{"id":283,"date":"2017-11-18T09:21:45","date_gmt":"2017-11-18T14:21:45","guid":{"rendered":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?page_id=283"},"modified":"2018-01-01T22:05:19","modified_gmt":"2018-01-02T03:05:19","slug":"chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/","title":{"rendered":"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Chapitre trois<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Raison scientifique et mysticisme<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>La no\u00f6sph\u00e8re<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il existe passablement de confusion dans les \u00e9crits acad\u00e9miques et scientifiques, et davantage dans les ressources d&#8217;Internet, sur l&#8217;identit\u00e9 de celui qui serait \u00e0 l&#8217;origine du concept de\u00a0<em>no\u00f6sph\u00e8re<\/em>. C&#8217;est peut-\u00eatre le philosophe et math\u00e9maticien fran\u00e7ais\u00a0\u00c9douard (Louis Emmanuel Julien) Le Roy, \u00e0 qui on devrait la premi\u00e8re utilisation du terme<em>,<\/em>\u00a0au moment o\u00f9 il \u00e9tait auditeur, avec son ami Teilhard de Chardin,\u00a0des conf\u00e9rences de Vladimir Vernadsky \u00e0 la Sorbonne<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Quoi qu&#8217;il en soit, et comme on le verra, on s&#8217;accorde g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 attribuer aux trois noms pr\u00e9cit\u00e9s la paternalit\u00e9 et le d\u00e9veloppement intellectuel du concept. J&#8217;essaierai au passage de tirer au clair cette confusion.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme le &#8220;p\u00e8re de la science&#8221; sovi\u00e9tique<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, Vernadsky est cet \u00e9minent savant russe qui d\u00e9finit en 1926, dans une optique bio-g\u00e9ologique et \u00e9cologique, la notion de\u00a0<em>biosph\u00e8re<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/em>, posant comme hypoth\u00e8se que la vie est une force g\u00e9ologique qui transforme la Terre<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Sa conceptualisation de la biosph\u00e8re et les r\u00e9flexions qu&#8217;il sera amen\u00e9 \u00e0 en faire le conduiront assez logiquement au concept de no\u00f6sph\u00e8re. Dans un article publi\u00e9 en 1945 dans la revue\u00a0<em>American Scientist<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><strong>[6]<\/strong><\/a><\/em>, o\u00f9 il pr\u00e9sente ce concept<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0en seconde partie de son texte, il promet<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0de le d\u00e9velopper de fa\u00e7on plus d\u00e9taill\u00e9e dans un livre en pr\u00e9paration, mais qui ne para\u00eetra que 20 ans apr\u00e8s sa mort<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, en 1965.\u00a0Ce livre, \u00e9crit entre 1940-45, traite de probl\u00e8mes de la structure de la plan\u00e8te Terre, de son interaction avec le Cosmos proche et distant, de sa composition et sa structure chimique, de l&#8217;\u00e9volution de la biosph\u00e8re, et de sa transition vers la no\u00f6sph\u00e8re<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.\u00a0Dans son article de 1945, il attribue l&#8217;introduction du concept de no\u00f6sph\u00e8re au philosophe et math\u00e9maticien fran\u00e7ais\u00a0\u00c9douard Le Roy, dans ses conf\u00e9rences au Coll\u00e8ge de France<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Le Roy, qui serait arriv\u00e9 \u00e0 un tel concept en collaboration avec son ami Teilhard de Chardin, le d\u00e9finit, rapporte-t-il, &#8220;as the stage through which the biosphere is now passing geologically&#8221;<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Il est totalement exag\u00e9r\u00e9, comme le sugg\u00e8rent Samson &amp; Pitt (1999:52)<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, d&#8217;\u00e9crire que Le Roy a consacr\u00e9 deux livres \u00e0 ce sujet, [\u00abpour le d\u00e9laisser et se consacrer ensuite \u00e0 ses travaux sur la religion\u00bb]. En fait, Le Roy y consacre quelques pages de son chapitre trois (37-57) intitul\u00e9\u00a0<em>La no\u00f6sph\u00e8re et l&#8217;hominisation<\/em>, dans son livre de 1928. Ailleurs dans le texte, et dans son ouvrage de 1927, il n&#8217;y fait que vaguement et bri\u00e8vement allusion. Le Roy a choisi de laisser \u00e0 son ami Pierre Teilhard de Chardin le soin de d\u00e9velopper ce concept d&#8217;un point de vue m\u00e9taphysique et spirituel, comme on le verra plus bas.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas \u00e9tonnant de constater dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique que l&#8217;appartenance intellectuelle des id\u00e9es de Le Roy et de Teilhard de Chardin soit si souvent confondue, quand Le Roy lui-m\u00eame (1927:82) confie dans une note: \u00ab J&#8217;ai si longuement et \u00e0 tant de reprises discut\u00e9 de vive voix les vues expos\u00e9es ci-dessous avec le P. Teilhard que nous-m\u00eames ne saurions plus \u00e0 pr\u00e9sent y d\u00e9m\u00ealer nos parts respectives&#8230;\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Voici comment Le Roy (1928:45-46) pr\u00e9sente le concept de no\u00f6sph\u00e8re:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00ab Par son importance, ai-je dit, l&#8217;apparition de l&#8217;Homme n&#8217;est comparable qu&#8217;\u00e0 celle de la Vie. Voici le moment de pr\u00e9ciser cette vue.<\/p>\n<p>Elle correspond \u00e0 un ensemble de faits parfaitement positifs. Interrogeons en effet l&#8217;histoire des formes vivantes. \u00c0 de certaines \u00e9poques [sic], nous voyons se d\u00e9gager, l&#8217;un \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;autre, en ordre de particularit\u00e9 croissante, les types d&#8217;organisation animale, vert\u00e9br\u00e9e, mammif\u00e8re, primate. Il s&#8217;agit, chaque fois, d&#8217;un groupe d&#8217;habitudes contract\u00e9es d\u00e9finitivement par la Vie et qui constituent autant de paliers dans une ascension progressive. Tous pr\u00e9parent de loin ou de pr\u00e8s une lib\u00e9ration de la conscience immanente \u00e0 l&#8217;effort vital. Mais, avec la puissance de pens\u00e9e r\u00e9fl\u00e9chie qui se conquiert et se d\u00e9gage en l&#8217;Homme, un pas d\u00e9cisif est accompli. D\u00e9sormais, semble-t-il, ce n&#8217;est plus l&#8217;organisme corporel qui s&#8217;\u00e9labore ou se perfectionne: il est achev\u00e9 peut-\u00eatre et, en tout cas, l&#8217;\u00e9volution acc\u00e8de \u00e0 l&#8217;emploi de moyens nouveaux, ceux de l&#8217;ordre proprement psychique. Un tel fait repr\u00e9sente, en v\u00e9rit\u00e9, quelque chose d&#8217;aussi consid\u00e9rable que la premi\u00e8re insertion de la vie dans la mati\u00e8re. Voil\u00e0 l&#8217;essentielle donn\u00e9e du probl\u00e8me. [&#8230;].<\/p>\n<p>Comment se pr\u00e9sente en effet le probl\u00e8me? Si nous voulons parvenir \u00e0 ins\u00e9rer l&#8217;Homme dans une histoire universelle de la Vie, [&#8230;] ce qu&#8217;il faut n\u00e9cessairement, c&#8217;est le placer au-dessus de la nature inf\u00e9rieure, dans une situation o\u00f9 il la domine, mais qui n\u00e9anmoins ne l&#8217;en d\u00e9racine pas; et cela revient, d&#8217;une fa\u00e7on ou de l&#8217;autre, \u00e0 imaginer, plus haut que la biosph\u00e8re animale et lui faisant suite, une sph\u00e8re humaine, la sph\u00e8re de la r\u00e9flexion, de l&#8217;invention consciente et libre, de la pens\u00e9e proprement dite: bref, la sph\u00e8re de l&#8217;esprit ou\u00a0<em>No\u00f6sph\u00e8re<\/em>. Apr\u00e8s quoi, il faut concevoir, \u00e0 l&#8217;origine de cette grande unit\u00e9 nouvelle, un ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0<em>sui generis<\/em>\u00a0de transformation vitale, affectant tout l&#8217;ensemble biosph\u00e9rique:\u00a0<em>l&#8217;Hominisation<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de\u00a0<em>l&#8217;hominisation<\/em>\u00a0est pr\u00e9cis\u00e9ment ce passage de la biosph\u00e8re \u00e0 la no\u00f6sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Le Roy, no\u00f6sph\u00e8re et biosph\u00e8re sont deux ensembles d&#8217;\u00e9gale ampleur:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00ab Nappe finalement superpos\u00e9e \u00e0 la couche primitive et travers\u00e9e comme elle de multiples courants: c&#8217;est la No\u00f6sph\u00e8re, jaillie, \u00e9man\u00e9e de la Biosph\u00e8re, et qui finit par acqu\u00e9rir la m\u00eame ampleur, la m\u00eame importance que sa g\u00e9n\u00e9ratrice. \u00bb (48-49)<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Concernant sa place dans la structure du monde terrestre, Le Roy \u00e9crira:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00ab il n&#8217;y a pas seulement des classes, des embranchements, des r\u00e8gnes, mais [qu&#8217;] on doit aussi reconna\u00eetre des\u00a0<em>sph\u00e8res<\/em>, dont la no\u00f6sph\u00e8re est la plus r\u00e9cente et dont les mutuels rapports offrent l&#8217;aspect d\u00e9crit ci-dessus.\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>\u00a0(54)<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, Le Roy d\u00e9finit la no\u00f6sph\u00e8re comme une sph\u00e8re humaine au-dessus de la biosph\u00e8re animale; la sph\u00e8re de la r\u00e9flexion, de l&#8217;invention libre et consciente; la sph\u00e8re de la pens\u00e9e elle-m\u00eame, la sph\u00e8re de l&#8217;esprit. L&#8217;\u00e9mergence de la no\u00f6sph\u00e8re s&#8217;est produite simultan\u00e9ment avec l&#8217;\u00e9mergence de l&#8217;humanit\u00e9, de la raison et de la pens\u00e9e humaine. L&#8217;\u00e9volution subs\u00e9quente de l&#8217;humanit\u00e9 a entra\u00een\u00e9 une transition vers une \u00e8re o\u00f9 la pens\u00e9e et l&#8217;esprit acqui\u00e8rent une importance d\u00e9cisive.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 Vernadsky. Ce scientifique, inventeur de la g\u00e9ochimie, de la biog\u00e9ochimie et de la radiog\u00e9n\u00e9alogie, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la soixantaine quand il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer son concept de no\u00f6sphere<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.\u00a0En substance, les vues anthropocosmiques de Vernadsky s&#8217;expriment dans sa compr\u00e9hension de l&#8217;Homme en tant que force plan\u00e9taire, g\u00e9ocosmique, et dans sa compr\u00e9hension de l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, dans ses fondations naturelles, comme un processus \u00e9volutif historique global r\u00e9gulier; un processus dans lequel l&#8217;individu, en marge des groupes de populations, joue un r\u00f4le important et prend une part de plus en plus active. Les id\u00e9es bio- et anthropocosmiques de Vernadsky constituent un syst\u00e8me philosophique et scientifique int\u00e9gr\u00e9. Au coeur de ce syst\u00e8me r\u00e9side l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une transition d&#8217;ordre qualitatif de la biosph\u00e8re en une no\u00f6sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 cette transition, selon Vernadsky, sont les suivantes: l&#8217;exclusion finale et compl\u00e8te des guerres dans nos soci\u00e9t\u00e9s; la colonisation humaine sur toute la surface terrestre; le d\u00e9veloppement et l&#8217;am\u00e9lioration de nos moyens de communication et d&#8217;\u00e9change; le d\u00e9veloppement d&#8217;une coop\u00e9ration \u00e9conomique, politique, culturelle entre les peuples; la d\u00e9couverte de nouvelles sources d&#8217;\u00e9nergie; la disparition de l&#8217;oppression raciale; l&#8217;\u00e9limination de toute hostilit\u00e9 sur une base ethnique et religieuse; l&#8217;\u00e9limination de la faim, de la famine, de la pauvret\u00e9, des maladies graves, des \u00e9pid\u00e9mies; la conservation de la nature; le renouvellement rationnel et le d\u00e9veloppement de la biosph\u00e8re. Dans la transition de la biosph\u00e8re \u00e0 la no\u00f6sph\u00e8re, Vernadsky attache une signification tr\u00e8s particuli\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e9radication des petites et grandes guerres, les crimes de masses organis\u00e9s, comme il les appellent. Cette \u00e9radication serait, selon lui, la premi\u00e8re manifestation r\u00e9elle de la no\u00f6sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Parmi les facteurs moteurs qui vont permettre cette transition de la biosph\u00e8re \u00e0 la no\u00f6sph\u00e8re, Vernadsky note: la raison scientifique, les activit\u00e9s de personnalit\u00e9s \u00e9minentes; la cr\u00e9ativit\u00e9 des groupes de populations; le d\u00e9veloppement sous toutes ces formes de la culture mat\u00e9rielle et spirituelle, aussi bien que l&#8217;\u00e9ducation nationale, sur une base humaniste. Vernadsky croit fermement que l&#8217;humanit\u00e9 pourra r\u00e9soudre les difficiles probl\u00e8mes qui se trouvent devant elle dans sa marche vers la no\u00f6sphere.<\/p>\n<p>Vernadsky fait preuve de ce grand optimisme, qui \u00e9tonne encore aujourd&#8217;hui, au moment o\u00f9 sa pens\u00e9e scientifique et philosophique atteind son apog\u00e9e, en plein coeur du conflit de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement,<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00ab la no\u00f6sph\u00e8re est le nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9ologique sur notre plan\u00e8te. Pour la premi\u00e8re fois, l&#8217;humanit\u00e9 repr\u00e9sente une force g\u00e9ologique \u00e0 grande \u00e9chelle. L&#8217;Homme peut et doit reb\u00e2tir son milieu de vie par son travail et sa pens\u00e9e, le transformant de plus en plus par rapport au pass\u00e9. Des possibilit\u00e9s cr\u00e9atrices s&#8217;ouvrent de plus en plus largement devant nous. Il se pourrait que la g\u00e9n\u00e9ration de nos petits-enfants s&#8217;approchera de ce fleurissement. [&#8230;]. La no\u00f6sph\u00e8re est la derni\u00e8re \u00e9tape de l&#8217;\u00e9volution de la biosph\u00e8re dans l&#8217;histoire g\u00e9ologique. [&#8230;]. Nous vivons maintenant dans la p\u00e9riode d&#8217;un nouveau changement g\u00e9ologique \u00e9volutif dans la biosph\u00e8re. Nous entrons dans la no\u00f6sph\u00e8re. Ce nouveau processus g\u00e9ologique \u00e9l\u00e9mentaire est en train de se mettre en place \u00e0 un moment de temp\u00eate, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque d&#8217;une guerre destructive. Mais ce qui est important, c&#8217;est que nos id\u00e9aux d\u00e9mocratiques soient en harmonie avec les processus g\u00e9ologiques \u00e9l\u00e9mentaires, avec les lois de la nature, et avec la no\u00f6sph\u00e8re. Par cons\u00e9quent, nous pouvons envisager le futur avec confiance. Il est entre nos mains \u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Une utopie, la pens\u00e9e de Vernadsky? C&#8217;est \u00e0 la science qu&#8217;il attribue un r\u00f4le sp\u00e9cial dans la transition vers la no\u00f6sph\u00e8re. Vernadsky consid\u00e8re la science comme \u00e9tant le lien le plus fort au plan universel, et le seul domaine o\u00f9 l&#8217;humanit\u00e9 a la possibilit\u00e9 de progresser de mani\u00e8re continue. Il voit pour le cours du 20e si\u00e8cle une explosion sans pr\u00e9c\u00e9dent de la pens\u00e9e scientifique, un &#8220;changement radical de la vision mondiale par les humains&#8221;, et &#8220;la reconnaissance de la no\u00f6sph\u00e8re comme but ultime \u00e0 atteindre&#8221;. Sous l&#8217;aspect socio-psychologique, la transition vers la no\u00f6sph\u00e8re pr\u00e9suppose, selon les vues de Vernadsky, \u00abl&#8217;humanit\u00e9 comme une seule communaut\u00e9, et tous les humains r\u00e9unis en fraternit\u00e9\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, une sorte de\u00a0<em>sobornost<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><strong>[18]<\/strong><\/a><\/em>, (<em>C\u043e\u0431\u043e\u0440\u043d\u043e\u0441\u0442\u044c<\/em>\u00a0&#8220;Communaut\u00e9 spirituelle de personnes vivant ensemble&#8221;). Beaucoup de critiques attribuent \u00e0 Vernadsky une pens\u00e9e utopique; ce n&#8217;est pas ce que croit Heylighen (2002)<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, qui y voit au contraire les pr\u00e9misses de l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un cerveau global, plan\u00e9taire. Je reviendrai plus loin sur ce dernier aspect.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>En somme,\u00a0Vernadsky voit deux sens \u00e0 ce terme. Le premier est le sens g\u00e9ologique dont on a parl\u00e9 plus haut: la no\u00f6sph\u00e8re est l&#8217;\u00e9tat actuel de la biosph\u00e8re dans lequel l&#8217;homme est devenu un facteur g\u00e9ologique. Le second est un \u00e2ge de raison vers lequel il faut tendre et qu&#8217;il faut construire. Dans cet \u00e2ge de raison, l&#8217;humanit\u00e9 sera \u00ab consciente de son unit\u00e9 biologique et de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de tous les hommes \u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les concepts de no\u00f6sph\u00e8re de Vernadsky<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0et de Pierre Teilhard de Chardin, si on en croit les nombreux chroniqueurs et comparatistes<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, pr\u00e9sentent beaucoup de similarit\u00e9s<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Et m\u00eame s&#8217;il est vrai qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s par les deux scientifiques au cours de leurs \u00e9changes \u00e0 Paris, au moment o\u00f9 Teilhard de Chardin et son ami Eug\u00e8ne Le Roy suivaient les m\u00eames s\u00e9minaires de Vernadsky \u00e0 la Sorbonne de 1920 \u00e0 1924, ils sont consid\u00e9r\u00e9s par d&#8217;autres comme fondamentalement diff\u00e9rents (Levit 2000<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, 2001<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>). En se fondant sur une comparaison m\u00e9thodique de leurs th\u00e9ories et de leurs m\u00e9thodologies scientifiques respectives, Levit (2000:168), par exemple, conclut que la conception de no\u00f6sph\u00e8re de Teilhard de Chardin et celle de Vernadsky n&#8217;ont rien en commun, mis \u00e0 part le terme &#8216;no\u00f6sph\u00e8re&#8217; utilis\u00e9 par les deux th\u00e9oriciens<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>La place de l&#8217;homme dans la nature. Le groupe zoologique humain<\/em>\u00a0(1949:36)<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, Teilhard de Chardin fait une mis en garde, peut-\u00eatre \u00e0 l&#8217;intention de Le Roy et de Vernadsky, qu&#8217;il ne cite pas, sur sa vision de la biosph\u00e8re:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00ab Par Biosph\u00e8re il faut entendre ici, non pas, comme le font \u00e0 tort quelques-uns, la zone p\u00e9riph\u00e9rique du globe o\u00f9 se trouve confin\u00e9e la Vie, mais bien la pellicule m\u00eame de substance organique dont nous appara\u00eet aujourd&#8217;hui envelopp\u00e9e la Terre : couche vraiment structurelle de la plan\u00e8te, malgr\u00e9 sa minceur ! Film sensible de l&#8217;astre qui nous porte, &#8211; et dispositif admirablement ajust\u00e9 o\u00f9 transpara\u00eet, si nous savons voir, la liaison ([&#8230;]) qui rattache entre elles, au sein d&#8217;un m\u00eame dynamisme cosmique, Biologie, Physique et Astronomie. \u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Concernant pr\u00e9cis\u00e9ment la no\u00f6sph\u00e8re, qui nous int\u00e9resse plus essentiellement ici, Vernadsky et Teilhard de Chardin soutiennent tous les deux que l&#8217;\u00e9volution est un processus orient\u00e9, et leurs sch\u00e9mas \u00e9volutifs correspondent approximativement jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;apparition de la vie intelligente. \u00c0 partir de ce point, leurs visions respectives de l&#8217;\u00e9volution divergent parce qu&#8217;elles impliquent des buts enti\u00e8rement diff\u00e9rents. Vernadsky et Teilhard de Chardin esquissent deux portraits absolument diff\u00e9rents de la no\u00f6sph\u00e8re, m\u00eame si l&#8217;un et l&#8217;autre soutiennent \u00eatre stictement\u00a0<em>ph\u00e9nom\u00e9nologiques<\/em>, et fonder leur propre th\u00e9orie sur des g\u00e9n\u00e9ralisations empiriques.<\/p>\n<p>Vernadsky voit la no\u00f6sph\u00e8re comme une \u00e9tape l\u00e9gitime dans l&#8217;\u00e9volution de la biosph\u00e8re. La caract\u00e9ristique d\u00e9terminante de cette derni\u00e8re \u00e9tape de l&#8217;\u00e9volution biosph\u00e9rique est la domination de la raison scientifique. La science influence, acc\u00e9l\u00e8re, transforme et prend sous son contr\u00f4le les processus naturels biosph\u00e9riques. En m\u00eame temps, la science est aussi un ph\u00e9nom\u00e8ne plan\u00e9taire naturel. Du point de vue de Vernadsky, la no\u00f6sph\u00e8re n&#8217;est pas une nouvelle sph\u00e8re sur la surface de la Terre, parce que tous les \u00e9v\u00e9nements noosph\u00e9riques prennent place dans le cadre du stratum g\u00e9ologique biosph\u00e9rique. Il n&#8217;y a aucun mysticisme dans cette vision, et Vernadsky ne discute jamais les limites temporelles ou la fin possible de la no\u00f6sph\u00e8re.<\/p>\n<p>Selon Levit (2000:167)<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, Teilhard de Chardin d\u00e9peint une \u00e9volution imaginaire de la no\u00f6sph\u00e8re. Le c\u00f4t\u00e9 int\u00e9rieur, psychique, de la mati\u00e8re, l'&#8221;\u00e9nergie radiale&#8221;, oriente la mati\u00e8re vers des niveaux plus haut d&#8217;organisation qui culminent dans la fin du processus \u00e9volutif. Cette fin est externe \u00e0 l&#8217;\u00e9volution elle-m\u00eame. La no\u00f6sph\u00e8re terrestre sera remplac\u00e9e par un super-cerveau et ira s&#8217;unir dans le soit-disant\u00a0<em>point Omega<\/em>. Teilhard de Chardin voyait la no\u00f6sph\u00e8re comme une \u00e9tape transitoire de l&#8217;\u00e9volution de la biosph\u00e8re vers le point Omega. Il d\u00e9crit la no\u00f6sph\u00e8re comme une pellicule au-dessus la biosph\u00e8re, qui marque le d\u00e9but du processus de s\u00e9paration. L&#8217;\u00e9nergie radiale entre dans une \u00e9tape de domination visible et de s\u00e9paration partielle sur sa route vers son ind\u00e9pendance totale.<\/p>\n<p>Dans le monde th\u00e9orique de Vernadsky, pour clore cette br\u00e8ve comparaison, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;Omega est impensable, puisqu&#8217;elle est incompatible avec les concepts fondamentaux biog\u00e9o-chimiques.<\/p>\n<p>Cet &#8220;Omega&#8221;, terme et moteur de la mont\u00e9e de l&#8217;esprit, est l\u2019accomplissement de l&#8217;esprit dans une super-personne, dou\u00e9e d&#8217;un pouvoir d&#8217;hyper-r\u00e9flexion et d&#8217;une capacit\u00e9 d&#8217;amour telle qu&#8217;elle puisse aimer tous les hommes. Notons que cette extrapolation se situe au terme d&#8217;une d\u00e9marche rationnelle et qu&#8217;elle se pr\u00e9sente comme une hypoth\u00e8se, celle d&#8217;un esprit \u00e9pris d&#8217;absolu. Dans ses derniers ouvrages, Teilhard\u00a0de Chardin\u00a0fera le lien entre cette vision cosmique de l&#8217;avenir et l&#8217;attente du retour du Christ. Il y aura pour lui convergence du &#8220;christique&#8221; et du &#8220;cosmique&#8221;. Le Point Om\u00e9ga verra dans l&#8217;amour, la conjonction Christ\/Humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Teilhard de Chardin explore l&#8217;id\u00e9e de la no\u00f6sph\u00e8re dans la plupart de ses oeuvres, mais c&#8217;est dans\u00a0<em>Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>\u00a0(1955)<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, et\u00a0<em>L&#8217;avenir de l&#8217;homme<\/em>\u00a0(1959)<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, o\u00f9 l&#8217;on en trouve sa conception la plus achev\u00e9e. V\u00e9ritable \u00abma\u00eetre \u00e0 penser scientifique et spirituel\u00bb, il nous a l\u00e9gu\u00e9 une vision unique de l&#8217;Univers et son \u00e9volution.<\/p>\n<p>L&#8217;Univers, selon Teilhard de Chardin, se con\u00e7oit comme une succession continue de fils \u00e9volutifs entrem\u00eal\u00e9s, incorporant les plantes, les animaux, la plan\u00e8te, le cosmos, et ce qui lui est particulier, non seulement l&#8217;\u00e9volution physique et mentale de l&#8217;humanit\u00e9, mais aussi son ascension spirituelle. Dans son estimation, l&#8217;humanit\u00e9 est le couronnement de l&#8217;ach\u00e8vement de l&#8217;Univers, parce que c&#8217;est en nous, et, pour autant que nous le sachions, seulement en nous que la Cr\u00e9ation est devenue consciente d&#8217;elle-m\u00eame. L&#8217;ascension \u00e9volutive des \u00eatres humains se pr\u00e9sente, selon la th\u00e9orie de Teilhard de Chardin, en deux phases d&#8217;un processus qu&#8217;il appelle la &#8220;plan\u00e9tisation&#8221;. La premi\u00e8re est la phase &#8220;Allez et multipliez-vous&#8221;, au cours de laquelle l&#8217;Humanit\u00e9 prend son expansion, autant en quantit\u00e9 (par le nombre de ses individus comme tel) qu&#8217;en qualit\u00e9 (par son d\u00e9veloppement psychologique et spirituel). Durant cette longue p\u00e9riode d&#8217;expansion, des diff\u00e9rences physiques et culturelles ont isol\u00e9 les peuples de la Terre les uns des autres, au fur et \u00e0 mesure qu&#8217;ils se sont r\u00e9pandus pour remplir tous les recoins de la plan\u00e8te. Au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, la plupart des r\u00e9gions habitables \u00e9tant occup\u00e9es, les races ont commenc\u00e9 \u00e0 converger. Gr\u00e2ce \u00e0 la technologie, une \u00e9nergie tangentielle tend \u00e0 se manifester en r\u00e9ponse \u00e0 tous les habitants de la Terre cherchant \u00e0 se joindre les uns aux autres. Les peuples partagent leurs guerres, leurs couronnements, leurs pr\u00e9occupations. Ainsi se d\u00e9veloppe la loi de la complexit\u00e9-conscience<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. Nous avons atteint la fin de l&#8217;expansion, l&#8217;\u00e9tape de &#8220;diversit\u00e9&#8221;, et nous entrons maintenant dans la contraction, l&#8217;\u00e9tape unifiante. \u00c0 ce point, la th\u00e9orie de Teilhard de Chardin va totalement \u00e0 l&#8217;encontre de celle de Darwin, quand il pose que le succ\u00e8s de l&#8217;humanit\u00e9 dans la seconde \u00e9tape ne sera pas d\u00e9termin\u00e9e par la &#8220;loi du plus fort&#8221;, mais par notre capacit\u00e9 \u00e0 converger et \u00e0 nous unifier (Mabry, 2004)<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>. Le bond le plus important de l&#8217;\u00e9tape de convergence est la formation de la no\u00f6sph\u00e8re. Sa formation commence par un r\u00e9seau mondial de commerce, de communications, d&#8217;accumulation et d&#8217;\u00e9change de connaissances, de recherche coop\u00e9rative, le tout tiss\u00e9 sur un support mat\u00e9riel permettant la convergence vers une sph\u00e8re de pens\u00e9e collective. D&#8217;aucuns ont vu dans ces derniers \u00e9l\u00e9ments l&#8217;anticipation de l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;Internet et de la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;information tels que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 les conna\u00eetre cinquante ans plus tard.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Dans le domaine de la science seulement, aucun individu ne conna\u00eet plus qu&#8217;une infime fraction de la somme totale de la connaissance scientifique, et chaque scientifique est d\u00e9pendant, non seulement pour son apprentissage mais pour tous ses travaux subs\u00e9quents, des traditions et des ressources qui sont la possession collective de toute une soci\u00e9t\u00e9 compos\u00e9e des \u00eatres vivants et des morts. Tout comme la Terre est couverte depuis longtemps d&#8217;un film d&#8217;organismes vivants interd\u00e9pendants que nous appelons la biosph\u00e8re, ainsi les accomplissements combin\u00e9s de l&#8217;humanit\u00e9 forment un r\u00e9seau plan\u00e9taire de pens\u00e9e collective. \u00ab Malgr\u00e9 ses liaisons organiques, dont l\u2019existence nous est apparue partout, \u00e9crit Teilhard de Chardin (1955:171-72)<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, la Biosph\u00e8re ne formait encore qu\u2019un assemblage de lignes divergentes, libres aux extr\u00e9mit\u00e9s. Sous l\u2019effet de la R\u00e9flexion, et des reploiements que celle-ci entra\u00eene, les cha\u00eenes se ferment ; et la No\u00f6sph\u00e8re tend \u00e0 se constituer en un seul syst\u00e8me clos, \u2014 o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment pour soi voit, sent, d\u00e9sire, souffre les m\u00eames choses que tous les autres \u00e0 la fois. Une collectivit\u00e9 harmonis\u00e9e des consciences, \u00e9quivalente \u00e0 une sorte de super-conscience. La Terre non seulement se couvrant de grains de pens\u00e9e par myriades, mais s\u2019enveloppant d\u2019une seule enveloppe pensante, jusqu\u2019\u00e0 ne plus former fonctionnellement qu\u2019un seul vaste Grain de Pens\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sid\u00e9rale. La pluralit\u00e9 des r\u00e9flexions individuelles se groupant et se renfor\u00e7ant dans l\u2019acte d\u2019une seule R\u00e9flexion unanime \u00bb. On note ici en germes cette id\u00e9e d&#8217;une\u00a0<em>pens\u00e9e plan\u00e9taire<\/em>,\u00a0<em>cerveau global<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>cerveau plan\u00e9taire,<\/em>\u00a0qui sera abondamment reprise dans le dernier quart du 20e si\u00e8cle par des philosophes, sociologues et penseurs tels que Jo\u00ebl de Rosnay, Pierre L\u00e9vy, et Francis Heylighen, pour ne citer que ceux-ci. J&#8217;y reviendrai au chapitre quatre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Internet et No\u00f6sph\u00e8re<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Teilhard de Chardin \u00e9tait \u00e0 la fois un scientifique, g\u00e9ologue et pal\u00e9ontologue de formation, et un j\u00e9suite consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab ma\u00eetre spirituel \u00bb du 20e si\u00e8cle. Cette double &#8220;qualit\u00e9&#8221;, dirais-je, le pla\u00e7ait dans une position d&#8217;observateur averti o\u00f9 il pouvait avec assurance et conviction traiter \u00e0 la fois de l&#8217;origine et de l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;humanit\u00e9, mais aussi ultimement envisager son avenir. En un certain sens, cela faisait de lui un grand visionnaire.<\/p>\n<p>Dans cet avenir, Teilhard de Chardin y voyait la rencontre et la fusion avec l&#8217;\u00catre supr\u00eame, le\u00a0<em>point Omega<\/em>. Ce dernier aspect, sa vision et ultime qu\u00eate mystiques, est en g\u00e9n\u00e9ral n\u00e9glig\u00e9 par la plupart de ceux qui voient dans Internet le d\u00e9ploiement de la no\u00f6sph\u00e8re tel que l&#8217;envisageait Teilhard de Chardin.<\/p>\n<p>Il est proprement r\u00e9ducteur, comme plusieurs le sugg\u00e8rent, de ramener la vision de no\u00f6sph\u00e8re de Teilhard de Chardin \u00e0 l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;Internet; pour ce penseur le but ultime \u00e9tant mystique, l&#8217;atteinte du point Omega, je l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit, Internet ne saurait \u00eatre rien de plus qu&#8217;une \u00abMachine\u00bb, \u00ablib\u00e9ratrice\u00bb et \u00abconstructive\u00bb certes, mais bien en de\u00e7\u00e0 de ses perspectives. Pour \u00eatre juste avec ceux-ci, il est vrai que Teilhard de Chardin a anticip\u00e9 la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux de communication, et \u00e9galement d&#8217;autres d\u00e9veloppements technologiques importants, mais dont la finalit\u00e9 dans sa noog\u00e9n\u00e8se est de relier les individus, leurs pens\u00e9es, leurs cerveaux dans une forme bien sup\u00e9rieure \u00e0 ce simple instrument technologique de communication et d&#8217;\u00e9change d&#8217;information, que nous connaissons aujourd&#8217;hui. Remis en contexte, voici comment, comparant l&#8217;appareil c\u00e9r\u00e9bral humain et l&#8217;appareil pensant social, Teilhard de Chardin (1959:189-191), anticipe la mise en place d&#8217;un r\u00e9seau de communication mondial, mais aussi l&#8217;\u00e9volution de nouvelles technologies, pour nous conduire plus loin pas \u00e0 pas \u00e0 sa vision d&#8217;une Humanit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale pensante interreli\u00e9e:<\/p>\n<p>\u00ab Entre l&#8217;anc\u00e9phale humain, avec ses billions de cellules nerveuses enchev\u00eatr\u00e9es, et l&#8217;appareil pensant social, avec ses millions d&#8217;individus r\u00e9fl\u00e9chissant solidairement, une certaine parent\u00e9 est \u00e9vidente [&#8230;]. Ici un cerveau \u00e9l\u00e9mentaire, form\u00e9 de noyaux nerveux; l\u00e0 un Cerveau de cerveaux. Entre les deux complexes organiques, bien s\u00fbr, une diff\u00e9rence capitale intervient. Tandis que, dans le cerveau individuel, la pens\u00e9e \u00e9merge de fibres nerveuses non pensantes, &#8211; dans le cas du cerveau collectif, au contraire, chaque \u00e9l\u00e9ment est lui-m\u00eame un foyer autonome de r\u00e9flexion. Sur chaque point de similitude la comparaison, pour \u00eatre juste, doit \u00e9videmment tenir compte de ce changement d&#8217;ordre. Mais, cette r\u00e9serve faite, il reste que les analogies, d&#8217;un syst\u00e8me \u00e0 l&#8217;autre, sont tellement nombreuses, tellement urgentes, que l&#8217;esprit se refuse \u00e0 ne voir dans ce parall\u00e9lisme qu&#8217;une simple convergence ext\u00e9rieure ou un simple accident. &#8211; Examinons donc rapidement ici ce qu&#8217;on pourrait appeler\u00a0<em>l&#8217;organe \u00abc\u00e9r\u00e9bro\u00efde\u00bb de la No\u00f6sph\u00e8re<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\"><strong>[34]<\/strong><\/a><\/em>, aussi bien dans sa structure que dans son fonctionnement.<\/p>\n<p>Dans sa structure d&#8217;abord. [&#8230;] Gr\u00e2ce \u00e0 la Machine, l&#8217;Homme est parvenu \u00e0 \u00e9viter, sur le double plan individuel et collectif, que f\u00fbt absorb\u00e9 le meilleur de lui-m\u00eame ([&#8230;]) dans le physiologique et le fonctionnel. Mais en plus et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce r\u00f4le pr\u00e9servateur, comment ne pas voir le r\u00f4le constructeur jou\u00e9 par elle dans\u00a0<em>l&#8217;\u00e9closion d&#8217;une conscience vraiment collective<\/em>? La Machine lib\u00e9ratrice, sans doute d\u00e9lestant la pens\u00e9e, tant individuelle que sociale, de tout ce qui alourdirait son ascension. Mais la Machine constructive, aussi, aidant \u00e0 se nouer sur soi, \u00e0 se concentrer sous forme d&#8217;un organisme toujours plus p\u00e9n\u00e9trant les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9fl\u00e9chis de la Terre.<\/p>\n<p>Et ici, naturellement, je songe en premier \u00e0\u00a0<em>l&#8217;extraordinaire r\u00e9seau de communications radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuelles<\/em>\u00a0qui, anticipant peut-\u00eatre\u00a0<em>une syntonisation directe des cerveaux<\/em>\u00a0au moyen des forces encore myst\u00e9rieuses de la\u00a0<em>t\u00e9l\u00e9pathie<\/em>, nous reliant d\u00e9j\u00e0 tous, actuellement, dans une sorte de conscience \u00ab\u00e9th\u00e9r\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p>Mais je songe aussi \u00e0\u00a0<em>la mont\u00e9e insidieuse de ces \u00e9tonnantes machines \u00e0 calcul<\/em>\u00a0qui, gr\u00e2ce \u00e0 des signaux combin\u00e9s \u00e0 raison de plusieurs centaines de mille par seconde, non seulement viennent soulager notre cerveau d&#8217;un travail fastidieux et \u00e9puisant, mais encore, parce qu&#8217;elles augmentent en nous le facteur essentiel (et trop peu observ\u00e9) de la \u00abvitesse de pens\u00e9e\u00bb, sont en train de pr\u00e9parer une r\u00e9volution dans le domaine de la Recherche.<\/p>\n<p>Et je songe enfin \u00e0 d&#8217;autres appareils, tels que le microscope \u00e9lectronique, [&#8230;].<\/p>\n<p>Tous ces progr\u00e8s, et combien d&#8217;autres, une certaine philosophie en sourit avec d\u00e9dain. \u00abMachines commerciales, entend-on r\u00e9p\u00e9ter, machines de gens press\u00e9s, pour gagner du temps et de l&#8217;argent.\u00bb \u00d4 aveugles, a-t-on envie de dire, comment n&#8217;apercevez-vous pas que ces instruments mat\u00e9riels, in\u00e9luctablement reli\u00e9s les uns aux autres dans leur apparition et leur d\u00e9veloppement, ne sont finalement pas autre chose que les lin\u00e9aments d&#8217;une sorte particuli\u00e8re de super-cerveau, capable de s&#8217;\u00e9lever \u00e0 la ma\u00eetrise de quelque super-domaine dans l&#8217;Univers et dans la Pens\u00e9e! \u00abTout est pour l&#8217;individu\u00bb, n&#8217;a pas craint de r\u00e9affirmer r\u00e9cemment, mon g\u00e9nial ami Gaylord Simpson<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. \u00abEntendons-nous bien ici. Scientifiquement parlant, sans doute, aucun foyer distinct de conscience super-humaine ne se pr\u00e9cise encore sur Terre [&#8230;] dont on ne puisse affirmer ou pr\u00e9dire qu&#8217;il doive un jour, vis-\u00e0-vis des pens\u00e9es humaines associ\u00e9es, jouer le r\u00f4le centralisateur tenu par notre \u00abmoi\u00bb individuel vis-\u00e0-vis des cellules composant notre cerveau. Mais ceci ne veut pas dire, bien au contraire, que,\u00a0<em>sous l&#8217;influence des liaisons qui les rassemblent, nos intelligences group\u00e9es<\/em>\u00a0ne se montrent pas capables d&#8217;obtenir, travaillant toutes ensemble, certains effets que chacune serait incapable de r\u00e9aliser isol\u00e9ment, et dont chacune, au sein de l&#8217;op\u00e9ration collective, b\u00e9n\u00e9ficie \u00abint\u00e9gralement\u00bb, encore que \u00abnon totalement\u00bb.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le\u00a0<em>ph\u00e9nom\u00e8ne de la recherche<\/em>, jug\u00e9 universel et caract\u00e9ristique des temps modernes, est central pour Teilhard de Chardin, dans sa vision d&#8217;une conscientisation collective et l&#8217;av\u00e8nement de la no\u00f6sph\u00e8re. Voici comment il en per\u00e7oit l&#8217;\u00e9volution (194-195):<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00abD\u00e8s le premier \u00e9veil de sa conscience r\u00e9fl\u00e9chie, l&#8217;Homme, bien s\u00fbr, s&#8217;est trouv\u00e9 poss\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9mon de la Recherhe. Mais, jusqu&#8217;\u00e0 une \u00e9poque toute r\u00e9cente, ce besoin profond restait, dans la masse humaine, latent, diffus, inorganis\u00e9. \u00c0 chaque g\u00e9n\u00e9ration, dans le pass\u00e9, les vrais chercheurs, les chercheurs de vocation et de profession, se reconnaissaient; mais ils ne repr\u00e9sentent gu\u00e8re plus d&#8217;une poign\u00e9e d&#8217;individus, g\u00e9n\u00e9ralement isol\u00e9s, de type plut\u00f4t anormal, &#8211; le groupe des \u00abcurieux\u00bb. Or aujourd&#8217;hui, sans que nous y ayons pris garde, la situation se trouve compl\u00e8tement chang\u00e9e. C&#8217;est par centaines de mille, en ce moment, que les hommes, dans toutes les directions de la Mati\u00e8re, de la Vie et de la Pens\u00e9e, sont en train de chercher, non plus seuls, mais par \u00e9quipes organis\u00e9es, dou\u00e9es d&#8217;une force de p\u00e9n\u00e9tration que rien ne semble pouvoir arr\u00eater. Et ici encore le mouvement se g\u00e9n\u00e9ralise, il s&#8217;acc\u00e9l\u00e8re, au point qu&#8217;il faudrait \u00eatre aveugle pour n&#8217;y pas voir une d\u00e9rive essentielle des choses. Manifestement, la Recherche, hier encore une occupation de luxe, est en passe de devenir fonction primaire, et m\u00eame principale, de l&#8217;Humanit\u00e9. &#8211; Que veut dire ce grand \u00e9v\u00e9nement? Je n&#8217;y vois pour ma part qu&#8217;une explication. C&#8217;est que l&#8217;\u00e9norme exc\u00e8s d&#8217;\u00e9nergie libre d\u00e9gag\u00e9 par le reploiement de la No\u00f6sph\u00e8re est naturellement, \u00e9volutivement, destin\u00e9 \u00e0 passer dans la construction et le fonctionnement de ce que j&#8217;ai appel\u00e9 son \u00abcerveau\u00bb. Semblable en cela, bien qu&#8217;\u00e0 une \u00e9chelle immense, \u00e0 tous les organismes qui l&#8217;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e,\u00a0<em>l&#8217;Humanit\u00e9, progressivement, se \u00abc\u00e9phalise\u00bb<\/em>. Pour occuper ce qu&#8217;on appelle nos loisirs, pas d&#8217;autre moyen biologique, donc, que de les consacrer \u00e0 un nouveau travail, de nature sup\u00e9rieure: \u00e0 savoir un effort g\u00e9n\u00e9ral et collectif de vision.\u00a0<em>La No\u00f6sph\u00e8re, &#8211; une immense machine \u00e0 penser<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Qui saurait dire o\u00f9 nous m\u00e8nera demain la trajectoire de la no\u00f6sph\u00e8re? \u00c0 cette question, Teilhard de Chardin posera ceci (196-198):<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Une fois \u00e9tabli que la formation d&#8217;un organisme collectif humain, d&#8217;une No\u00f6sph\u00e8re, ob\u00e9it \u00e0 la loi g\u00e9n\u00e9rale de r\u00e9currence qui fait, dans l&#8217;Univers, monter la conscience en fonction de la complexit\u00e9, vers quelles r\u00e9gions, \u00e0 travers quelles phases, sommes-nous conduits \u00e0 imaginer que monte et nous entra\u00eene la courbe prolong\u00e9e de l&#8217;hominisation?<\/p>\n<p>Tout pr\u00e8s de nous (et, en fait, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9e) se dessine en premier lieu ce qu&#8217;on pourrait appeler une \u00abphase de plan\u00e9tisation\u00bb. [&#8230;]<\/p>\n<p>En se plan\u00e9tisant l&#8217;Humanit\u00e9 acquiert de nouveaux pouvoirs psychiques lui permettant de super-organiser la Mati\u00e8re. Mais, effet plus important encore, ne devient-elle pas susceptible, par rapprochemenet direct de ses membres, de d\u00e9gager (comme par r\u00e9sonnance)\u00a0<em>certains pouvoirs psychiques jusqu&#8217;ici insoup\u00e7onn\u00e9s<\/em>? J&#8217;ai mentionn\u00e9 plus haut l&#8217;\u00e9mergence r\u00e9cente, dans notre esprit, de certaines facult\u00e9s nouvelles: sens de la dur\u00e9e g\u00e9n\u00e9tique, sens du collectif. In\u00e9vitablement, par cons\u00e9quence naturelle, cet \u00e9veil aboutit \u00e0 renforcer en nous, de toutes parts, un sens g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;organisation \u00e0 la faveur duquel le r\u00e9seau entier des relations inter-humaines et inter-cosmiques se charge d&#8217;une urgence, d&#8217;une intimit\u00e9, d&#8217;un r\u00e9alisme, depuis longtemps r\u00eav\u00e9s ou pressentis par certaines \u00e2mes particuli\u00e8rement dou\u00e9es du \u00absens de l&#8217;Universel\u00bb, mais point encore\u00a0<em>collectivement exp\u00e9riment\u00e9s<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\"><strong>[36]<\/strong><\/a><\/em>. Et bien, c&#8217;est au sein et \u00e0 la faveur de ce milieu interne nouveau, propre \u00e0 la Vie plan\u00e9tis\u00e9e, qu&#8217;appara\u00eet possible un \u00e9v\u00e9nement demeur\u00e9 jusqu&#8217;alors irr\u00e9alisable: je veux dire\u00a0<em>l&#8217;envahissement de la masse humaine par des forces de sympathie<\/em>. Sympathie passive, peut-\u00eatre &#8211; un certain accord des \u00e2mes g\u00e9n\u00e9ralisant et normalisant les ph\u00e9nom\u00e8nes encore sporadiques et incoh\u00e9rents de\u00a0<em>t\u00e9l\u00e9pathie<\/em>. Sympathie active, surtout, chaque \u00e9l\u00e9ment humain brisant, sous l&#8217;effet des hautes tensions noosph\u00e8riques, l&#8217;isolant qui l&#8217;enserre, pour tomber dans le champ, th\u00e9oriquement conjecturable, de prodigieuses affinit\u00e9s. Car si telle est la puissance des liens rapprochant de simples atomes, \u00e0 quoi ne pas nous attendre, si ces liens arrivaient \u00e0 se \u00abcontracter\u00bb entre mol\u00e9cules humaines? Sous nos yeux, disais-je,\u00a0<em>l&#8217;Humanit\u00e9 tisse son cerveau<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ces longs extraits<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, qu&#8217;on me pardonnera, ont l&#8217;avantage de poser de fa\u00e7on non interpr\u00e9tatives les propositions de Teilhard de Chardin, et de montrer clairement que c&#8217;est bien l&#8217;aspect psychique qu&#8217;il entrevoit dans sa conception de la no\u00f6sph\u00e8re, et non seulement l&#8217;aspect purement technologique d&#8217;Internet, comme le sugg\u00e8rent \u00e0 tort de nombreux cyberphilosophes et cyberanthropologues<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>\u00a0du Net. Il ne serait tout de m\u00eame pas inappropri\u00e9, et ce ne serait pas trahir la pens\u00e9e de Teilhard de Chardin, que de pr\u00e9tendre qu&#8217;Internet comme outil ou comme \u00abmachine\u00bb ne repr\u00e9sente qu&#8217;<em>une<\/em>\u00a0\u00e9tape,\u00a0<em>technosph\u00e9rique<\/em>, dans l&#8217;attente de l&#8217;accession de l&#8217;union psychique anticip\u00e9e dans sa vision de la no\u00f6sph\u00e8re. C&#8217;est la lecture correcte qu&#8217;en fait Hagerty (2000)<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, qui essaie d&#8217;expliquer les changements que traverse l&#8217;humanit\u00e9, en s&#8217;appuyant sur la th\u00e9orie de Teilhard de Chardin selon qui la densit\u00e9 d&#8217;information sous-jacente \u00e0 une masse de complexit\u00e9 est ce qui cr\u00e9e la conscience de soi. Poursuivant cette th\u00e8se, Hagerty postule que la densit\u00e9 de plus en plus forte d&#8217;information et son accessibilit\u00e9 de plus en plus large devrait conduire \u00e0 une nouvelle expansion subs\u00e9quente de la conscience humaine. Dans ce processus, l&#8217;auteur discute de la th\u00e9orie du chaos, les implications de la puissance toujours grandissante des ordinateurs, l&#8217;\u00e9volution consciente, l&#8217;importance de la libert\u00e9 de pens\u00e9e, et le pouvoir et la responsabilit\u00e9 de chaque individu. Ultimement, il sugg\u00e8re qu&#8217;Internet ne peut \u00eatre qu&#8217;une \u00e9tape vers un plus haut niveau de conscience pour toute l&#8217;humanit\u00e9. Cela est \u00e9galement la position que je maintiendrai ici. \u00c0 cette \u00e9tape, pourquoi ne pas donner simplement le nom de<em>technosph\u00e8re<\/em>?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Teilhard de Chardin voyait trois phases majeures dans le processus d&#8217;\u00e9volution. La premi\u00e8re phase significative a d\u00e9but\u00e9 quand la vie est n\u00e9e du d\u00e9veloppement de la biosph\u00e8re. La seconde a commenc\u00e9 \u00e0 la fin de l&#8217;\u00e8re tertiaire, quand les humains ont \u00e9merg\u00e9 avec une pens\u00e9e r\u00e9fl\u00e9chie. Une fois que les humains r\u00e9fl\u00e9chissant ont commenc\u00e9 \u00e0 communiquer entre eux et progressivement autour du monde, est apparue la troisi\u00e8me phase. C&#8217;\u00e9tait le d\u00e9but de la &#8220;nappe pensante&#8221; de la biosph\u00e8re, que Teilhard de Chardin appelle la no\u00f6sph\u00e8re. Quoi que petite et \u00e9parse au d\u00e9but, la no\u00f6sph\u00e8re a continu\u00e9 de grossir avec le temps, et davantage au cours de l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;\u00e9lectronique, que Teilhard de Chardin associait avec\u00a0<em>l&#8217;extraordinaire r\u00e9seau de communications radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuelles<\/em>\u00a0et\u00a0<em>la mont\u00e9e insidieuse de ces \u00e9tonnantes machines \u00e0 calcul,\u00a0<\/em>qui permettent d&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer notre<em>\u00a0<\/em>\u00abvitesse de pens\u00e9e\u00bb<em>\u00a0<\/em>(voir citations plus haut).<\/p>\n<p>Pour Teilhard de Chardin, l&#8217;\u00e9mergence de la no\u00f6sph\u00e8re sur Terre se laisse d\u00e9crire comme une sorte de cristallisation:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00abAutour de l\u2019\u00e9tincelle des premi\u00e8res consciences r\u00e9fl\u00e9chies, les progr\u00e8s d\u2019un cercle de feu. Le point d\u2019ignition s\u2019est \u00e9largi. Le feu gagne de proche en proche. Finalement l\u2019incandescence couvre la plan\u00e8te enti\u00e8re. Une seule interpr\u00e9tation, un seul nom, sont \u00e0 la mesure de ce grand ph\u00e9nom\u00e8ne. Juste aussi extensive, mais bien plus coh\u00e9rente encore, nous le verrons, que toutes les nappes pr\u00e9c\u00e9dentes, c\u2019est vraiment une nappe nouvelle, la \u00ab nappe pensante \u00bb, qui, apr\u00e8s avoir germ\u00e9 au Tertiaire finissant, s\u2019\u00e9tale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux : hors et au-dessus de la Biosph\u00e8re, une No\u00f6sph\u00e8re.\u00bb<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Son portrait de la no\u00f6sph\u00e8re comme une \u00abnappe pensante\u00bb couvrant la plan\u00e8te est davantage qu&#8217;une m\u00e9taphore biologique, quand il fait maintes fois allusion \u00e0 \u00abun globe se recouvrant d&#8217;un cerveau\u00bb. Plus explicitement ici encore:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\u00abPour exprimer, dans sa v\u00e9rit\u00e9, l\u2019Histoire Naturelle du monde, il faudrait donc pouvoir la suivre par le dedans : non plus comme une succession li\u00e9e de types structurels qui se remplacent ; mais comme\u00a0<em>une ascension de s\u00e8ve int\u00e9rieure s\u2019\u00e9panouissant en une for\u00eat d\u2019instincts consolid\u00e9s<\/em>. Tout au fond de lui-m\u00eame, le monde vivant est constitu\u00e9 par\u00a0<em>de la conscience rev\u00eatue de chair et d\u2019os<\/em><a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\"><em><strong>[41]<\/strong><\/em><\/a>. De la Biosph\u00e8re \u00e0 l\u2019Esp\u00e8ce, tout n\u2019est donc qu\u2019une immense ramification de psychisme se cherchant \u00e0 travers des formes.\u00bb<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Teilhard de Chardin \u00e9crit que la no\u00f6sph\u00e8re r\u00e9sulte de \u00abl\u2019effet combin\u00e9 de deux courbures : la sph\u00e9ricit\u00e9 de la Terre et la convergence cosmique de l\u2019Esprit, \u2014 conform\u00e9ment \u00e0 la loi de Complexit\u00e9 et Conscience\u00bb<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ce qu&#8217;ont manqu\u00e9 de relever, \u00e0 mon avis, les cyberphilosophes et cyberanthropologues du Net, et les nombreux chroniqueurs mystiques et th\u00e9ologiques, y compris les ap\u00f4tres de l&#8217;hypoth\u00e8se de Ga\u00efa, les premiers comme les seconds \u00e9tant trop avides de trouver dans ses oeuvres confirmation de leurs propres th\u00e8ses sur l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;Homme d&#8217;aujourd&#8217;hui, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment tout d&#8217;abord cet aspect biologique de la th\u00e8se de Teilhard de Chardin, la no\u00f6sph\u00e8re \u00e9tant pour lui un prolongement de l&#8217;\u00e9volution de la biosph\u00e8re, sous la forme d&#8217;une nouvelle nappe venant la couvrir. Certes, le visionnaire \u00e9tait enthousiasm\u00e9 par l&#8217;\u00e9volution technologique qui marquait son \u00e9poque, mais de l\u00e0 \u00e0 lui faire dire qu&#8217;il avait anticip\u00e9 la r\u00e9volution de l&#8217;information que nous fait vivre Internet et ses avatars aujourd&#8217;hui, ce serait \u00e0 mon avis ne pas l&#8217;avoir bien lu et compris.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pour faire suite \u00e0 la remarque pr\u00e9c\u00e9dente, ce qui a \u00e9galement \u00e9chapp\u00e9 aux pr\u00e9-cit\u00e9s chroniqueurs qui se r\u00e9clament de Teilhard de Chardin, c&#8217;est qu&#8217;\u00e0 plusieurs reprises dans ses oeuvres, et \u00e0 deux occasions pr\u00e9cises dans L&#8217;Avenir de l&#8217;homme, l&#8217;auteur fait allusion \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne encore plus puissant qui va bien au-del\u00e0 de la r\u00e9volution technologique de l&#8217;information certes observ\u00e9e et anticip\u00e9e, mais cette fois d&#8217;ordre biologique et c\u00e9r\u00e9bral, mais aussi m\u00e9taphysique et spirituel<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Relisons en particulier attentivement le passage suivant:<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Et ici, naturellement, je songe en premier \u00e0 l&#8217;extraordinaire r\u00e9seau de communications radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuelles qui,\u00a0<em>anticipant peut-\u00eatre une syntonisation directe des cerveaux au moyen des forces encore myst\u00e9rieuses de la t\u00e9l\u00e9pathie<\/em>, nous reliant d\u00e9j\u00e0 tous, actuellement, dans une sorte de conscience \u00ab\u00e9th\u00e9r\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>On le voit clairement, l&#8217;accent dans cet extrait, abondamment cit\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, porte sur la t\u00e9l\u00e9pathie comme \u00e9tant l&#8217;<em>agent<\/em>\u00a0allant permettre\u00a0<em>une syntonisation directe des cerveaux<\/em>.<\/p>\n<p>Bien entendu, \u00e0 son \u00e9poque, un r\u00e9seau de communication\u00a0<em>passif<\/em>\u00a0avait commenc\u00e9 \u00e0 nous relier, mais l\u00e0 n&#8217;\u00e9tait pas le point important pour Teilhard de Chardin, et d&#8217;aucune fa\u00e7on la technologie d&#8217;alors ne laissait entrevoir l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;un r\u00e9seau mondial de communication\u00a0<em>actif\u00a0<\/em>comme Internet. De nos jours, avec les d\u00e9veloppements des t\u00e9l\u00e9communications modernes et de la cybertechnologie, il est maintenant possible d&#8217;interagir et de communiquer avec quiconque instantan\u00e9ment; la distance entre les individus se reserre constamment. Mon proche voisin YvonO, ici \u00e0 Gatineau-Hull, n&#8217;est pas plus \u00e9loign\u00e9 que mon amie MadlyL \u00e0 Petit-Bourg en Guadeloupe, ou ma fille AlexBF \u00e0 Victoria, en Colombie-Britannique. De vastes toiles de connaissances se tissent par le partage collaboratif d&#8217;id\u00e9es. Les nombreux noeuds et interconnexions de ce r\u00e9seau mondial augmentent rapidement et prolif\u00e8rent dans tous les domaines de la soci\u00e9t\u00e9. Nous sommes nombreux \u00e0 sp\u00e9culer que ce super-r\u00e9seau est le syst\u00e8me nerveux central d&#8217;un cerveau mondial bourgeonnant. D&#8217;apr\u00e8s les futuristes, cette gaine de technologie couvrant la plan\u00e8te, cette technosph\u00e8re, est la base mat\u00e9rielle de la no\u00f6sph\u00e8re en \u00e9veil, cette enveloppe mentale de la Terre. Cette derni\u00e8re vision des choses est encore une fois une interpr\u00e9tation abusive de la pens\u00e9e de Teilhard de Chardin, pour qui la no\u00f6sph\u00e8re est n\u00e9e le jour o\u00f9 l&#8217;humain a pris conscience la premi\u00e8re fois qu&#8217;il pensait. Cela s&#8217;est pass\u00e9 il y a fort longtemps, comme je l&#8217;\u00e9voquais au chapitre premier. La premi\u00e8re perc\u00e9e majeure dans l&#8217;interconnexion s&#8217;est produite avec l&#8217;av\u00e8nement du langage. Ceci repr\u00e9sente une \u00e9tape majeure pour la biosph\u00e8re, puisqu&#8217;\u00e0 partir de ce moment nous ne connaissions pas seulement les pens\u00e9es de notre propre cerveau mais aussi \u00e0 travers la communication les pens\u00e9es log\u00e9es dans les cerveaux des autres individus. Les bases de connaissances tribales se sont form\u00e9es et se sont accrues. De vastes domaines de connaissances sont devenus accessibles par la plupart des membres de la Tribu. Le second d\u00e9veloppement majeur est survenu avec l&#8217;apparition de l&#8217;\u00e9criture, et sa capacit\u00e9 trans-temporelle \u00e0 transmettre la connaissance. Le langage, autant oral qu&#8217;\u00e9crit, nous a donn\u00e9 la capacit\u00e9 de franchir la s\u00e9lection g\u00e9n\u00e9tique du pass\u00e9, pour nous consacrer aux ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques de la cr\u00e9ation artistique, de la philosophie, des sciences, et de tout ce qu&#8217;englobe la culture. Le langage nous a permis de passer de l&#8217;\u00e9volution biologique \u00e0 l&#8217;\u00e9volution mentale. Des syst\u00e8mes complexes de pens\u00e9e ont commenc\u00e9 \u00e0 se former et \u00e0 se r\u00e9pandre \u00e0 travers le Monde. La croissance toujours grandissante des connaissances a pu b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;avanc\u00e9es technologiques, telles que l&#8217;invention de l&#8217;imprimerie et de l&#8217;ordinateur. Petit \u00e0 petit, mais de fa\u00e7on toujours de plus en plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, un nouvel individu appara\u00eet dans l&#8217;arbre de l&#8217;\u00e9volution, suite \u00e0 l&#8217;homme d&#8217;aujourd&#8217;hui, l&#8217;<em>homo sapiens cyberneticus<\/em>, bien de chair et d&#8217;os; je ne pense pas ici au\u00a0<em>cybionte<\/em>\u00a0de Jo\u00ebl de Rosnay<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>, qui, dans ca conception m\u00e9taphoris\u00e9e d&#8217;un\u00a0<em>\u00e9cosph\u00e8re<\/em>, entrevoit que \u00abla conscience collective \u00e9merge de la communication simultan\u00e9e des cerveaux des hommes \u2026\u00bb. Je pense \u00e0 un \u00eatre humain pensant bien r\u00e9el sur le point de communiquer directement de cerveau \u00e0 cerveau. Voil\u00e0 ma pr\u00e9diction. Et selon ma lecture de Teilhard de Chardin, c&#8217;\u00e9tait \u00e9galement la sienne: nous voguons vers un point de totale super-conscience t\u00e9l\u00e9pathique mondiale.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Ce terme se rencontre sous deux formes orthographiques autant en fran\u00e7ais qu&#8217;en anglais, avec ou sans tr\u00e9ma sur le second &#8220;o&#8221;; j&#8217;ai choisi pour ma part la premi\u00e8re solution.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Noosph%C3%A8re\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/No\u00f6sph\u00e8re<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Il est \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re de l&#8217;\u00e9cologie globale, cf. Grinevald, J.\u00a0\u00a01968.\u00a0\u00a0The biosphere by Vladimir I. Vernadsky. Environmental Conservation 13,3:285-286.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Ce terme a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 par le g\u00e9ologue autrichien\u00a0Eduard Suess, dans son livre\u00a0<em>Die Entstehung der Alpen<\/em>, Wien: Braum\u00fcller, 1875.\u00a0Le mot appara\u00eet la premi\u00e8re fois dans une publication en russe de V. I. Vernadsky\u00a0(1926)\u00a0<em>Biosfera<\/em>, Leningrad, Nauchno-techn. Izd. Une premi\u00e8re \u00e9dition en fran\u00e7ais de cet ouvrage para\u00eet en 1929 sous le titre\u00a0<em>La biosph\u00e8re<\/em>, Paris: Librairie F\u00e9lix Alcan; une autre en 1997 chez Diderot, et enfin une derni\u00e8re en 2002, sous le m\u00eame titre, Paris: Seuil.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vladimir_Vernadsky\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vladimir_Vernadsky<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Vernadsky, W. I.\u00a0\u00a01945.\u00a0\u00a0The biosphere and the no\u00f6sphere.\u00a0American Scientist 33,1:1-12. L&#8217;\u00e9diteur note que Vernadsky meurt au moment o\u00f9 le num\u00e9ro est mis sous presse, le 6 janvier 1945.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0D\u00e9fini \u00e0 la note 7 (p. 11) comme ceci: \u00ab The word &#8220;no\u00f6sphere&#8221; is composed from the Greek terms\u00a0<em>noos<\/em>, mind, and\u00a0<em>sphere<\/em>, the last used in the sense of an enveloppe of the Earth. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0Op. cit., note 7, page 11.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0Vernadsky V. I.\u00a0\u00a01965.\u00a0\u00a0Khimicheskoie stroenie biosfery Zemli i ee okruzheniia.\u00a0[Structure chimique de la biosph\u00e8re terrestre et son environnement].\u00a0Moscow: Nauka Publ.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0Cf. Mochalov, I. I.\u00a0\u00a0Earth System: History and natural variability, vol. IV:\u00a0Vladimir Vernadsky : Cosmos, Earth, Life, Man, Reason &#8211; From Biosphere to No\u00f6sph\u00e8re.\u00a0Encyclopedia of Life Support Systems.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.eolss.net\/\">http:\/\/www.eolss.net\/<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0Les conf\u00e9rences de Le Roy ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es une premi\u00e8re fois dans la\u00a0<em>Revue des Cours et Conf\u00e9rences<\/em>\u00a0du Coll\u00e8ge de France en 1926-27. Elles seront r\u00e9\u00e9dit\u00e9es telles quelles en 1927 sous le titre\u00a0<em>L&#8217;exigence id\u00e9aliste et le fait de l&#8217;\u00e9volution<\/em>, et en 1928 sous le titre\u00a0<em>Les Origines humaines et l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;intelligence<\/em>, tous deux chez Boivin &amp; Cie, \u00e0 Paris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0Vernadsky, 1945, op. cit., page 9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0Samson, P. R. &amp; D. Pitt (eds.).\u00a0\u00a01999.\u00a0\u00a0The Biosphere and No\u00f6sph\u00e8re Reader.\u00a0Global Environment, Society and Change. London &amp; New York: Routledge.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0\u00c0 quoi il ajoutera dans une note: \u00ab Ai-je besoin de dire qu&#8217;en d\u00e9pit des mots in\u00e9vitables, ce n&#8217;est pas spatialement que se distinguent Biosph\u00e8re et No\u00f6sph\u00e8re? \u00c0 bien des \u00e9gards, elles se comp\u00e9n\u00e8trent; mais la seconde est une\u00a0<em>transformation<\/em>\u00a0de la premi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0Ses travaux les plus importants (&#8220;Nauchnaia mysl&#8217; kak planetnoe iavlenie&#8221; [Scientific thought as the planetary phenomenon] (secs. 11, 26, 51, 97); &#8220;Khimicheskoie stroenie biosfery Zemli i ee okruzheniia&#8221; [The chemical structure of the earth&#8217;s biosphere and its surroundings] (secs. 113, 145); &#8220;Neskol&#8217;ko slov o noosfere&#8221; [A few words concerning the no\u00f6sph\u00e8re]) sont r\u00e9unis dans une publication posthume\u00a0<em>Filosofskie mysli naturalista\u00a0<\/em>[Philosophical thoughts of a naturalist] (Moscow, 1988). Cf. Borisov, V. M., F. F. Perchenok &amp; A. B. Roginsky.\u00a0\u00a01993.\u00a0\u00a0Community as the Source of Vernadsky&#8217;s Concept of No\u00f6sph\u00e8re. Configurations 1,3:415-438.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0Extraits tir\u00e9s de\u00a0Vernadsky, 1945, op. cit. pages 9-10 (ma traduction).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0Borisov, V. M., F. F. Perchenok &amp; A. B. Roginsky.\u00a0\u00a01993.\u00a0\u00a0Op. cit., 416-417.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0Bischof, M.\u00a0\u00a02007.\u00a0\u00a0Vernadsky&#8217;s No\u00f6sph\u00e8re and slavonic Sobornost&#8217;. In: Beloussov, L. V., V. L. Voeikov &amp; V. S. Martynyuk (eds.), Biophotonics and Coherent Systems in Biology, 279-297. New York: Springer.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a>\u00a0Heylighen, F.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0The Global Brain as a New Utopia. In Maresch, R. &amp; F. R\u00f6tzer (eds.), Zukunftsfiguren, 1-11.\u00a0Frankfurt: Suhrkamp.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a>\u00a0Grenier, E.\u00a0\u00a02000.\u00a0\u00a0Vladimir Vernadsky. De la biosph\u00e8re \u00e0 la no\u00f6sph\u00e8re. Fusions 83 (nov.-d\u00e9c.):10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a>\u00a0Pour le lecteur qui ne serait pas convaincu que les id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Vernadsky n&#8217;ont pas perdu leur int\u00e9r\u00eat, je signale un documentaire t\u00e9l\u00e9visuel intitul\u00e9\u00a0<em>A Vernadskian Law of Evolution<\/em>, mis en ligne le 11 octobre 2011, sur le site de Larouche|Pac (\u00a0<a href=\"http:\/\/larouchepac.com\/vernadsky-evolution\">http:\/\/larouchepac.com\/vernadsky-evolution<\/a>\u00a0); \u00e9galement, deux de ses textes traduits en anglais (<em>The transition from the Biosphere to the No\u00f6sphere<\/em>;\u00a0<em>The Evolution of Species and Living Matter<\/em>), parus dans l&#8217;\u00e9dition Spring-Summer 2012 de la revue 21th Century Science &amp; Technology (<a href=\"https:\/\/www.21stcenturysciencetech.com\/\">https:\/\/www.21stcenturysciencetech.com\/<\/a>), ayant pour th\u00e9matique\u00a0<em>Scientific Thought as a Planetary Phenomenon<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a>\u00a0Parmi d&#8217;autres: Serafin, R. 1987. Vernadsky&#8217;s Biosphere, Teilhard&#8217;s No\u00f6sph\u00e8re, and Lovelock&#8217;s Gaia: Perspectives of Human Intervention on Global Biogeochemical Cycles. Laxenburd: International Institute for Applied Systems Analysis; Grinevald, J. 1996. Sketch for a History of the Idea of the Biosphere, in Bunyard, P. (ed.), Gaia in Action, 34-53. Edinburg: Floris; Fuchs-Kittowski, K. &amp; P. Kr\u00fcger. 1997. The No\u00f6sph\u00e8re Vision of Pierre Teilhard de Chardin and Vladimir I. Vernadsky in the Perspective of Information and of World-Wide Communication. World Futures 50,1-4:757-784; L\u00f6ther, R. 1998. Evolution der Biosph\u00e4re und Ethik, in Engels, E.-V., T. Junker &amp; M. Weingarten (eds.),\u00a0Ethik der Biowissenschaften: Gesschichte und Theorie, 61-68.\u00a0Berlin: VWB.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a>\u00a0J&#8217;aimerais signaler ici au passage qu&#8217;ayant travaill\u00e9 la premi\u00e8re partie de sa vie sous le r\u00e9gime tsariste, et la derni\u00e8re partie sous le r\u00e9gime sovi\u00e9tique, dans les deux cas, Vernadsky \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une sorte de &#8220;dissident&#8221;, ce qui explique que plusieurs de ces travaux d&#8217;avant-garde n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s qu&#8217;apr\u00e8s sa mort. De la m\u00eame fa\u00e7on, mais cette fois pour des questions de censure religieuse, les travaux fondamentaux de\u00a0Teilhard de Chardin ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a>\u00a0Levit, G. S.\u00a0\u00a02000.\u00a0\u00a0The biosphere and the no\u00f6sph\u00e8re theories of V. I. Vernadsky and P. Teilhard de Chardin: A methodological essay.\u00a0Archives internationales d&#8217;Histoire des Sciences 50,144:160-176.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a>\u00a0Levit, G. S.\u00a0\u00a02001.\u00a0\u00a0Biogeochemistry &#8211; Biosphere &#8211; No\u00f6sph\u00e8re.\u00a0The Growth of the Theoretical System of Vladimir Ivanovich Vernadsky.\u00a0(Studien zur Theorie des Biologie, vol. 4), Berlin: VWB.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a>\u00a0Tout comme pour Vernadsky, je ne suis pas en mesure d&#8217;\u00e9valuer la validit\u00e9 des fondements scientifiques \u00e0 la base du concept de no\u00f6sph\u00e8re chez\u00a0Teilhard de Chardin, que j&#8217;accepte sans discussion.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a>\u00a0Teilhard de Chardin, P.\u00a0\u00a01949.\u00a0\u00a0La place de l&#8217;homme dans la nature. Le groupe zoologique humain. Paris: Union g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9ditions, 1965, 188 pp. Collection : Le monde en 10-18. Albin Michel: 1956. Cit\u00e9 d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;\u00e9dition \u00e9lectronique r\u00e9alis\u00e9e par Gemma Paquet, Biblioth\u00e8que Paul-\u00c9mile-Boulet de l&#8217;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Chicoutimi,\u00a0<a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/\/<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a>\u00a0Op. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a>\u00a0Teilhard de Chardin, P.\u00a0\u00a01955.\u00a0\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain.\u00a0Paris: Seuil.\u00a0Chapitre 3.1C, Le Pas terrestre: La No\u00f6sph\u00e8re, 177-180; 3.2. Le d\u00e9ploiement de la No\u00f6sph\u00e8re, 189-211. (Cet ouvrage a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit entre 1938-40, alors que l&#8217;auteur se trouvait en mission scientifique \u00e0 P\u00e9kin).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a>\u00a0Teilhard de Chardin, P.\u00a0\u00a01959.\u00a0\u00a0L&#8217;avenir de l&#8217;homme.\u00a0Paris: Seuil.\u00a0Section 7: Un grand \u00e9v\u00e9nement qui se dessine: la plan\u00e9tisation de l&#8217;homme, 143-158; Section 10: Une interpr\u00e9tation plausible de l&#8217;histoire humaine: la formation de la \u00ab No\u00f6sph\u00e8re \u00bb, 177-204. (Le premier texte date de 1945; il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une premi\u00e8re fois dans les\u00a0<em>Cahiers du Monde nouveau<\/em>, 1946. Le second texte date de 1947, et est paru dans la\u00a0<em>Revue des Questions scientifiques<\/em>\u00a0(Louvain), 1947, 7-35.)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a>\u00a0Une augmentation de la conscience s&#8217;accompagne d&#8217;une augmentation dans la complexit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;organisme; c&#8217;est ce que\u00a0Teilhard de Chardin appelle la &#8220;loi de complexit\u00e9-conscience&#8221;, \u00abloi impliquant elle-m\u00eame\u00a0<em>une structure, une courbure, psychiquement convergentes<\/em>\u00a0du Monde\u00bb. [En italiques dans le texte],\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain, Seuil, 30; &amp; 208sq.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a>\u00a0Mabry, J. R.\u00a0\u00a02004.\u00a0\u00a0Cyberspace and the dream of\u00a0Teilhard de Chardin.\u00a0Creation Spirituality Magazine, 10.2. (tir\u00e9 de:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.watershedonline.ca\/\">http:\/\/www.watershedonline.ca<\/a>\u00a0)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a>\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain. Je cite \u00e0 partir de la version num\u00e9ris\u00e9e de Pierre Palpant, Biblioth\u00e8que Paul-\u00c9mile Boulet de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Chicoutimi,\u00a0<a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/\/<\/a>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a>\u00a0Tous les \u00e9l\u00e9ments en italiques dans cet extrait, et dans ceux qui suivront, sont soulign\u00e9s par\u00a0moi.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a>\u00a0George\u00a0Gaylord Simpson.\u00a0\u00a01941.\u00a0\u00a0<em>The role of individual in evolution<\/em>\u00a0Journal of the Washington Academy of Sciences, 31,1:1-40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a>\u00a0En italiques dans le texte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a>\u00a0Les pr\u00e9c\u00e9dents extraits renvoient tous \u00e0 l&#8217;\u00e9dition du Seuil (1959) de L&#8217;Avenir de l&#8217;homme.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a>\u00a0Parmi d&#8217;autres: Kreisberg, J. C.\u00a0\u00a01995.\u00a0\u00a0A Globe, Clothing itself with a Brain. Wired 3.06\/ June,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.wired.com\/wired\/archive\/3.06\/teilhard.html\">http:\/\/www.wired.com\/wired\/archive\/3.06\/teilhard.html<\/a>\u00a0; Mabry, J. R.\u00a0\u00a02004.\u00a0\u00a0Cyberspace and the dream of Teilhard de Chardin.\u00a0Creation Spirituality Magazine, 10.2.; Glycerio, M. L. &amp; J. B. Paulsen.\u00a0\u00a02001.\u00a0\u00a0La noog\u00e9n\u00e8se progresse-t-elle?\u00a0<a href=\"http:\/\/jacques.abbatucci.pagesperso-orange.fr\/janicefrancais.htm\">http:\/\/jacques.abbatucci.pagesperso-orange.fr\/janicefrancais.htm<\/a>; Heylighen, F.\u00a0\u00a02002.\u00a0\u00a0The Global Brain as a New Utopia. In Maresch, R. &amp; F. R\u00f6tzer (eds.), Zukunftsfiguren, 1-11. Frankfurt: Suhrkamp.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a>\u00a0Hagerty, L.\u00a0\u00a02000.\u00a0\u00a0The spirit of the Internet. Speculations on the Evolution of Counsciousness.\u00a0Matrix Masters Ed.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a>\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain, (cf. version num\u00e9ris\u00e9e de Pierre Palpant, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Chicoutimi,\u00a0<a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/\/<\/a>), p. 121.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a>\u00a0Je souligne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a>\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain, id., p. 98.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a>\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne humain, id., p. 198.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a>\u00a0Nous avons eu l&#8217;occasion de lire ces passages plus haut ici dans ce texte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a>\u00a0de Rosnay, J.\u00a0\u00a01995. L&#8217;homme symbiotique. Paris: Seuil.<\/p>\n<p><center>\n<div class=\"u-center-text\">\n\t<p>\n\t\t<a class=\"button__red button__red--solid\" href=\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/une-evolution-probable-de-la-communication-humaine-un-documentaire\/\"  rel=\"noopener noreferrer\">Table des mati\u00e8res<\/a>\n\t<\/p>\n<\/div>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/center><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre trois Raison scientifique et mysticisme La no\u00f6sph\u00e8re[1] Il existe passablement de confusion dans les \u00e9crits acad\u00e9miques et scientifiques, et davantage dans les ressources d&#8217;Internet, sur l&#8217;identit\u00e9 de celui qui serait \u00e0 l&#8217;origine du concept de\u00a0no\u00f6sph\u00e8re. C&#8217;est peut-\u00eatre le philosophe et math\u00e9maticien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_relevanssi_hide_post":"","_relevanssi_hide_content":"","_relevanssi_pin_for_all":"","_relevanssi_pin_keywords":"","_relevanssi_unpin_keywords":"","_relevanssi_related_keywords":"","_relevanssi_related_include_ids":"","_relevanssi_related_exclude_ids":"","_relevanssi_related_no_append":"","_relevanssi_related_not_related":"","_relevanssi_related_posts":"","_relevanssi_noindex_reason":"","_mi_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v21.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme - Essais Linguistiques<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"\u00a0 Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre trois Raison scientifique et mysticisme &nbsp; La\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Est. reading time\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"43 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/\",\"url\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/\",\"name\":\"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme - Essais Linguistiques\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/#website\"},\"datePublished\":\"2017-11-18T14:21:45+00:00\",\"dateModified\":\"2018-01-02T03:05:19+00:00\",\"description\":\"\u00a0 Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre trois Raison scientifique et mysticisme &nbsp; La\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"en-US\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/#website\",\"url\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/\",\"name\":\"Essais Linguistiques\",\"description\":\"Carleton University\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":\"required name=search_term_string\"}],\"inLanguage\":\"en-US\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme - Essais Linguistiques","description":"\u00a0 Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre trois Raison scientifique et mysticisme &nbsp; La","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/","twitter_misc":{"Est. reading time":"43 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/","url":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/","name":"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme - Essais Linguistiques","isPartOf":{"@id":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/#website"},"datePublished":"2017-11-18T14:21:45+00:00","dateModified":"2018-01-02T03:05:19+00:00","description":"\u00a0 Robert Fournier: Une \u00e9volution probable de la communication humaine. Un documentaire. \u00a92017 Chapitre trois Raison scientifique et mysticisme &nbsp; La","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/#breadcrumb"},"inLanguage":"en-US","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/chapitre-trois-raison-scientifique-et-mysticisme\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Chapitre trois: Raison scientifique et mysticisme"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/#website","url":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/","name":"Essais Linguistiques","description":"Carleton University","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/?s={search_term_string}"},"query-input":"required name=search_term_string"}],"inLanguage":"en-US"}]}},"acf":{"banner_image_type":"upload","banner_uploaded_image":{"ID":127,"id":127,"title":"Background","filename":"Background.jpg","filesize":501269,"url":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","link":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/cu-home\/homepage\/background\/","alt":"Background","author":"4","description":"","caption":"","name":"background","status":"inherit","uploaded_to":14,"date":"2017-05-26 18:26:01","modified":"2017-11-26 05:16:16","menu_order":0,"mime_type":"image\/jpeg","type":"image","subtype":"jpeg","icon":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp\/wp-includes\/images\/media\/default.png","width":1600,"height":700,"sizes":{"thumbnail":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-160x70.jpg","thumbnail-width":160,"thumbnail-height":70,"medium":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-240x105.jpg","medium-width":240,"medium-height":105,"medium_large":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-768x336.jpg","medium_large-width":768,"medium_large-height":336,"large":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-400x175.jpg","large-width":400,"large-height":175,"gallery-thumb":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","gallery-thumb-width":300,"gallery-thumb-height":131,"1536x1536":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","1536x1536-width":1536,"1536x1536-height":672,"2048x2048":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","2048x2048-width":1600,"2048x2048-height":700,"banner":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","banner-width":1600,"banner-height":700,"people":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-200x200.jpg","people-width":200,"people-height":200,"post-thumb":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-300x230.jpg","post-thumb-width":300,"post-thumb-height":230,"rotator-image":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background.jpg","rotator-image-width":800,"rotator-image-height":350,"video-thumb":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-content\/uploads\/Background-360x158.jpg","video-thumb-width":360,"video-thumb-height":158}},"banner_opacity":"dark"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/283"}],"collection":[{"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=283"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/283\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":334,"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/283\/revisions\/334"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carleton.ca\/essaislinguistiques\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=283"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}