0<\/em>Scientist<em>\u00a0<\/em>87:138\u201345.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0From hand to mouth: The origins of language<em>.\u00a0<\/em>Princeton University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a>Corballis, M. C.\u00a0\u00a02003.\u00a0\u00a0From mouth to hand: Gesture, speech, and the evolution of right-handedness. Behavioral and Brain Sciences, 26:199-260.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02004.\u00a0\u00a0FOXP2 and the mirror system. Trends in Cognitive Sciences, 8,3:95-96.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a>\u00a0op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02009.\u00a0\u00a0Language as gesture. Human Movement Science 28:556\u2013565.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02010.\u00a0\u00a0Did language evolve before speech? in Larson, R. K., V. D\u00e9prez &amp; H. Yamakido (eds.).\u00a0Approaches in the Evolution of Human Language, 115-123. Cambridge University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a>\u00a0Corballis (2002:65) attribue la paternalit\u00e9 de la th\u00e9orie gestuelle de la parole sous sa forme moderne \u00e0 Gordon W. Hewes (1973), op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a>\u00a0Les remises en question et les propositions nuanc\u00e9es plus r\u00e9centes de Kendon (2017) m\u00e9ritent aussi d&#8217;\u00eatre prises en consid\u00e9ration: Kendon, A.\u00a0\u00a02017.\u00a0\u00a0Reflections on the &#8220;gesture-first&#8221; hypothesis of language origins.\u00a0Psychonomic Bulletin &amp; Review, 24,1:163-170.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a>\u00a0Joos, M. G.\u00a0\u00a01948.\u00a0\u00a0Acoustic Phonetics, Language (1948) 24,2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a>\u00a0Browman, C. P. &amp; L. Goldstein.\u00a0\u00a01995.\u00a0\u00a0Dynamics and Articulatory Phonology. In R. F. Port &amp; T. Van Gelder (Eds.),\u00a0Mind as Motion: Explorations in the dynamics of cognition,\u00a0175-193. Cambridge, MA: The MIT Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a>\u00a0Rizzolatti G., L. Fogassi &amp; V. Gallese.\u00a0\u00a02001.\u00a0\u00a0Neurophysiological mechanisms underlying the understanding and imitation of action.\u00a0\u00a0Nature Reviews Neuroscience<em>\u00a0<\/em>2:661-670<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a>\u00a0Calvert, G.-A. &amp; R. Campbell.\u00a0\u00a02003.\u00a0\u00a0Reading speech from still and moving faces: The neural substrates of visible speech.\u00a0Journal of Cognitive Neuroscience<em>,\u00a0<\/em>15,1:57-70.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a>\u00a0Ploog, D.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0Is the neural basis of vocalisation different in non-human primates and\u00a0<em>Homo sapiens\u00a0<\/em>? ds: Crow, T.-J. (ed.).\u00a0The speciation of modern<em>\u00a0<\/em>homo sapiens, 121-135. Oxford, UK : Oxford University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a>\u00a0Iverson, J.M., &amp; S. Goldin-Meadow.\u00a0\u00a02005.\u00a0\u00a0Gesture paves the way for language development. Psychological Science, 16, 367-371.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a>\u00a0op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a>\u00a0Watkins, K. E., A. P. Strafella &amp; T. Paus.\u00a0\u00a02003.\u00a0\u00a0Seeing and hearing speech excites the motor system involved in speech production.\u00a0Neuropsychologia\u00a041,8: 989\u2013994.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a>\u00a0Corballis, M.\u00a0\u00a01991.\u00a0\u00a0The lopsided ape<em>.\u00a0<\/em>New York : Oxford University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a>\u00a0Crow, T.-J.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0Sexual selection, timing, and an X-Y homologous gene : Did\u00a0<em>Homo sapiens\u00a0<\/em>speciate on the Y chromosome? in : Crow, T.-J.\u00a0The speciation of modern HomoSapiens<em>,\u00a0<\/em>195-216.<em>\u00a0<\/em>Oxford, UK : OUP.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a>\u00a0Rogers, L.-J. &amp; R.-J. Andrew (eds.).\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0Comparative vertebrate lateralization<em>.\u00a0<\/em>New York : CUP.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a>\u00a0(2010).\u00a0Did language evolve before speech? in Larson, R. K., V. D\u00e9prez &amp; H. Yamakido (eds.).\u00a0Approaches in the Evolution of Human Language, 115-123. Cambridge University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0From hand to mouth: The origins of language<em>.\u00a0<\/em>Princeton University Press.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a>\u00a0Corballis, M. C.\u00a0\u00a02004b.\u00a0\u00a0The origins of modernity: Was autonomous speech the critical factor?\u00a0Psychological Review, 111<em>,\u00a0<\/em>543-522.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a>Green, R. E. et al.\u00a0\u00a02010.\u00a0\u00a0A Draft Sequence of the Neandertal Genome. Science 328,5979:710-722 (May 07).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a>\u00a0Yotova, V. et al.\u00a0\u00a02011.\u00a0\u00a0An X-Linked Haplotype of Neandertal Origin Is Present Among All Non-African Populations. Molecular Biology and Evolution, 28,7:1957\u20131962.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><center>\n<div class=\"u-center-text\">\n\t<p>\n\t\t<a class=\"button__red button__red--solid\" href=\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/une-evolution-probable-de-la-communication-humaine-un-documentaire\/\"  rel=\"noopener noreferrer\">Table des mati\u00e8res<\/a>\n\t<\/p>\n<\/div>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/center><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre un Aux origines de la communication humaine: du gestuel au gestuel Dans\u00a0The Clan of the Cave Bear\u00a0(1980), le premier tome de son imposante saga\u00a0Earth&#8217;s Children, Jean M. 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