Quand la DEI n’est pas formalisée, mais reste néanmoins importante
Cette cohorte s’est démarquée dans les données du Projet Canada Perspectives des Organismes de Bienfaisance (PCPOB) : il s’agit des organismes de bienfaisance qui déclarent ne disposer d’aucune politique ni pratique en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Au sein de ce groupe atypique, l’engagement déclaré en faveur de la DEI reste relativement élevé. Cette contradiction soulève des questions sur la manière dont la DEI est comprise, mise en œuvre et évaluée dans l’ensemble du secteur caritatif canadien.
En 2024, le PCPOB a mené deux enquêtes : l’une sur la mise en œuvre de la DEI et l’autre sur les actions et initiatives en matière de DEI. Cette analyse s’appuie sur une comparaison croisée de ces enquêtes et se concentre sur un sous-groupe d’organismes de bienfaisance qui déclarent ne pas avoir de politiques ou de pratiques en matière de DEI, mais qui indiquent un engagement envers l’intégration ou les valeurs de la DEI. Ces organisations sont issues d’un échantillon plus large d’environ 1 000 organismes de bienfaisance participant chaque semaine au projet. Cette analyse étant exploratoire et fondée sur un petit sous-ensemble de participants à l’enquête, ses résultats doivent être interprétés avec prudence et soulignent la nécessité de mener des recherches plus approfondies.
Engagement sans documentation
Parmi les organismes caritatifs déclarant ne disposer d’aucune politique ou pratique en matière de DEI, près de la moitié décrivent néanmoins la DEI comme étant soit pleinement intégrée à leur travail (24,5 %), soit présente dans certains aspects de leurs activités (24,5 %). 14,5 % supplémentaires indiquent que la DEI se reflète dans les valeurs de l’organisation, même si elle ne s’est pas encore traduite en actions concrètes. En revanche, 12 % font état d’un engagement formel limité ou inexistant, 15 % déclarent ne pas poursuivre activement la DEI, et 9 % sont indécis.
Ces résultats suggèrent qu’une conception de la DEI fondée sur des valeurs ou informelle est courante, même en l’absence de structures formelles. Dans le même temps, ils soulèvent une question importante : que signifie l’intégration lorsqu’elle n’est pas accompagnée de politiques, de pratiques ou de mécanismes d’évaluation ?
Quelles sont les caractéristiques de ces organismes caritatifs ?
(Les réponses « Ne mène pas d’actions en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion » et « Je ne sais pas » ont été exclues, ce qui a laissé un échantillon de 130 organismes caritatifs.)
Ces organisations ne se concentrent pas en marge du secteur. La plupart sont des organismes caritatifs de petite taille, 68,5 % d’entre eux déclarant des dépenses annuelles comprises entre environ 61 500 et 791 500 dollars, bien que des organisations de plus petite et de plus grande taille soient également représentées.
Dans l’ensemble, l’absence de politiques en matière de DEI semble être un phénomène transversal, difficile à expliquer par la taille de l’organisation ou la mission caritative. Par sous-secteur, les organismes de bienfaisance luttant contre la pauvreté représentent la plus grande part (37,5 %), suivis par les équipements publics (17,5 %) et les organismes de ressources communautaires (11 %), mais ces types d’organismes constituent également la plus grande part de la population de l’enquête du PCPOB. Tous les autres types d’organismes de bienfaisance sont également représentés dans ce sous-échantillon, y compris les organisations religieuses, artistiques, de soins de santé et de protection des animaux.
Peu de mesures, mais quelques initiatives
Bien qu’elles déclarent ne pas disposer de politiques ou de pratiques en matière de DEI, 16 % de ces associations caritatives indiquent avoir pris des mesures spécifiques liées à la DEI au cours des 12 derniers mois. Parmi les mesures signalées figurent la révision des rémunérations et des avantages sociaux dans une optique d’équité (7 %), le renforcement des actions de sensibilisation auprès des communautés sous-représentées (4,5 %), la révision des supports de marketing, de communication ou des programmes (2 %) et la mise en œuvre de pratiques de recrutement inclusives (2 %). Une organisation a indiqué avoir mis en place un comité ou un groupe de travail sur l’EDI, et une autre a mentionné la définition d’objectifs liés à l’EDI. Cela suggère un éventuel manque de compréhension de la manière dont les politiques et pratiques DEI sont définies et appréhendées par certains organismes caritatifs.
La mesure des initiatives DEI est également rare parmi ces organismes. Près de 80 % déclarent ne pas mesurer actuellement l’efficacité de leurs initiatives DEI. Des outils tels que les enquêtes (4,5 %), les groupes de discussion (4 %) ou les indicateurs clés de performance (1,5 %) sont rarement utilisés. Les commentaires des participants à l’enquête suggèrent que la DEI est considérée comme implicite ou évidente en soi, plutôt que comme quelque chose nécessitant une mise en œuvre ou une évaluation délibérée. Comme l’a formulé un répondant, l’inclusivité est « naturellement présente ». Un autre a déclaré que « l’organisation est intrinsèquement inclusive et que la formalisation n’est pas une priorité ».
Des contraintes de moyens, et non une résistance à la DEI
Pourtant, les données ne font pas état d’une résistance interne à la DEI. Seuls 12 % des répondants citent la résistance au changement comme un obstacle. Les difficultés sont plutôt d’ordre structurel : 44 % des répondants mentionnent le manque de ressources comme un frein à la mise en œuvre des pratiques de DEI. Lorsqu’on leur a demandé spécifiquement quels types de soutien aideraient à faire avancer les initiatives DEI, les réponses les plus fréquentes ont été les ressources financières (21,5 %), la formation et les ateliers (21,5 %), le temps et les capacités (19 %), ainsi que le conseil ou l’accompagnement d’experts (14,5 %). Seuls 13 % déclarent ne pas avoir besoin d’aide pour mettre en œuvre des initiatives DEI.
Certains répondants ont indiqué ne disposer que d’un ou deux employés, tandis que d’autres organisations caritatives ont décrit fonctionner entièrement grâce à des bénévoles. Ces contraintes en matière de ressources peuvent contribuer à expliquer pourquoi la mesure formelle est en retard par rapport aux valeurs organisationnelles.
Il convient d’approfondir les recherches sur ces organismes caritatifs atypiques
Dans l’ensemble, cette analyse d’un sous-échantillon révèle que certains organismes caritatifs semblent assimiler les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) à des notions d’équité, de neutralité ou d’ouverture, plutôt qu’à des pratiques structurées ou à des résultats mesurables. Ces données ne suggèrent pas que la DEI soit sans importance pour ces organisations atypiques, mais elles indiquent qu’il est nécessaire d’examiner de manière plus approfondie l’efficacité des initiatives DEI en l’absence de formalisation ou de mesure de cette efficacité.
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